Le malaise des croyants face au projet bioéthique d’Emmanuel Macron 

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Euthanasie, avortement, GPA, mineurs transgenres: des craintes ignorées pendant la campagne

Ana Pouvreau  CAUSEUR

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22 avril 2022

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Le malaise des croyants face au projet bioéthique d’Emmanuel Macron
Manifestation de la Manif pour tous contre GPA, la PMA sans père et le projet de loi bioethique, 7 mars 2021, Paris © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Profondément meurtris par l’incendie de Notre-Dame de Paris, véritable tragédie nationale survenue lors du quinquennat d’Emmanuel Macron, les catholiques demeurent divisés sur la réélection du président sortant.


Le positionnement du président-candidat et de de son entourage sur les questions de l’euthanasie, du suicide assisté, de la procréation médicalement assistée (PMA), de la gestation pour autrui (GPA), de l’extension du délai légal de l’avortement de 12 à 14 semaines, ou de la prescription de bloqueurs de puberté et de traitements hormonaux chez les adolescents transgenres, ont créé un malaise manifeste, non seulement au sein de l’Eglise catholique, mais également chez les autres communautés religieuses. Par contraste, Marine Le Pen a toujours défendu des positions conservatrices en opposition à l’agenda « progressiste » d’Emmanuel Macron.

Totalement absentes du débat télévisé Macron/Le Pen, à trois jours du deuxième tour du scrutin présidentiel, les questions de bioéthique sont pourtant révélatrices du gouffre qui sépare les projets de société des deux candidats. La Grande Mosquée de Paris par la voix du recteur Chems-Eddine Hafiz [1], de même que les principales institutions juives de France [2], ont apporté leur soutien à la réélection d’Emmanuel Macron, notamment en raison des restrictions sur l’abattage rituel préconisées par Marine Le Pen. Chez les catholiques, plusieurs organisations chrétiennes ont exprimé leur soutien au président-candidat par le biais d’une tribune dans le journal Ouest-France. Cependant, cet affichage, qui procède certainement d’un calcul tactique, occulte les doutes profonds qui agitent les croyants face au bilan et au projet présidentiels en matière de bioéthique. C’est certainement pour cette raison que la Conférence des évêques de France (CEF) n’a pas donné de consigne de vote pour le second tour, tout en incitant les électeurs à voter « en conscience » et « à la lumière de l’Évangile et de la doctrine sociale de l’Église » [3].

Euthanasie: non pour Le Pen, oui pour Macron

Marine Le Pen est vivement opposée à l’euthanasie (à savoir, « l’acte médicalconsistant à provoquer intentionnellement la mort d’un patient afin de soulager ses souffrances soit en agissant à cette fin, soit en s’abstenant d’agir ») et au suicide assisté, qui consiste pour le corps médical, « à donner au patient les moyens de mettre lui-même fin à sa vie » [4].

Emmanuel Macron laisse au contraire entendre qu’il instaurera l’euthanasie et s’inspirera, pour ce faire, du modèle belge [5]. Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale et soutien du président, a déclaré, le 11 avril, que « le droit de mourir dans la dignité », expression utilisée par les partisans de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, serait la grande réforme sociétale d’un second quinquennat d’Emmanuel Macron [6].

A lire aussi, Jean-Frédéric Poisson: Au menu du Français anxieux, «tout vaccin» et «bien mourir»

Pour rappel, l’euthanasie est illégale en France, mais elle a été légalisée aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. En Belgique, depuis 2002, le suicide assisté est encadré par la loi. En 2014, le parlement belge a adopté une loi autorisant l’euthanasie des mineurs en phase terminale et qui en font la demande, avec l’accord des deux parents !La loi belge n’exige pas que la personne soit en phase terminale d’une maladie grave et incurable, seul étant pris en compte le critère subjectif de la souffrance. La Belgique était même le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie des mineurs, sans limite d’âge. Les premières euthanasies de mineurs ont été réalisées en 2017, sur des enfants de 9, 11 et 17 ans. Un tel positionnement est véritablement effroyable pour les croyants. Le Pape François a réitéré la condamnation de toutes les formes d’euthanasie et de suicide assisté [7]. L’islam n’autorise ni d’accélérer la mort ni de la retarder. Son heure n’appartient qu’à Dieu [8]. Quant au judaïsme, l’euthanasie est tout à fait proscrite, de même que le suicide, qu’il soit assisté ou délégué. Le suicide est considéré comme un acte meurtrier, même si la personne le demande [9].

