La Chine avance ses pions aux îles Salomon et inquiète l’Australie

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Un accord préliminaire révélé ce jeudi prévoit que la Chine pourra déployer des troupes, des policiers et à terme, construire une base navale aux îles Salomon, un archipel situé à moins de 2.000 km des côtes australiennes. Canberra craint pour « la stabilité de la sécurité dans la région ».

En 2019, à Pékin, Xi Jinping recevait le Premier ministre des Îles Salomon peu après la rupture des relations diplomatiques entre le petit Etat du Pacifique et Taïwan.
En 2019, à Pékin, Xi Jinping recevait le Premier ministre des Îles Salomon peu après la rupture des relations diplomatiques entre le petit Etat du Pacifique et Taïwan. (Parker Song/AFP)

Par Gregory Plesse. LES ECHOS

Publié le 25 mars 2022

Deux semaines après avoir annoncé la construction d’une future base de sous-marins nucléaires sur la côte Est australienne, Canberra a confirmé l’authenticité d’un accord de sécurité préliminaire, rendu public jeudi, entre la Chine et les îles Salomon.

En vertu de ce document, Pékin pourra déployer son armée ou des policiers pour assurer la défense des Chinois sur place, « et aider au maintien de l’ordre social à la protection des personnes et des biens ». Le texte précise également que la Chine pourra y « faire transiter des navires militaires, assurer des réapprovisionnements logistiques » et établir une base navale.

La nouvelle préoccupe le gouvernement australien , le porte-parolat du ministère des Affaires étrangères ayant fait part de son inquiétude à l’égard d’un rapprochement qui pourrait « déstabiliser la sécurité de la région ». Même son de cloche au sein de l’opposition travailliste, dont l’un des cadres, Richard Marles, estime que dans le Pacifique, il faut « s’assurer que l’Australie reste le partenaire naturel sur les questions de sécurité ».

« Compétition géopolitique »

« La présence sécuritaire accrue d’un pays comme la Chine dans le Pacifique intensifie la compétition géopolitique dans la région, ce qui peut nuire à la sécurité et à la stabilité des pays du Pacifique, en particulier ceux dont l’histoire récente est faite de conflits internes, tels qu’aux îles Salomon », explique Mihai Sora, ancien diplomate australien en poste à Honiara, et chercheur à l’institut Lowy.

Peter Jennings, directeur exécutif de l’Australian Strategic Policy Institute, considère en outre que cet accord « constitue une menace pour la côte est de l’Australie pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale. Par ailleurs, cette première base navale chinoise dans le Pacifique serait un motif d’inquiétude directe pour les Etats-Unis ».

DECRYPTAGE – Sous-marins : pourquoi l’Australie a laissé tomber la France

Le ministre de la Défense, Peter Dutton a, lui, rappelé que l’Australie avait envoyé soldats et policiers à Honiara en novembre dernier pour éviter que des émeutes ne tournent au bain de sang et assuré que les relations avec les îles Salomon étaient « fantastiques ». L’un des motifs de ces émeutes est la rupture en 2019 des relations diplomatiques avec Taïwan au profit de la Chine, une décision prise par le Premier ministre actuel de cet archipel de 800.000 habitants, Manasseh Sogavare.

L’influence chinoise « sous-estimée »

« Il y a là clairement une tentative de la part de Sogavare de se maintenir au pouvoir en bradant l’indépendance des Salomon. Sogavare est largement perçu comme corrompu, et je ne doute pas une seconde que l’argent du Parti communiste chinois a rendu cet accord possible », décrypte Peter Jennings, directeur exécutif de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI).

Il pense également que l’Australie, dont le Pacifique est historiquement le pré carré, a échoué à limiter l’influence de la Chine dans la région. « L’Australie a sous-estimé la vitesse à laquelle la Chine cherche à gagner en influence dans le Pacifique et les sommes d’argent qu’elle est prête à dépenser pour s’y acheter un accès. Nous avons échoué à nouer des relations sérieuses avec les gouvernements du Pacifique et sous-investi pour maintenir notre présence dans la région ».

A l’image des îles Salomon, Kiribati a également rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan en 2019 pour en établir avec la Chine. Quatre pays d’Océanie, sur treize au total, ainsi que le Vatican, sont toujours diplomatiquement liés avec Taïwan (et donc pas avec Pékin) : Nauru, Palau, les îles Marshall et Tuvalu.

Grégory Plesse (Correspondant à Sydney)

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