Marine Le Pen est-elle d’extrême droite ?

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Matthieu Chevallier 19 avril 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

 

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Emmanuel Macron n’a de cesse de répéter à qui veut l’entendre pendant cette campagne d’entre-deux tours : à son projet s’oppose un projet d’extrême droite. Il est communément admis que Marine Le Pen, de même qu’Éric Zemmour et tous leurs soutiens, sont d’extrême droite.

Que veulent-ils dire ? Nous sommes bien en peine de le savoir : ceux qui emploient ce concept pour désigner le RN et Reconquête se gardent bien d’en donner la moindre définition. Comme l’expliquait le sociologue et essayiste Matthieu Bock Côté au micro de CNews le 4 septembre 2021, l’extrême droite « est une catégorie fantomatique. […] Quand on dit de quelqu’un qu’il est d’extrême droite, quand on dit d’une idée qu’elle est d’extrême droite, il n’est plus nécessaire de parler avec cette personne, parce que l’étiquette collée fait en sorte que nous savons que nous sommes en face de l’infréquentable absolu. »

Ainsi le ministre de l’intérieur Gerald Darmanin, explique-t-il à Montceau-les-Mines mardi 12 avril qu’« avec Marine Le Pen, les riches vont peut-être maigrir et les pauvres vont peut-être mourir». Sic ! Pour la militante féministe Alice Coffin, une victoire de de Marine Le Pen « signifierait très concrètement la mise à mort des militantes féministes. Au sens littéral », lance-t-elle dans Libération… Contre l’ennemi tout est permis, même la calomnie, car, vous comprenez, ils sont d’extrême droite…

« Le terme d’extrême droite, jamais défini, de sert pas à qualifier, mais à disqualifier »

Alors qu’est-ce que l’extrême droite ? Michel Onfray lui-même, qui est loin d’être un soutien du RN ou de Reconquête, expliquait ce mardi 19 avril sur RMC que, pour le comprendre, il faut regarder du côté de l’histoire. Il dégage quelques critères : « C’est la violence des rues, c’est le refus de la démocratie, le refus de la République, c’est le refus de l’Assemblée nationale. […] On ne reconnaît pas les élections ». Par conséquent, il lui paraît « évident » que Marine Le Pen n’est pas d’extrême droite.

Le philosophe Marcel Gauchet expliquait quant à lui sur Europe 1 le 14 avril que « Marine Le Pen représente objectivement une sorte de droite autoritaire, populaire qui pour [lui] évoque furieusement […] les débuts de la Vème République ». Puis il poursuit en expliquant les raisons pour lesquelles ces quolibets d’extrême droite sont attribués et fonctionnent si bien : « On essaye de la [Marine Le Pen NDLR] charger du fardeau de l’ancienne extrême droite qui a laissé de très mauvais souvenirs dans ce pays avec la collaboration, le pétainisme, et qui est disqualifiée depuis 1945, avec la résurgence “Algérie française“ ».

Nous sommes loin du Rassemblement national. La diabolisation fonctionne de moins en moins. En témoignent les voix de plus en plus nombreuses pour les idées nationalistes. Mais elle fonctionne toujours. La rhétorique macroniste, empruntée à la gauche, moissonne les esprits contre toute honnêteté intellectuelle.

En réalité, comme l’explique Thierry Bouclier dans son récent ouvrage La Gauche ou le monopole de la violence (La Nouvelle Librairie), « le terme d’extrême droite, jamais défini, ne sert pas à qualifier, mais à disqualifier. Dès qu’il est lancé à un adversaire, celui-ci n’a qu’un droit : celui de se taire et de disparaître ». On ne saurait mieux dire.

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