GPA : un non catégorique pour le Pen, un refus en demi-teinte pour Macron

Après l’adoption de la « PMA pour toutes », à savoir la procréation médicalement assistée (la possibilité d’accoucher d’un enfant, à l’aide de l’insémination artificielle et de la fécondation in vitro) remboursée par la sécurité sociale et élargie aux femmes célibataires, lesbiennes en couple ou seules, l’épineuse question de la gestation pour autrui et des mères porteuses persiste. Cette dernière consiste, selon Marine Le Pen, à « faire porter par une femme un enfant, puis à se faire attribuer cet enfant ». Elle juge cette pratique, déjà en vigueur dans trois pays de l’Union européenne (Roumanie, Grèce et Portugal), comme « une dérive mortelle pour notre société. Les êtres humains ne sont pas des objets de consommation » [10].La réponse est donc un « non » catégorique de sa part.

Le député et rapporteur de la loi bioéthique Jean Louis Touraine, le mercredi 25 septembre 2019, à l’Assemblée © Louise MERESSE/SIPA 

Emmanuel Macron a certes déclaré qu’« il n’est pas question d’autoriser la gestation pour autrui en France, car elle met en question la dignité du corps de la femme et sa marchandisation » [11]. Cependant, l’actuel porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, alors qu’il était Secrétaire d’Etat auprès du l’Education nationale et de la Jeunesse, avait déclaré dans un entretien en 2019 à Libération (lors duquel il évoquait librement son homosexualité), qu’il ne serait pas contre une GPA «éthique», pour avoir un enfant, si c’était légal en France [12]. Par ailleurs, Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône, député et co-rapporteur du projet de loi bioéthique – selon lequel « il n’y a pas de droit de l’enfant à avoir un père » – estimait, pour sa part, en 2019, qu’il n’y avait « pas eu assez de maturation de l’opinion » sur la GPA. « Ça va cliver la société, il faut attendre que les Français s’approprient l’idée. Depuis la première loi bioéthique de 1994, chaque révision a levé des interdits. Mais si on avance trop vite, ça peut être dangereux. Dans sept ans peut-être, on pourra mettre la GPA éthique sur la table » [13]. Eric Zemmour, quant à lui, ne se fait aucune illusion sur le cours des choses dans ce domaine : « Le combat d’après, c’est la GPA, vous verrez ça se fera en cas de maintien de la majorité actuelle malgré toutes les dénégations des politiques qui disent “jamais” » [14].

Du côté des croyants, selon La Croix, l’Eglise catholique s’oppose catégoriquement à toute technique artificielle d’assistance médicale à la procréation, par le document Donum Vitae (1987) rédigé par Joseph Ratzinger, le futur Pape Benoit XVI. Dans l’islam, aucune « tierce personne » ne peut interférer dans la vie sexuelle du couple ou faire le don d’un ovule, de spermatozoïdes, ou d’embryon [15] : le recours aux mères porteuses est donc proscrit. En revanche, dans le judaïsme, encadrée par la loi civile et la loi religieuse, la Halakha, cette pratique est légale. Elle n’est cependant ouverte ni aux couples homosexuels, ni aux étrangers [16].

Mineurs transgenres 

Depuis plusieurs années déjà, en France, le corps médical peut prescrire aux « enfants transgenres », dès l’âge de 11 ans, des traitements réversibles pour bloquer leur puberté. Lorsque leur « dysphorie de genre » persiste, un traitement hormonal substitutif masculinisant ou féminisant – avec des effets irréversibles tels que la stérilité – peut être prescrit à partir de 16 ans. Ces prescriptions se font avec l’accord des familles. S’il est interdit pour les mineurs de réaliser une opération de changement de sexe, l’ablation des seins (mammectomie) dans le cadre d’une transition est autorisée pour les mineurs entre 16 et 18 ans [17].

