Frères musulmans : sujet « sensible » pour certains publicitaires…

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Philippe Kerlouan 23 avril 2022. BOULEVARD VOLTAIRE

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L’hebdomadaire Marianne vient de publier une information relative aux limites des campagnes publicitaires en période d’élection, qui interroge sur la liberté d’expression. « Prudence, censure ou respect de la loi ? », tels sont les premiers mots de l’article. Rappelons les faits : chacun pourra donner sa réponse à la question.

Une campagne publicitaire était prévue, depuis belle lurette, pour la sortie d’un ouvrage intitulé La Menace mondiale des Frères musulmans, un document fondé sur les travaux d’une commission d’enquête du Congrès américain. Mais voilà qu’à la réception de l’affiche, destinée à figurer sur le mobilier urbain et chez certains commerçants, les deux sociétés pressenties, JCDecaux et Insert, se sont rétractées, invoquant un sujet trop « politique » ou « sensible ». La mention figurant sur l’affiche, « Après ce livre, plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ! », n’y est sans doute pas étrangère.

Interrogée par Marianne, la société JCDecaux prétexte du respect de la loi. Elle serait tenue par « les contrats [passés] avec les collectivités, en l’occurrence les villes : nous n’avons pas le droit de faire de l’affichage politique ou confessionnel ». Il ne s’agit pourtant que de la traduction d’une étude très sérieuse sur l’organisation des Frères musulmans, commentée par des journalistes, et non de quelque propagande politique ou religieuse. Le directeur de la communication de l’entreprise se veut accommodant : « Vous avez le droit d’avoir une analyse différente. Il reste que la loi nous contraint à une neutralité totale durant la période électorale  ». Et d’ajouter que cette campagne pourra avoir lieu après les législatives.

Cette réponse est-elle satisfaisante ? Qu’on s’abstienne, durant la trêve électorale de tout sujet pouvant porter préjudice à l’un des candidats ou, au contraire, l’avantager, peut se concevoir : les électeurs doivent pouvoir réfléchir sereinement à leur choix. Certes, la vérité n’est pas toujours bonne à dire, mais jusqu’où doit aller cette retenue ? Faut-il interdire telle publicité sur l’épilation de toutes les parties du corps, y compris du torse, ou proscrire d’un programme de télévision le film musical  « Les hommes préfèrent les blondes », pour ne pas se faire accuser de parti pris ? Car, si l’on cherche la petite bête, pour rester absolument neutre, il ne faut plus parler de rien.

Ce qui rend perplexe, c’est que l’explication donnée par l’autre société est tout autre. Elle assure que sa décision n’a « rien à voir avec l’élection présidentielle », mais qu’elle a un « devoir de protection vis-à-vis des commerçants chez qui ces publicités vont être installées. Nous ne sommes pas à l’abri d’avoir des extrémistes qui s’en prennent à ces affiches ». Si maintenant on doit se garder de faire une campagne publicitaire pour éviter des troubles à l’ordre public, on n’est pas sorti de l’auberge. Faut-il se censurer pour ne pas provoquer de réactions, se soumettre pour ne pas attiser certaines colères ? Que devient, dans ces conditions, la liberté d’expression ?

Alors, « prudence », « censure » ou « respect de la loi » ? À chacun d’en juger. Force est de constater que ce refus est louche et cette dérobade plus instructive que si la campagne publicitaire avait eu lieu normalement. Par bonheur, si l’on n’a pas le droit de tout dire, on a encore le droit de n’en penser pas moins.

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