Ivan Rioufol: «La présidentielle face au front «antisystème»

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Par Ivan Rioufol

Jeudi 7 avril, LE FIGARO

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Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – Le président-candidat a accusé à plusieurs reprises le «système» en le rendant coupable d’entraver sa politique. Toutefois, la fronde électorale demeure une réalité indomptable.

Dimanche soir, les «antisystèmes» pourraient bien être les vainqueurs du premier tour. L’addition des abstentions et des votes de rupture (de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Éric Zemmour) s’annonce majoritaire. Emmanuel Macron a d’ailleurs pressenti ce risque, potentiellement révolutionnaire: samedi, lors de son unique meeting parisien, le président-candidat a accusé à plusieurs reprises le «système» en le rendant coupable d’entraver sa politique. En réalité, s’il est un dirigeant qui symbolise le pouvoir établi, c’est lui. Les sondages le donnent en tête dimanche et gagnant in fine. Toutefois, la fronde électorale demeure une réalité indomptable. Le chef de l’État redoute ce «populisme» contre lequel il a construit son mandat. Depuis, ce courant «dégagiste» a pris de l’ampleur.

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Les Français se révolteront-ils, comme le souhaite Valérie Pécresse(LR)? Le somnambulisme apparent de l’opinion est un terrain qu’entretient Macron. Son salut viendra d’une démobilisation des mécontents. Le président sortant s’emploie à dépolitiser les enjeux, en les réduisant à des priorités d’évidence: l’égalité hommes-femmes, la protection de l’enfance, l’éducation, la santé. Le recours à la diversion est l’autre méthode pour détourner les regards: la perpétuation de la guerre en Ukraine donne l’occasion au candidat de se présenter en président habité par sa mission d’«éviter la paix… la guerre, pardonnez-moi» (lapsus, sur TF1, mercredi soir). Enfin, l’usage de la diabolisation de l’adversaire est l’ultime méthode retenue par le pouvoir pour rejouer le duel Macron-Le Pen: le «danger extrémiste» sera, pour la macronie, l’argument du pauvre. Mais la corde est usée.

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Disons-le: ce cirque est navrant. Ceux qui cherchent à endormir les électeurs par des sirops consensuels s’adonnent à des tricheries qui se voient. Les cuisines politicardes ne suffiront plus à embrouiller les plus lucides. Le choix de Macron de qualifier d’«extrême droite» ceux qui parlent de la survie de la nation dévoile l’indifférence, sinon le mépris, qu’il porte à la France et à sa cohésion. En mimant ce manichéisme pour les nuls, Pécresse applique le logiciel doctrinal des macronistes qu’elle dit combattre. Jamais élection n’a été aussi capitale si l’on admet qu’un choix de civilisation est à faire: poursuivre la dilution des nations dans des structures postnationales, ou revenir à la protection des peuples et de leurs identités. Une victoire de Macron le 24 avril accélérerait le déracinement national.

Il y a quelque chose de pourri dans la démocratie française. La vacuité des débats est l’effet d’un monde politique hébété: il n’est plus à la hauteur des enjeux existentiels. Ceux-ci ne peuvent se réduire à des «chèques énergie», des ristournes sur les carburants, des soutiens aux «mamans solos», des «quoi qu’il en coûte» renouvelés. Craindre la perspective d’un grand remplacement civilisationnel, vouloir que la France reste ce qu’elle est, défendre la distinction entre le citoyen et l’étranger sont des aspirations légitimes. Elles ne peuvent être assimilées à des attitudes racistes ou antisémites, ou au retour de la peste brune. C’est pourtant ce que soutient le Système, soucieux de préserver sa rente par ses fatwas. Il se prépare à nouveau à appeler, au second tour, à «faire barrage» au candidat non homologué. Toutefois, le «tout sauf Macron» pourrait contrarier sa victoire annoncée.

Idée fausse

Le «progressisme» macronien a su garder son socle de fidèles. Mais la courbe de ses sondages est à la baisse. Sa réserve de voix s’est asséchée par rapport à 2017. De fait, l’indifférence portée aux plus modestes n’encouragera pas, cette fois, les ralliements de la gauche. Il n’est pas sûr d’obtenir non plus ceux de la droite la plus sensible à la question identitaire. La vision aseptisée de la société que promeut Macron lui fait dire des légèretés.

Alors qu’il commentait le geste d’un agriculteur qui, craignant pour son enfant, avait mortellement blessé au fusil de chasse un cambrioleur qui s’était introduit chez lui, avec des complices, durant la nuit, il a déclaré: «Je suis opposé à la légitime défense.» L’Élysée a précisé que le président voulait dire: «Opposé à la présomption de légitime défense.» Il n’empêche: cette incapacité de Macron à mesurer l’état d’insécurité dans lequel vivent des Français est liée à sa déconnexion des réalités. L’irritation qu’il suscite tient à sa morgue. Macron se croit porté par l’histoire. À tort: celle-ci s’écrit chez ceux qui protestent.

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Depuis 2017, ce quinquennat européiste poursuit une même idée fausse. Elle veut faire croire que les nations et les peuples auraient fait leur temps, tout comme les héritages et les traditions. Or c’est le phénomène inverse qui, partout, s’observe. Une révolution conservatrice est à l’œuvre. Elle va à rebours de l’idéologie liquide du grand mélangisme et de l’indifférenciation des cultures comme des sexes. Dimanche, en Hongrie, c’est ce courant réactif, honnis par l’Union européenne et la macronie, qui a remporté pour la quatrième fois les législatives en donnant à nouveau la victoire à Viktor Orban(53,3 %), bête noire de la bien-pensance.

De nombreux «progressistes» se sont empressés de mettre en doute ces résultats qui osent les défier. L’UE, dès mardi, a déclenché contre le pays rebelle une procédure pour violation de l’État de droit. La Hongrie n’est pas la France. Mais un même mouvement populaire y a ses assises. Il rejette pareillement les donneurs de leçons et les convertis au mondialisme. Orban, au-delà des défauts de son régime illibéral, symbolise l’utile mise en cause des idéologues de l’immigrationnisme, du multiculturalisme, des minorités LGBT. Ce sont eux qui imposent leur État de droit, qui n’a jamais obtenu l’aval des citoyens. Parce que ce monde s’éloigne de la démocratie, il est menacé.

L’heure des comptes

Face aux carences de l’«État protecteur», les Français demandent des comptes. Mercredi, la famille du professeur Samuel Paty, décapité par un islamiste, a attaqué deux ministères. La famille d’Yvan Colonna, assassin du préfet Érignac, poursuit l’État après son meurtre en prison par un autre djihadiste. Quant à la famille de Jérémie Cohen, jeune juif handicapé qui a été happé par un tram à Bobigny en fuyant des racailles, elle a dû alerter Zemmour pour briser l’omerta. Macron, lui, a mis en garde contre les «manipulations politiques». Surtout, ne pas «faire le jeu de l’extrême droite»…

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