Affaire McKinsey : pourquoi la défense d’Emmanuel Macron ne convainc pas

Scroll down to content
Affaire McKinsey : pourquoi la défense d'Emmanuel Macron ne convainc pas

C’est pas ma faute à moi

Par Pierre Lann. MARIANNE

Publié le 07/04/2022

Alors que le Parquet national financier a ouvert une enquête pour s’attaquer à McKinsey, le dossier des cabinets de conseil plombe la campagne d’Emmanuel Macron. Le président a beau de défendre, ses arguments n’impriment pas, notamment parce qu’ils ne répondent pas aux nombreuses questions soulevées.

L’épais rapport sénatorial sur l’influence des cabinets de conseil aurait pu passer inaperçu, hors des cercles d’initiés. Mais ses révélations, intervenues à moins d’un mois du scrutin présidentiel, se sont transformées en une affaire, qui plombe la campagne d’Emmanuel Macron. Si le président caracolait en tête des sondages lors de l’annonce officielle de sa candidature le 3 mars, sa courbe ne cesse depuis de fléchir. À tel point qu’elle se rapproche sérieusement de celle de Marine Le Pen, voire de celle de Jean-Luc Mélenchon. Des adversaires qui ne manquent pas une occasion d’appuyer sur le « bouton McKinsey » à trois jours du premier tour.

Une situation qui pourrait perdurer, d’autant que le Parquet national financier s’est saisi de l’affaire. Ce mercredi 6 avril, les magistrats financiers ont ouvert une enquête visant le cabinet McKinsey, pour blanchiment aggravé de fraude fiscale. Même si la procédure se concentre pour l’instant sur le volet optimisation fiscale et non sur d’éventuels renvois d’ascenseur, elle pourrait sérieusement heurter la fin de la campagne – notamment si d’éventuelles perquisitions dans les bureaux de McKinsey sont menées entre les deux tours.

Sans faire de mea culpa quant au recours aux cabinets de conseil, Emmanuel Macron se défend, souvent en utilisant les mêmes arguments. Il a abandonné les fanfaronnades des premiers jours quand il claironnait : « s’il y a des preuves de manipulation que ça aille au pénal ! ». Mais il ne semble pas réussir à se défaire de cet encombrant sparadrap, qu’il tente de relativiser en observant une « forme d’antiaméricanisme primaire », dans les critiques qui visent McKinsey. Si les arguments d’Emmanuel Macron ne semblent pas convaincre, c’est en partie parce qu’ils ne répondent pas vraiment aux nombreuses questions soulevées par le rapport de la commission d’enquête.

ACTUALITÉ DES MARQUES

Laissez-vous surprendre par vos émotions !

Avec nos 32 attractions et spectacles & nos zones thématiques … Partez en voyage et dépaysez-vous sans quitter l’Isère !

Inspired by

1. « CE N’EST PAS MOI »

Depuis la publication du rapport de la commission d’enquête du Sénat, Emmanuel Macron tente d’éteindre l’incendie en minorant son rôle. « Ce n’est pas le président de la République qui signe des contrats, ni qui donne des instructions pour en signer. C’est la responsabilité des administrations, des ministres, des opérateurs », se défend-il ainsi dans le Figaro ce jeudi 7 avril. Si la passation des contrats de prestations avec les cabinets de conseil n’est pas dans les prérogatives d’un président de la République, Emmanuel Macron peut difficilement s’exonérer d’une part de responsabilité dans l’explosion des dépenses en la matière.

À LIRE AUSSI : Affaire McKinsey : le PNF ouvre une enquête… et la boîte de Pandore

Le rapport sénatorial révèle en effet que les dépenses de conseil ont doublé depuis 2018 pour se porter à plus d’un milliard d’euros. Un mouvement de fond a donc eu lieu sous son mandat. Opaque, très largement inconnu du grand public, il n’a été révélé au grand jour qu’après la crise sanitaire. Si le recours aux cabinets de conseil ne date pas de son arrivée au pouvoir, il est devenu massif en Macronie, en rupture avec la pratique de l’administration française, qui cultivait des liens bien plus distants avec ces cabinets que ses voisins allemands ou britanniques.

