Mathieu Bock-Côté: «Jérémie Cohen, un “fait divers”?»

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Par Mathieu Bock-Côté. LE FIGARO

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CHRONIQUE – Dans les médias, on ne parle de cette agression ayant conduit le jeune Cohen à la mort que pour dire qu’on ne doit pas en parler.

L’affaire Jérémie Cohen a ramené au cœur du débat public la question occultée de l’insécurité. À la fin de l’été et à l’automne, on croyait encore qu’elle structurerait la campagne présidentielle, mais il n’en fut pas ainsi. Et l’analyse du lexique et des concepts associés à l’insécurité nous permet peut-être de comprendre pourquoi. Ce vocabulaire est révélateur d’une vision de la société, de la sociologie qui l’alimente et de la lecture des rapports sociaux qui l’accompagne.

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L’agression ayant conduit le jeune Cohen à la mort serait un «fait divers». Ce concept sert normalement à désigner des événements qui n’ont pas une portée symbolique forte et ne peuvent modifier fondamentalement la trame de l’actualité. Ces dernières années, en France, toutefois, il a surtout servi à désigner des faits variés liés à l’insécurité, relevant tout autant du harcèlement de rue au quotidien que des agressions à répétition contre les forces de l’ordre, en passant par les attaques contre les chauffeurs de bus, les enseignants et les violences entre bandes rivales.

Il s’agit, en qualifiant ces événements de «faits divers», de les fragmenter en mille petits événements sans vrais liens entre eux. Le concept de «fait divers» vient arracher ces événements à l’actualité profonde et les empêche de transformer le grand récit médiatique, qui raconte la société française, qui met en scène les tensions qui la traversent. Ils peuvent susciter l’émotion, la colère, la tristesse, et même la détresse, mais ils ne sauraient pour autant transformer notre vision de la société. Il s’agirait chaque fois de cas isolés, suscitant une légitime indignation, mais ne devant jamais s’inscrire dans un contexte plus large.

« Récupération »: tel est l’autre concept clé du dispositif médiatique pour neutraliser la question de l’insécurité

Une novlangue rassurante invisibilise ainsi l’ensauvagement du pays, mais, plus encore, la multiplication des quartiers où une souveraineté nouvelle, celle des caïds et des voyous, se substitue à la souveraineté française et où l’identité française devient étrangère. C’est pourtant d’une telle grille de lecture dont nous aurions besoin pour penser cette partition ethnique objective. Elle demeure périlleuse à nommer, d’autant que le système médiatique désigne à la vindicte publique ceux qui osent remettre dans leur contexte global ces «faits divers». Ils sont alors accusés de «récupération».

«Récupération»: tel est l’autre concept clé du dispositif médiatique pour neutraliser la question de l’insécurité. Ce concept sert à dénoncer de manière préventive toute volonté d’examiner la signification politique de certains «faits divers» et de quelle manière ils nous interpellent plus largement. À travers cette accusation se déploie un dispositif inhibiteur qui a pour fonction de rendre impensable la nature des événements qui heurtent la société. Et celui qui aura le courage de nommer les choses sera mis au ban de la cité à la manière d’un démagogue et d’un provocateur.

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Et c’est ce que révèle le traitement médiatique de l’affaire Jérémie Cohen. On ne parle de cet événement dans les médias que pour dire qu’on ne doit pas en parler. On en parle pour nous mettre en garde contre la tentation d’en tirer une réflexion plus générale sur la situation de la France, pour interdire toute «récupération». No pasaran! Le réel ne passera: tel est le nouveau mot d’ordre de l’antifascisme, transformé en glaive rhétorique du régime diversitaire. Car la question de l’insécurité, serait symptomatique d’une vision du monde autoritaire contre laquelle il faudrait monter une digue.

Il ne sera pas interdit toutefois de politiser l’événement si c’est pour permettre de faire le procès rituel de l’«extrême droite», comme l’a proposé sur Sud Radio Carole Delga. Interrogée sur la mort de Jérémie Cohen, elle répond notamment, après avoir exprimé sa compassion: «On ne peut pas avoir la moindre complaisance envers les idées de l’extrême droite», avant d’ajouter que «quand on veut avoir une République où chacun a sa place, où chacun peut croire ou ne pas croire, on doit être contre l’extrême droite». Pas un mot, dans sa réponse, de l’antisémitisme propre à l’islamisme dans les quartiers.

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On notera aussi par ailleurs que l’affaire Cohen a trouvé sa place dans l’actualité grâce à la mobilisation de ce que la gauche nomme haineusement la «fachosphère» – terme utilisé pour discréditer cette mouvance qui cherche justement à faire remonter à la surface les enjeux liés à l’immigration massive et à l’insécurité.

Résumons: la négation du réel culmine dans son inversion, autrement dit dans sa falsification. On prend un événement, on l’arrache à son contexte, on le désymbolise, avant de l’inscrire dans une nouvelle trame narrative qui vient renforcer la légitimité du régime diversitaire en rappelant à tous ceux qui y évoluent quel est le véritable ennemi à combattre. Pourrait-on y voir la fabrication en direct d’une fake news? Il ne sera toutefois pas permis de parler cette fois de «récupération».

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