Emmanuel Macron, candidat du statu quo. Ivan Rioufol.

LE :13 AVRIL 2022 PUBLIÉ DANS: le blog d’Ivan Rioufol. TOUS LES ARTICLES

Les Français auront-ils peur d’eux-mêmes ? L’état d’insurrection électorale, dévoilé par le premier tour de la présidentielle, rend possibles tous les scénarios le 24 avril. L’addition des scores protestataires de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan rassemble près de 55% des suffrages, auxquels il faut ajouter les abstentionnistes (26,31%). Ce socle de mécontents est potentiellement explosif pour le Système en place, représenté par Emmanuel Macron (27,84%) et son parti de l’Ordre. Sur le papier, le président candidat est vulnérable à la colère française. Elle s’entend d’ailleurs violemment lors de ses déplacements entamés ces jours-ci. Toutefois, ce n’est pas la témérité ni la prise de risques qui ont caractérisé les comportements des gens durant les deux ans de crise sanitaire et d’états d’exception : les « Gaulois réfractaires » ont sagement obéi aux injonctions de l’Etat-nounou, sans même s’interroger sur les échecs d’une vaccination survendue qui se révèle, sauf cas les plus graves, incapable de protéger du Covid. Ceux qui se sont opposés à cet Etat hygiéniste n’ont jamais été qu’une petite poignée. Les Français sont sans doute prêts, dans leurs conversations et dans leurs rêves, à renverser la table. Reste que beaucoup redoutent de casser la vaisselle. Cette crainte d’un saut dans l’inconnu est un frein. Ce mercredi, un sondage de Libération révèle néanmoins que 55% des Français considèrent que rien n’est encore joué entre Macron et Le Pen. Le grand basculement est, en tout cas, une issue inévitable pour sortir un jour de ce monde politique épuisé.

Nicolas Sarkozy, qui a choisi mardi de rallier Macron au nom de l’ « expérience » du chef de l’Etat sortant, a raison sur un point : « Une nouvelle époque s’annonce ». Mais le macronisme, qui s’est employé durant cinq ans à s’éloigner de la vie des gens au point de créer cette spectaculaire scission des « populistes », est avant tout l’expression d’un statu quo. Macron, en dépit de sa modernité d’apparence et de ses discours présentés comme disruptifs, s’inscrit dans la continuité d’un système oligarchique. Ce dernier est construit, avec l’appui d’une Union européenne à vocation supranationale, sur la défiance portée aux peuples et aux nations. C’est sur ce thème du retour à la démocratie et aux souverainetés que se place Le Pen. Son projet mérite assurément d’être discuté et critiqué. Mais rien n’est plus régressif que le choix fait par son adversaire de recourir au vieil épouvantail de « l’extrême droite ». Ce mercredi, sur Europe 1, Marcel Gauchet a reconnu, d’évidence, que Marine Le Pen se rapprochait plutôt du RPR des débuts de la Ve République. Ce refus réitéré de Macron de débattre sur une sortie de crise politique ne peut que prolonger cette dernière.

Il est possible que la « peur du populisme », ressortie pour l’occasion par la caste, impressionne à nouveau les plus craintifs.

Mais étouffer une révolte par la peur ne l’éteindra pas.

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