Pourquoi la Moldavie est une cible pour Vladimir Poutine

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Le pays le plus pauvre d’Europe doit, comme l’Ukraine voisine, composer avec une minorité russophone séparatiste. Des incidents aiguisent la tension.

La statue de Lenine situee devant le Soviet supreme de l'Etat autoproclame de Transnistrie, a Tiraspol.
La statue de Lénine située devant le Soviet suprême de l’État autoproclamé de Transnistrie, à Tiraspol.© ANDREA MANCINI / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Par Luc de Barochez

Publié le 28/04/2022 LE POINT

La guerre d’Ukraine va-t-elle s’étendre à un pays voisin ? Les incidents qui agitent cette semaine le territoire séparatiste russophone de Transnistrie, en Moldavie, à la frontière sud-ouest de l’Ukraine, le font craindre. La Transnistrie est une bande de territoire d’à peine 10 kilomètres de large sur un peu plus de 400 de long, s’étendant entre le fleuve Dniestr et la frontière ukrainienne et hébergeant près de 500 000 habitants. C’est là que l’État fantoche baptisé « République moldave du Dniestr » (RMD) a été proclamé il y a plus de trente ans.

Tiraspol, capitale du territoire, est restée figée dans l’ère soviétique : une immense statue de Lénine trône devant le Soviet suprême (le parlement), le drapeau de la RMD est frappé de la faucille et du marteau et des troupes russes y sont toujours stationnées, quelque 1 500 hommes héritiers de la 14e armée russe, venue prêter main-forte en 1992 aux séparatistes locaux en lutte contre les forces moldaves.

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Depuis lors, le conflit est officiellement gelé. La RMD n’est pas reconnue internationalement mais elle est, de facto, indépendante de la Moldavie. Un richissime ancien membre des services de renseignements russes, Viktor Gushan, contrôle la quasi-totalité de l’économie du territoire via son groupe, Sheriff.

Deux mois après son déclenchement, la guerre en Ukraine – la frontière est à moins de cinq kilomètres de Tiraspol – n’a pas manqué de tirer ce conflit de son sommeil. Pour résumer : tirs de grenades lundi soir visant le « ministère de la Sécurité d’État » de Tiraspol, destruction à l’explosif, mardi, de deux antennes radio, puis explosions à proximité de l’aéroport de Tiraspol. Et mercredi, un dépôt de munitions russes proche de la frontière ukrainienne aurait été la cible de tirs après avoir été survolé par des drones.

La Russie dément

On ne sait rien de fiable sur les fauteurs de troubles : les services moldaves (thèse de Moscou), les services russes (thèse de Kiev), ou bien, et c’est le plus vraisemblable, une lutte de pouvoir au sein de la « république » séparatiste ?

La présidente moldave, Maia Sandu, a désigné du doigt « des factions bellicistes au sein de la région de Transnistrie qui sont intéressées à une déstabilisation de la région ». Pour elle, « cela rend vulnérable la région de Transnistrie et cela fait peser des risques sur la République de Moldavie ». À Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a démenti tout lien avec les incidents.

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La situation en Transnistrie ressemble par certains côtés à celle du Donbass. Ce n’est pas un hasard si, juste après la reconnaissance par Vladimir Poutine de l’indépendance des deux « républiques » séparatistes du Donbass, prélude à sa guerre d’agression contre l’Ukraine, les autorités de Tiraspol ont elles aussi réclamé à Moscou de bénéficier de la même reconnaissance.

Mais contrairement à l’Ukraine, la Moldavie se veut un pays neutre. Elle n’a jamais demandé à adhérer à l’Otan. Sa neutralité est inscrite dans la constitution de 1994 et a été respectée par tous les gouvernements depuis lors, pro-russes comme celui de l’ancien président Igor Dodon (au pouvoir de 2016 à 2020) ou pro-européen comme celui de Maia Sandu, qui a remporté les élections de 2020.

L’UE, chiffon rouge pour Moscou

Cette neutralité n’a pas empêché Maia Sandu de signer le 3 mars dernier la demande d’adhésion de son pays à l’Union européenne, le même jour que la Géorgie et peu après l’Ukraine. Le lendemain, 4 mars, la « République moldave du Dniestr » séparatiste a répliqué en demandant à l’ONU et à l’Organisation de la coopération et de la sécurité en Europe (OSCE) de reconnaître son existence.

La Moldavie, pays le plus pauvre d’Europe, a beau avoir des perspectives d’adhésion plutôt lointaines à l’UE, son tropisme pro-européen est néanmoins un chiffon rouge pour Moscou. En Ukraine, c’est la signature de l’accord d’association avec l’UE qui avait mis le feu aux poudres en 2014 et précipité l’annexion de la Crimée et l’occupation du Donbass par la Russie.

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En entraînant la Moldavie dans la guerre, Moscou pourrait d’un côté enrayer la marche de la Moldavie vers l’Europe et consolider sa mainmise sur le territoire séparatiste russophone ; et de l’autre prendre à revers les forces ukrainiennes qui défendent Odessa, le grand port ukrainien sur la mer Noire qui est à moins de 100 kilomètres de Tiraspol. Un général russe de premier plan, Roustam Minnekaïev, vient de confirmer l’intention de Moscou de couper les accès de l’Ukraine à la mer Noire.

L’armée russe a bombardé à deux reprises mardi et mercredi et gravement endommagé le pont franchissant l’estuaire du Dniestr sur la mer Noire. L’ouvrage relie la région d’Odessa à la partie du territoire ukrainien située à l’ouest du fleuve, au sud de la Moldavie, et au-delà avec la Roumanie. Est-ce une coïncidence si ce double bombardement russe a eu lieu en même temps que les incidents de Tiraspol ?

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