Surtout, selon la commission d’enquête sénatoriale, l’augmentation des dépenses de conseil a été favorisée par l’action de la DITP (Direction interministérielle de la transformation publique). Une institution créée en septembre 2017, dans les premiers mois du quinquennat Macron, pour transformer l’administration. Concrètement, la DITP est liée à des cabinets de conseil par un accord-cadre, qui permet de « constituer un vivier de cabinets de conseil dans lequel les administrations peuvent aisément piocher », expliquent les auteurs du rapport sénatorial. Une pratique que les parlementaires voudraient rationaliser et évaluer. Une recommandation à laquelle Emmanuel Macron ne répond pas.

2. « C’ÉTAIT LE COVID »

« Beaucoup des problèmes que nous avons aujourd’hui supposent de pouvoir travailler très vite sur des situations complexes au niveau international », justifie Emmanuel Macron dans le Figaro, en s’appuyant sur l’exemple de la pandémie. « C’était ça, le Covid. Il n’y avait pas uniquement besoin de gens qui sachent administrer mais de talents qui comprennent ce que les Chinois ou les Israéliens étaient en train de faire », poursuit-il. Or, selon le rapport de la commission d’enquête sénatoriale, la crise sanitaire ne suffit pas à expliquer l’explosion des dépenses de conseil.

À LIRE AUSSI : Derrière le programme du candidat Macron, les recommandations de McKinsey

Selon le calcul des parlementaires, seuls 41 millions d’euros ont été dépensés pour des missions tenant à la gestion de la crise sanitaire, soit autour de 5 % de la dépense annuelle. Ils estiment aussi que certaines missions auraient pu être réalisées en interne par l’administration. Les parlementaires s’appuient notamment sur la rédaction d’un guide pour le télétravail dans l’administration, commandé par le gouvernement à l’automne 2020, rédigé en partie par un sous-traitant de McKinsey pour 235 620 euros.

3. « DES DÉPENSES INFORMATIQUES »

« Les études commandées concernent aux trois quarts des prestations informatiques. Cela a été fait pour mettre en place des systèmes d’information face au Covid et des défenses cyber », martèle Emmanuel Macron dans le Figaro. Effectivement, les travaux de la commission d’enquête montrent que « les dépenses de conseil en informatique atteignaient 646,4 millions d’euros en 2021, représentant ainsi 72 % des dépenses ». Les parlementaires notent qu’elles ont plus que doublé depuis 2018. Mais, ils insistent pour préciser qu’elles n’incluent pas des dépenses« liées à l’achat de logiciels et de matériels ou encore celles concernant la réalisation de solutions logicielles » ce qui tend à nuancer la défense d’Emmanuel Macron.

À LIRE AUSSI : Affaire McKinsey : les cabinets de conseil, ça coûte cher… mais pour quel résultat ?

Les parlementaires expliquent l’importance de ce recours par les lacunes que l’administration aurait en matière informatique, notamment dans la gestion de certains projets numériques. Des faiblesses que la commission d’enquête appelle à combler en « cartographiant les compétences dans les ministères ». Mais aussi en élaborant « un plan de réinternalisation pour mieux valoriser les compétences internes et moins recourir aux cabinets de conseil ». La dépendance de l’administration sur les questions numériques apparaît comme un sujet stratégique, éludé par la défense du président quand il relativise les dépenses externes dans ce secteur. S’il n’entend pas se priver de l’appui des cabinets de conseil en cas de réélection, Emmanuel Macron semble sourd à l’appel du Sénat qui plaidait pour « une doctrine » et de la « transparence ». Au risque, peut-être, de le payer dans les urnes.

Par Pierre Lann

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :