Accusations de génocide en Ukraine : mais quelle est vraiment la stratégie finale des Etats-Unis face à la Russie ?

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En accusant Vladimir Poutine de commettre un génocide en Ukraine, Joe Biden semble fermer la porte à une solution négociée. Qui peut faire la paix avec une puissance génocidaire ? Et jusqu’où iront les forces spéciales américaines qui semblent présentes en Ukraine ?

Barthélémy Courmont  ATLANTICO. 14 avril 2022

Atlantico : Dans la nuit de mardi à mercredi, Joe Biden a accusé Vladimir Poutine d’avoir commis un «génocide» en Ukraine. Cela ne coupe-t-il pas court à toute possibilité de stratégie négociée ? Comment expliquer ces propos ? Comment analyser la stratégie américaine ?

Barthélémy Courmont : Ce n’est pas la première fois depuis le début du conflit que le président américain utilise une rhétorique très ferme vis-à-vis de Moscou. On se souvient ainsi de l’épisode au cours duquel il souhaitait que Vladimir Poutine ne soit plus au pouvoir, jusqu’à créer un malaise au sein de son équipe à la Maison Blanche. Joe Biden a par ailleurs fait quelques bourdes, notamment en accusant Poutine d’avoir envahi l’Ukraine, ou encore en apportant son soutien au peuple… iranien. On peut mettre ces erreurs sur le dos de ses gaffes légendaires, mais ce serait sous-estimer l’importance de hausser le ton par des petites touches successives. Aussi ses propos sur le génocide, comme l’entretien dans lequel il qualifiat Poutine de tueur, ne sont pas tant des gaffes qu’un exercice maitrisé visant à diaboliser l’adversaire. Cela a évidemment un impact sur la capacité de négociation, et semble suggérer que les Etats-Unis se complaisent dans un conflit long et sans perspective de sortie, et dans une stratégie de diabolisation de Moscou qui peut leur permettre de renforcer leur influence en Europe. Ce n’est pas rendre service au peuple ukrainien, ni même à Volodymyr Zelensky. On se souvient d’ailleurs de ce dernier, agacé des pressions américaines avant le début de l’invasion, tandis qu’il cherchait – en compagnie de Paris et Berlin – de désamorcer la crise. Aujourd’hui ce sont les villes ukrainiennes qui sont bombardées et les populations meurtries sont celles de ce pays. Pas les Etats-Unis.

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Quelle est la vision réelle des États-Unis sur le sujet ? Jusqu’où sont-ils prêts à aller ? Comment expliquer qu’ils soient aussi vindicatifs alors qu’ils semblaient moins radicaux au début du conflit ? Se rapprochent-ils d’une éventuelle cobelligérance ?

Il me semble que Washington a, avant même le début de l’invasion, adopté une stratégie très offensive qui rendait le dialogue très difficile avec Moscou. Il y a donc une cohérence dans cette stratégie. On peut louer le travail des services de renseignements américains, qui ne s’étaient pas trompés sur les intentions de Vladimir Poutine, là où les Européens se sont montréss plus naïfs. Mais cela ne change pas la donne sur le fait que Washington n’a jamais été en première ligne des négociations, et sans aller jsuqu’à considérer que les Etats-Unis ont jeté de l’huile sur le feu, ce qui serait excessif, force est de reconnaitre que rien ne fut fait côté américain pour empêcher l’escalade, et aujourd’hui pour mettre un terme rapidement à cette guerre. Quant à la cobelligérance, elle est radicalement écartée par Washington, Joe Biden insistant à plusieurs reprises sur le fait qu’il n’était pas question de faire la guerre à la Russie. Discours très clair et dans le même temps très hypocrite, quand on mesure les conséquences de cette volonté de faire la guerre par délégation pour ceux qui sont sur le terrain.

Où en sont leurs relations avec les Européens ? Ces derniers sont-ils consultés et/ou tenus informés de ce que savent et font les Américains en Ukraine ?

On ne cesse de mentionner, depuis le début de l’invasion, l’unité des pays occidentaux – et même de la communauté internationale – face à Moscou. On voit bien cependant, et on ne peut que le déplorer, qu’il s’agit d’une fable. La passe d’arme entre Varsovie et Paris autour de l’élection présidentielle française, les positions d’Orban, le rôle de médiateur d’Erdogan, les hésitations de Berlin pour stopper les importations de gaz, les actions unilatérales de Johnson ou encore les propos de Biden indiquent que les consultations ne sont qu’une façade, et que chacun cherche à imposer sa propre vision de ce conflit. Avant même que la Russie ne passe à l’attaque, Emmanuel Macron semblait bien seul quant il cherchait, et c’est tout à son honneur, à éviter le pire en rencontrant Poutine à Moscou. Au-delà de la condamnation de l’agression russe sur laquelle tous se retrouvent (et heureusement!), il n’y a pas d’unité dans la communauté transatlantique sur ce conflit, et s’il est désormais presque convenu de considérer que cette guerre renforcera la coopération transatlantique, on se demande bien de quelle manière, et sous quelle bannière…

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Plusieurs sources témoignent que des forces spéciales américaines (mais aussi britanniques) étaient non-officiellement présentes sur le sol ukrainien ? Peut-on vraiment s’en étonner ? Quel peut-être leur rôle dans ce conflit ?

Il est difficile de mesurer les informations sur le terrain, tant cette guerre est l’objet de toutes les manipulations. Mais il serait en effet surprenant que des forces spéciales américaines ne soient pas sur place, puisqu’il s’agit d’une pratique courante. Mais dans quelle proportion, et avec quel impact réel dans ce acs précis? Ce qui importe ici est la stratégie de Washington, plus que le fait de savoir si des envoyés spéciaux se trouvent sur le terrain. Et cette stratégie est problématique pour deux raisons. D’abord parce qu’elle ne permet pas de limiter l’impact de cette guerre. Ensuite parce qu’elle creuse potentiellement un peu plus le fossé entre Américains et Européens, derrière les discours d’unité, dès lors que les actions ne sont pas concertées.

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