Ukraine : la semaine où la guerre a basculé

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Le président américain Joe Biden, au Congrès, demandant 33 milliards de dollars supplémentaires pour l'Ukraine.

©JIM WATSON / AFP

CHANGEMENT DE CAP

Cette semaine, la guerre d’Ukraine est entrée dans une nouvelle phase avec le soutien massif et explicite des Américains au président Zelensky.

Cyrille Bret.

ATLANTICO. 1er Mai 2022

Ukraine : la semaine où la guerre a basculé

avec Cyrille Bret

Cette semaine, suite à la visite du Secrétaire général de l’ONU à Kiev, aux attaques ukrainiennes sur le sol russe, à l’engagement des États-Unis sur le conflit, ou à la livraison d’armes lourdes allemandes, peut-on penser que la guerre en Ukraine a basculé vers un nouveau rapport de force ? 

Cyrille Bret : Après deux mois de guerre, les rapports de force stratégiques ont sensiblement évolué à plusieurs niveaux. La guerre d’Ukraine entre désormais dans une nouvelle phase. L’affrontement bilatéral entre Ukraine et Russie a changé : les forces armées russes ne sont pas parvenues à prendre la capitale de l’Ukraine, Kiev, et n’ont en conséquence pas permis à la Russie de changer le régime politique dénoncé le 24 février dernier comme « néonazi » par la présidence russe. Aujourd’hui, l’Ukraine est en partie occupée et attaquée mais elle a démontré à son ennemi sa capacité de résistance. Psychologiquement, les rapports ont changé et le rapport du faible au fort s’est transformé en rapport du résistant à l’envahisseur en partie impuissant. Le rapport trilatéral entre Ukraine, Russie et Etats-Unis vient lui aussi de changer : le soutien américain à l’Ukraine s’accentue d’un point de vue financier, économique, militaire et politique. Désormais, la présidence Biden cherche explicitement à infliger une défaite à la Russie et à entraîner ainsi un changement de régime à Moscou. Les Etats-Unis se sont rapprochés de la limite qui les feraient parties au conflit en Ukraine. Enfin, les Européens ont accentué leur politique de sanctions contre la Russie mais ont également franchi un cap en annonçant que les livraisons d’armes vers l’Ukraine étaient désormais importantes. Sur le plan de la communication politique, cela signifie que les Etats de l’Union européenne ont révisé leur attitude vis-à-vis de la Russie et n’hésite plus à fournir un soutien en armes qu’ils auraient considéré il y a peu comme une « provocation » envers la Russie. La nouvelle phase qui s’ouvre n’est pas moins dangereuse car la Russie cherchera assurément à obtenir une victoire nette sur le plan territorial pour que les sanctions qu’elle subit ne soient pas subies « en vain ». Cela rend d’autant plus redoutable la « bataille du Donbass » annoncée par les autorités russes.

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Joe Biden a récemment multiplié les annonces en faveur de l’Ukraine. Jeudi 28 avril, il a notamment promis une aide de 32 milliards de dollars “pour aider l’Ukraine à se défendre”. Comment expliquer ce soutien massif de la part des Américains ? Peut-on y voir une volonté de mettre la Russie hors d’état ? Les Américains cherchent-ils à renverser le pouvoir au Kremlin ? 

Cyrille Bret : les Etats-Unis semblent bel et bien de retour en Europe orientale. Le plan massif des Etats-Unis à l’Ukraine comporte un volet militaire très important. Les Etats-Unis voient dans ce conflit un combat entre les démocraties et les régimes autoritaires. Ils entendent assumer en Europe leur rôle de leaders du monde libre. Ils cherchent également à renforcer la vocation de l’OTAN – assurer la sécurité en Europe. L’objectif des Etats-Unis est aujourd’hui explicite : il s’agit pour eux d’affaiblir la Russie et de l’empêcher de conduire de nouvelles guerres comme celle de Géorgie (2008), de Syrie (2015) et aujourd’hui d’Ukraine. Infliger une défaite militaire à la Russie par le truchement de l’Ukraine leur permettrait de réduire la puissance russe, de rassurer leurs alliés du flanc est (Pologne, Baltes, etc.) de l’Europe et de réaffirmer ainsi leur rôle sur la scène politique internationale, au-delà des frontières européennes, au Moyen-Orient.

Alors que les Russes brandissent de nouveau la menace nucléaire, les États-Unis ne semblent pas vouloir faire marche arrière et semblent bien décidés à soutenir sans réserve l’Ukraine. Comment expliquer cette volonté ? Ont-ils le sentiment que les Russes ne sont pas en mesure de mettre leurs menaces à exécution ? Comment savoir quelles forces leur reste-t-il ? 

Cyrille Bret : les Etats-Unis prennent évidemment très au sérieux les menaces à peine voilées de recours à des armements non-conventionnels (nucléaire, chimique, etc.) car ce sont leurs propres services de renseignement qui alertent l’opinion mondiale sur ces risques. Toutefois, les autorités américaines savent également que le rapport coût/bénéfice de l’usage de ces armements n’est pas très favorable à celui qui l’emploie. Une attaque chimique sur Marioupol pour achever la prise de la ville ou un usage « tactique » c’est-à-dire circonscrit d’armes nucléaires sur certains champs de bataille ukrainien exposeraient la Russie à une réprobation internationale bien au-delà du camp occidental. Les Etats-Unis savent également que la Russie dispose d’autres leviers de puissance contre l’Ukraine, l’Union européenne et les Etats-Unis notamment dans le domaine énergétique et dans le cyberespace. Les Etats-Unis ont choisi, en cohérence avec leur ligne stratégique initiale, la fermeté face à la Russie. Et l’accentuation actuelle du soutien à l’Ukraine montre qu’ils sont déterminés à ne pas se contenter d’un statu quoen Ukraine.

Quelle est l’ampleur exacte de l’aide américaine en Ukraine ? Au-delà des dons d’armes et de matériel, participent-ils plus activement à cette guerre ? Y a-t-il dans ce conflit plus d’influence américaine que ce qu’on imagine ? 

Cyrille Bret : l’Ukraine est un champ d’affrontement stratégique non seulement pour la Russie mais aussi pour les Etats-Unis. Depuis bien longtemps, les stratèges démocrates et républicains savent que le « grand jeu » européen se joue en Ukraine car le contrôle de ce territoire est tout à la fois la clé de la maîtrise de la Mer Noire et donc du Caucase et du Moyen-Orient septentrional, le verrou du transit des hydrocarbures de la Russie vers l’Ouest et le vecteur essentiel d’influence – soit de la Russie en Europe soit, au rebours, de l’Europe en Russie. Les Etats-Unis – comme la Russie savent que l’issue de la guerre en Ukraine sera déterminante pour l’équilibre des puissances dans toute la zone.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

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