A lire aussi: Debbie Hayton: trans d’un autre genre

Marine Le Pen n’a pas encore explicité sa vision de la question des mineurs transgenres. Sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, la cause transgenre a été vigoureusement soutenue comme en atteste, par exemple, le financement par les agences régionales de santé (ARS) de la Plateforme « Trajectoire Trans’ » destinée aux mineurs transgenres [18]. Au vu du rythme auquel se déroulent ces évolutions sociétales marquantes, l’exigence du consentement parental paraît de plus en plus en sursis.

Si Emmanuel Macron est réélu, ces évolutions sociétales majeures seront accélérées, à l’instar de son programme économique et social. Force est de constater que cela sera mis en œuvre dans une optique située aux antipodes de celle des croyants qui s’apprêtent à le réélire. A noter à cet égard, que selon La Croix[19], lors du 1er tour du scrutin, 29% des catholiques pratiquants ont porté leur suffrage sur Emmanuel Macron, 25% sur Marine Le Pen (soit une hausse de plus de 10 points en cinq ans !), 13% sur Jean-Luc Mélenchon et 11% sur Éric Zemmour. Selon l’IFOP, 69% des musulmans de France ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Loin derrière, Emmanuel Macron a recueilli 14%, et Marine Le Pen 7% des suffrages de cette communauté de croyants. Au sein de la communauté juive, un « survote » en faveur d’Eric Zemmour a été observé.


[1] https://www.algerie-expat.com/politique/le-soutien-de-la-grande-mosquee-de-paris-pour-emmanuel-macron/15752/

[2] https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/130422/presidentielle-francaise-les-institutions-juives-appellent-voter-macron

[3] https://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-parmi-les-catholiques-des-voix-reclament-une-consigne-claire-des-eveques-de-france-contre-marine-le-pen-19-04-2022-KMDLNSJUYNDI3PYAGVRIGABFRA.php

[4] https://sante.lefigaro.fr/social/sante-publique/euthanasie/quest-ce-que-cest

[5] https://www.la-croix.com/France/Euthanasie-Emmanuel-Macron-favorable-modele-belge-certains-cas-2022-04-01-1201208236

[6] https://twitter.com/franceinfo/status/1513411721225986049

[7] https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-09/fin-vie-euthanasie-lettre-doctrine-foi.html

[8] https://www.lemonde.fr/archives/article/2004/11/10/l-islam-n-autorise-ni-d-accelerer-la-mort-ni-de-la-retarder_386496_1819218.html

[9] https://www.lejsl.com/actualite/2015/02/20/dans-le-judaisme-l-euthanasie-est-tout-a-fait-proscrite

[10] https://www.la-croix.com/France/GPA-quen-disent-candidats-presidentielle-2022-2022-02-08-1201199160

[11] https://www.la-croix.com/France/GPA-quen-disent-candidats-presidentielle-2022-2022-02-08-1201199160

[12] https://www.liberation.fr/france/2019/04/23/gabriel-attal-de-ses-propres-zeles_1722937/

[13] https://www.bfmtv.com/politique/parlement/projet-de-loi-bioethique-la-gpa-non-dit-qui-irrite-une-frange-de-la-macronie_AV-201909230096.html

[14] https://www.valeursactuelles.com/politique/video-loi-bioethique-le-combat-dapres-cest-la-gpa-craint-zemmour

[15] https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Fecondation-vitro-PMA-GPA-dit-lislam-2017-06-27-1200858434

[16] http://www.slate.fr/story/93287/gpa-israel

[17] https://wikitrans.co/ths/mineur/

[18] https://www.bvoltaire.fr/lideologie-transgenre-en-marche-sous-lere-macron/

[19] https://www.la-croix.com/Debats/Cessons-den-appeler-eveques-designer-futur-president-Republique-2022-04-21-1201211397

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