Guerre en Ukraine: les Occidentaux face au risque de cobelligérance

Par Philippe Gélie. LE FIGARO

27 avril 2022

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ANALYSE – Le chef de la diplomatie russe accuse l’Otan d’être «engagée dans une guerre avec la Russie via un intermédiaire». Selon lui, ce constat entraîne un «risque réel» de troisième guerre mondiale.

Évoquant, lundi 25 mars,«le risque réel» de conflit nucléaire et de troisième guerre mondiale, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, l’a justifié par ce constat: «L’Otan, en substance, est engagée dans une guerre avec la Russie via un intermédiaire et elle arme cet intermédiaire. La guerre signifie la guerre.» Le lendemain, les États-Unis présidaient, sur leur base de Ramstein en Allemagne, une réunion d’une quarantaine d’alliés visant à accélérer et renforcer le soutien militaire aux Ukrainiens.

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Alors que l’invasion russe de l’Ukraine vient d’entrer dans son troisième mois, le champ de bataille a changé de nature, passant de la guérilla urbaine aux vastes plaines du Donbass. Le besoin d’armements lourds – artillerie, blindés – s’y fait plus pressant: Washington entend y pourvoir afin de maintenir la dynamique de succès qui a vu les forces ukrainiennes infliger d’inattendus revers – ou résister au-delà des attentes -à l’armée russe à Kiev ou Kharkiv. Les obusiers arrivent dans le pays et les Occidentaux s’organisent pour assurer un approvisionnement soutenu en munitions de gros calibre.

Affrontement

Cette mobilisation reflète la leçon tirée de la première phase de la guerre:la conviction nouvelle que le David ukrainien, convenablement soutenu par ses alliés, a une chance non négligeable de l’emporter sur le Goliath russe. L’hypothèse d’une défaite du Kremlin enhardit les stratèges de Washington jusqu’à afficher leur propre but de guerre: «Nous voulons voir la Russie affaiblie au point qu’elle ne puisse plus faire le genre de choses qu’elle a fait en Ukraine», a déclaré le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin. Une ambition peut-être légitime au vu des circonstances, mais qui ne manquera pas de conforter Vladimir Poutine dans sa conviction que les Occidentaux veulent marginaliser ou détruire la Russie.

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Sous l’apparence de la continuité,les termes de l’affrontement sont subtilement en train d’évoluer. Moscou répète de plus en plus fréquemment que les livraisons d’armes à l’Ukraine constituent un acte de cobelligérance – c’est-à-dire d’engagement actif dans le conflit -, n’excluant pas de frapper les convois comme des «cibles légitimes». Dans les usages de la guerre, c’est l’engagement sur le terrain ou dans la planification qui scelle la cobelligérance, pas le soutien matériel ou financier. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le président américain, Joe Biden, avait refusé début mars d’imposer une zone d’exclusion aérienne dans le ciel ukrainien: cela revenait à abattre des avions russes et à entrer en guerre.

«Une confrontation directe entre l’Otan et la Russie, ce serait la troisième guerre mondiale, ce que nous devons tout faire pour empêcher», déclarait alors le chef de la Maison-Blanche, qui avait exclu, avant même le déclenchement de l’offensive russe, d’envoyer ses soldats en Ukraine. «Il faut faire stopper cette guerre sans devenir nous-mêmes des belligérants», renchérissait Emmanuel Macron. La réponse passait par une combinaison de sanctions, de fourniture d’armes «défensives» (antichars ou antiaériennes) et de diplomatie.

Risques de représailles

L’idée que les Ukrainiens aient une chance raisonnable de victoire sur le terrain pousse les Américains et les Européens à rehausser leur jeu sur le plan militaire. Avec les risques que comporte le fait de se rapprocher de cette zone grise qu’est la cobelligérance. Risques de représailles, voire d’escalade si Poutine se sent poussé vers la défaite. La référence récurrente des responsables russes à leur arsenal atomique n’est pas prise à la légère. La CIA envisage un scénario dans lequel le Kremlin ferait une «démonstration» nucléaire en mer Noire ou dans une zone faiblement peuplée, comme «tir de sommation» pour forcer les Occidentaux à reculer.

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Mais, au-delà de son interprétation de l’agressivité occidentale, Poutine doit aussi apprécier les conséquences de ses propres actes. Alors que se multiplient les incidents en Transnistrie – région sécessionniste soutenue par Moscou en Moldavie -, a-t-il vraiment intérêt à élargir une guerre qu’il a déjà du mal à gagner en Ukraine? Veut-il vraiment se lancer dans une escalade nucléaire face aux États-Unis et à l’Otan?Le président russe peut être mécontent,il peut tempêter et menacer, mais il a ouvert les hostilités sur un terrain où il devait s’attendre à une résistance de même nature.

Ses adversaires doivent seulement se rappeler que face à lui, même la victoire pourrait être périlleuse.

2 Replies to “Guerre en Ukraine: les Occidentaux face au risque de cobelligérance”

  1. Quand les Européens vont-ils enfin comprendre que les États Unis les manipulent en profitant de l’émotion créée par la guerre pour les amener à ne servir que les intérêts américains ?

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