Présidentielle 2022: «La tenaille de la colère»

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Par Vincent Trémolet de Villers. LE FIGARO

11 avril 20°22

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Vincent Trémolet de Villers. Le Figaro

L’éditorial du Figaro, par Vincent Trémolet de Villers.

Le macronisme va bien. Le président-candidat réunit, après un mandat tourmenté, 900.000 voix de plus qu’il y a cinq ans. Il aborde ce second tour en grandissime favori. Il consolide une force centrale qui revendique la compétence, l’expertise et s’envisage comme le cœur battant de la République, du progrès et de la raison. Lyrisme (un poil) techno, bienveillance (un rien) métallique, dynamisme managérial, réformisme hésitant (comme on est en train de le voir sur les retraites), ce centrisme «feel good» répond à la sensibilité d’une France encore prospère (celle des retraités), innovante (classes urbaines dominantes), tempérée (provinces sereines, de Biarritz à Trouville). Cette citadelle électorale qui regroupe un tiers des Français vit désormais sous la menace de deux forces hostiles aussi puissantes dans les urnes que faméliques dans nos deux Assemblées. Depuis le référendum de 2005, qui a donné aux électeurs du non le goût amer du «qui gagne perd», ces deux courants antagonistes ne se sont plus réunis mais continuent de s’élargir. Si l’on additionne tous les votes qui forgent la tenaille de la colère, on atteint désormais les 60 %. L’abstention de masse amplifie le phénomène…

À découvrir

À gauche, la percée de Jean-Luc Mélenchon met en lumière l’hybridation d’une gauche anciennement socialiste avec la jeunesse écolo des métropoles et les banlieues islamisées. À droite, la poussée spectaculaire du bloc nationaliste a broyé ce qu’il restait des Républicains. Trois tiers irréconciliables qui entraînent Macron et Le Pen dans un affrontement total aux conséquences forcément négatives.

Si les sondages disent vrai, la victoire d’Emmanuel Macron fait peu de doute. Mais le paysage politique dévasté dans lequel il pourrait entamer son second mandat est très préoccupant. La frustration née du sentiment de l’alternance impossible risque de durcir un peu plus la tension qui traverse notre pays. La tentation sera grande, dans cette partition sociologique, de réveiller «la guerre de classe à classe, de ceux qui n’ont rien contre ceux qui ont» (Tocqueville). Le chef de l’État l’a compris, qui promet de nouvelles formes de gouvernement. En vérité, c’est tout l’exercice démocratique qu’il faudra, d’urgence, restaurer.

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