[Jamet] Macron sur une voie de barrage

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Le score de 28 % d’Emmanuel Macron au premier tour montre que le président n’est pas le premier choix des Français et que sa légitimité de vainqueur pourrait être écornée par le retrait de millions de citoyens, malgré son appel à la mobilisation pour faire barrage contre le danger de “l’extrême droite”, analyse notre chroniqueur Dominique Jamet. 

Par  Dominique Jamet. VALEURS ACTUELLES

Publié le 11 avril 2022

Emmanuel Macron. Photo © Thibault Camus/AP/SIPA 

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Tous les augures contemporains – sondeurs, politologues, politiciens et commentateurs – pour une fois à l’unisson, le prédisaient depuis des mois. L’élection présidentielle de 2022 serait marquée par une abstention massive. Les augures voyaient juste. Sans égaler le record historique de 2002, environ un quart des électeurs inscrits n’ont pas cru bon d’exercer le droit fondamental que leur reconnaissent nos institutions et qui leur confère une fois tous les cinq ans et pour une durée de cinq ans, le pouvoir de choisir en toute liberté le président de la République française.

Indifférence (coupable), scepticisme, rejet, dégoût de la politique en général, plus particulièrement de la classe politique, médiocrité d’une campagne prise entre Covid et Ukraine, niveau et crédibilité des candidats en lice, colères, fatigue, désespoir, toutes ces causes ont concouru et il y a là un sujet de préoccupation majeur. Qu’on le déplore, qu’on s’en inquiète ou qu’on s’en moque, si la régularité du scrutin ne saurait être mise en cause, la cohésion de la cité est affaiblie et la légitimité du vainqueur final écornée par le retrait de millions de citoyens chacun sur son petit Aventin. Ainsi Emmanuel Macron n’a-t-il obtenu ce 10 avril, avec les suffrages de 28 % des votants, que 20 % des inscrits. Il n’était donc pas le premier choix de 80 % des Français.

C’est dire que si le président sortant apparaît d’ores et déjà comme le favori du 24 avril, sa base de départ, à l’orée d’un probable second quinquennat, sera singulièrement étroite. Le fragile vainqueur du premier tour en est aussi le premier conscient. D’où sa promesse de prendre en compte la réalité du pays telle que l’a reflétée le scrutin et d’élargir sa majorité à toutes les bonnes volontés. Donc de ne pas rééditer l’erreur irréparable commise par Jacques Chirac en 2002. Plébiscité face à Jean-Marie Le Pen, Chirac, à peine réélu, fit tout au long d’un quinquennat vide et creux comme s’il devait son triomphe à sa bonne mine, au soutien de ses partisans, les maigres 19 % qui l’avaient choisi dès le premier tour, et non au raz-de-marée des millions de naïfs qui, grossissant son score de quelque soixante points, le rejoignirent pour faire barrage au retour de la « bête immonde ».

Une demande d’autorité. Un besoin de sécurité. Une crainte sur notre identité. Rien de moins. Mais rien de plus, et surtout rien d’autre.

Plus subtil et apparemment plus modeste que le lointain prédécesseur qui étonna les Français par son ingratitude, Emmanuel Macron s’est engagé à se “réinventer”, ce qui n’engage à rien, mais fait toujours bon effet dans la conversation. En revanche, il a enfourché après Chirac et comme Chirac, le bon vieux dada, réputé increvable, de l’antifascisme et lancé un vibrant appel à la mobilisation générale pour faire barrage contre le danger mortel que son adversaire ferait courir à la République.

Ainsi est annoncé ce qui sera le thème majeur de la campagne du président-candidat, ainsi est fixé ce qui sera selon lui l’enjeu du 24 avril : rien de moins que la survie de notre démocratie. La recette est éprouvée, elle a fonctionné. Est-elle encore bonne ? N’aurait-elle pas vieilli ? La peur de Marine Le Pen sera-t-elle plus forte que la détestation d’Emmanuel Macron ? Quinze jours de sermons, de prières, de processions et d’anathèmes contre le fascisme qui ne passera pas annuleront-ils onze ans de patiente dédiabolisation ?

La “droitisation” de la France est évidente. Entre Marine Le Pen, Éric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle et, marginalement, Valérie Pécresse, plus de 35 % des votants ont choisi une droite, parfois extrême, que le président entend excommunier et confondre sous la dénomination satanique d’extrême-droite. Qu’en est-il ?

Les idées et les propositions de Marine Le Pen s’inscrivent clairement dans une logique de rupture. Davantage encore et plus radicales, celles d’Éric Zemmour (ou dans un tout autre registre, celles de Jean-Luc Mélenchon). Mais que traduit, que signifie cette montée, sans précédent depuis le boulangisme, de la droite ? Une demande d’autorité. Un besoin de sécurité. Une crainte sur notre identité. Rien de moins. Mais rien de plus, et surtout rien d’autre.

Où sont les constituants naturels et aisément identifiables du fascisme ? Où le culte du chef ? Où la réduction de l’éventail politique au parti unique ? Où les défilés nocturnes à la lumière des torches ? Où les milices armées ? Où les attentats ? Où les violences ? Où les autodafés ? Où la menace sur le pluralisme et les libertés ? Où le coup d’État ? À quelques excès verbaux qu’ait pu donner lieu la chaleur d’une réunion ou la passion d’un débat, ce n’est jamais par les armes, mais toujours par les urnes qu’est passé et que passe le combat politique de cette nouvelle droite qui, au passage, vient d’enterrer définitivement l’ancienne, la droite “républicaine”. La République n’est pas en danger parce qu’Emmanuel Macron serait en péril. Gardons notre sang-froid.

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