Guerre en Ukraine : comment le tabou sur les livraisons d’armes lourdes a sauté

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Longtemps considérées comme une ligne rouge, les livraisons d’armes lourdes à l’Ukraine par l’Occident sont aujourd’hui massives. Pour quel impact sur le terrain ?

Des soldats de l'armée française s'entraînent à utiliser un Caesar lors d'un exercice à Canjuers (Var), le 11 octobre 2021. Emmanuel Macron a annoncé l'envoi de douze canons de ce type à l'Ukraine.

Des soldats de l’armée française s’entraînent à utiliser un Caesar lors d’un exercice à Canjuers (Var), le 11 octobre 2021. Emmanuel Macron a annoncé l’envoi de douze canons de ce type à l’Ukraine.

Nicolas TUCAT / AFP

Par Paul Véronique. L’EXPRESS

Publié le 28/04/2022

Changement de braquet dans l’aide militaire occidentale à l’Ukraine. A l’issue d’une rencontre mardi 26 avril en Allemagne, les Etats-Unis et une quarantaine de pays alliés ont annoncé qu’ils se réuniront désormais tous les mois pour examiner comment renforcer les capacités militaires de Kiev. L’objectif : « remuer ciel et terre » pour faire gagner l’Ukraine, a résumé le ministre américain de la Défense, Lloyd Austin. Un peu plus tôt dans la journée, Berlin avait autorisé la livraison à Kiev d’une cinquantaine de chars anti-aériens de type « Guépard », opérant un revirement de taille dans sa politique de soutien – jusqu’alors très prudente. Les Pays-Bas ont aussi confirmé fournir des obusiers blindés de type Panzerhaubitze 2000 capables d’atteindre des cibles à 50 kilomètres de distance. 

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Des annonces similaires sont tombées en cascade ces derniers jours. Emmanuel Macron avait ainsi signalé, vendredi 22 avril, l’envoi en Ukraine de missiles antichars Milan ainsi que de 12 canons Caesar. « Il s’agit d’un camion blindé doté d’un canon très performant de 155 mm, capable de tirer six obus en une minute, à plus de 40 kilomètres, détaille le général Dominique Trinquand, expert militaire et ancien chef de la mission française à l’ONU. Ils sont très mobiles et pourraient se révéler extrêmement efficaces contre l’artillerie et les blindés russes. » Les Etats-Unis avaient également sauté le pas quelques jours plus tôt, en débloquant une nouvelle tranche d’aide d’un montant de 800 millions de dollars, comprenant entre autres 72 obusiers Howitzer, ainsi que des pièces détachées destinées aux avions de chasse de l’armée de l’air ukrainienne. 

Plus de ligne rouge

Contrairement à ce qui était encore le cas durant les premières semaines du conflit, la livraison d’armes lourdes à l’Ukraine n’apparaît plus comme une ligne rouge. « Les Occidentaux ont rouvert la porte progressivement après avoir constaté que l’aide militaire apportée à l’Ukraine n’entraînait pas, à ce stade, d’escalade majeure de la part de la Russie, souligne Mathieu Boulègue, chercheur spécialiste de l’Eurasie à la Chatham House, un centre de réflexion britannique. On se permet donc aujourd’hui d’aller plus loin, mais tout en prenant soin de ne pas être considérés comme cobelligérants. » La République tchèque avait été le premier pays à ouvrir le bal début avril, en annonçant la livraison de chars T-72M de conception soviétique à l’Ukraine. La Pologne, puis le Royaume-Uni avaient rapidement embrayé. 

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En parallèle, les exactions commises par l’armée russe – comme à Boutchaou à Kramatorsk -, et les accusations de génocide lancées par Joe Biden et plusieurs autres dirigeants ont légitimé dans les opinions publiques occidentales le renforcement de l’aide militaire pour Kiev. Selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé mardi, 73% des Américains soutiennent ainsi les livraisons d’armes à l’Ukraine, soit le niveau le plus haut enregistré depuis le début du conflit. Avant la découverte des premiers massacres de civils au nord de Kiev, ce chiffre était de 68%. 

Agacement de Moscou

Reste à déterminer les conséquences de ces livraisons massives sur le front. « Elles peuvent aider l’Ukraine à limiter, voire à empêcher, la conquête de nouveaux territoires par la Russie dans l’Est, pointe Benjamin Haddad, directeur Europe de l’Atlantic Council, centre de réflexion américain. Pour les Occidentaux, la meilleure façon de mettre fin à ce conflit est de rééquilibrer le rapport de force en faveur de l’Ukraine, afin d’augmenter le coût de la guerre pour la Russie et la contraindre à reculer. » Signe des espoirs côté occidental, le chef du Pentagone a estimé lundi que les Ukrainiens « peuvent gagner s’ils ont les bons équipements ». 

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Cette aide n’est pas sans agacer Moscou. Lundi, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a mis en garde les Occidentaux contre un danger « grave » et « réel » de troisième guerre mondiale. « Cela traduit une forme d’agacement du Kremlin vis-à-vis de la réduction de sa supériorité militaire, en raison de ces livraisons d’armes », note Mathieu Boulègue. 

Faut-il craindre une escalade ? Pour l’heure, la Russie se contente de cibler les stocks de matériel militaire ukrainien. L’armée russe a ainsi affirmé mercredi avoir détruit « des hangars avec une grande quantité d’armes et de munitions étrangères » à Zaporijia. Vendredi, le général Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du district militaire du Centre de la Russie, avait aussi indiqué que l’objectif de Moscou était de créer un « couloir terrestre » s’étirant du Donbass à la Transnistrie.  

Une série d’explosions survenues cette semaine dans ce territoire séparatiste prorusse situé en Moldavie ont depuis fait craindre un débordement du conflit ukrainien. « Si la Russie se rend compte qu’elle court vers un échec dans le Donbass, et qu’elle veut pousser les Occidentaux dans leurs retranchements, elle pourrait décider d’ouvrir un nouveau front en Moldavie, juge le général Trinquand. Il n’est cependant pas certain qu’elle en ait encore les moyens. » 

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