Guerre en Ukraine : les pacifistes allemands en guerre contre Olaf Scholz

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Le chancelier doit essuyer de nombreuses critiques dans son propre pays. Nombre d’intellectuels lui reprochent de vouloir continuer à envoyer des armes à l’Ukraine.

 Olaf Scholz le 1er mai.
 Olaf Scholz le 1er mai.© DAVID YOUNG / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

De notre correspondante à Berlin, Pascale Hugues. LE POINT

Publié le 02/05/2022

Dans un pays qui, au nom du « Nie wieder Krieg ! » (Plus jamais la guerre !), s’opposa fermement durant des décennies à participer aux missions militaires internationales à l’étranger et qui, au début de la guerre, refusait encore catégoriquement d’envoyer des armes à Volodymyr Zelensky, le vote du Bundestag décidant à une forte majorité de fournir des armes lourdes à l’Ukraine est loin de faire l’unanimité. Alors qu’au début du mois d’avril, 55 % des Allemands étaient favorables à la livraison d’armes lourdes, en particulier de chars, ils ne sont plus que 45 % aujourd’hui, selon le récent sondage réalisé par l’institut Infrastest. Motif principal de cette réticence croissante : la peur d’une escalade du conflit.

On assiste même à une véritable fronde parmi certains intellectuels dont le philosophe Jürgen Habermas a pris la tête. Dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien de gauche libéral Süddeutsche Zeitung, Jürgen Habermas, 92 ans, estime que les Occidentaux doivent à tout prix éviter les « dangereux coups de poker ». « Si les appels à soutenir l’Ukraine sont compréhensibles et moralement justifiés, écrit-il, il ne faut pas pour autant oublier le risque d’escalade. » Jürgen Habermas loue la « réflexion et la retenue » du chancelier Scholz. Une prudence de mise pour éviter « une troisième guerre mondiale apocalyptique ».

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Le philosophe n’est pas seul à protester contre la politique jugée « dangereusement belliqueuse » de la coalition « tricolore » (SPD-Verts-Libéraux) poussée dans ses retranchements par les médias. Dans une lettre à Olaf Scholz, 28 personnalités de la vie publique allemande, parmi lesquelles Alice Schwarzer, l’égérie du féminisme allemand, l’acteur Lars Eidinger, le chanteur Frédérik Mey, les écrivains Juli Zeh et Martin Walser, font part de leur inquiétude et prennent la défense du chancelier qui a si longtemps hésité à valider la fourniture d’armements lourds. Les signataires de cet appel lui demandent de revenir à sa position initiale en stoppant la livraison d’armes à l’Ukraine pour éviter une escalade qui pourrait mener à un conflit mondial, voire à une guerre atomique.

Un chancelier critiqué de toutes parts

Olaf Scholz, qui pendant des semaines refusa l’envoi d’armes lourdes à Kiev, a été la cible de vives critiques. Les partis de coalition, tout comme l’opposition conservatrice, condamnaient ses hésitations et sa passivité en soulignant que l’Allemagne était à la traîne par rapport aux autres pays de l’Otan. Dans un discours historique prononcé fin février, quelques jours après le début de l’agression russe, Olaf Scholz avait fini par donner son feu vert à la livraison d’armes, brisant ainsi un tabou. Il promettait un « tournant historique » et annonçait qu’un fonds spécial de 100 milliards d’euros serait débloqué pour moderniser la Bundeswehr, l’armée allemande. En outre, plus de 2 % du PIB allemand serait consacré à la défense.

Les 28 signataires louent au contraire la prudence du Chancelier qui se justifiait dans une interview à l’hebdomadaire Der Spiegel : « Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter une escalade qui conduirait à une troisième guerre mondiale. Il ne doit pas y avoir de guerre nucléaire. » Sous la pression de l’opinion publique qui voyait dans sa position un manque de leadership, Olaf Scholz a fini par céder. « Nous espérons, écrivent-ils, que vous reviendrez à votre position initiale et que vous n’enverrez pas d’autres armes lourdes à l’Ukraine. Nous vous demandons au contraire de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour obtenir le plus vite possible un cessez-le-feu et pour trouver une solution de compromis acceptable par les deux parties. »

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Dans une interview au quotidien berlinois Der Tagesspiegel, Edgar Serge, acteur très connu en Allemagne, estime que « nous nous focalisons uniquement sur les livraisons d’armes au lieu de penser à un cessez-le-feu. En conséquence à ces nouvelles livraisons d’armes, les victimes civiles dans ce conflit atteindront un nombre qu’aucune morale politique ne sera plus en mesure de justifier ». Ces prises de position de « quelques happy few » ont déclenché un tollé sur les réseaux sociaux. Les signataires sont accusés de vouloir livrer les Ukrainiens sans défense aux troupes de Poutine et de pratiquer le pacifisme du canapé tout en faisant preuve d’un cynisme éhonté.

À ceux qui, aujourd’hui, lors d’une grande manifestation syndicale du 1er mai à Düsseldorf, scandaient « faire la paix sans les armes ! », Olaf Scholz a répliqué que « sans armes on a aucune chance contre Poutine. Je respecte toutes les formes de pacifisme, mais je crois qu’un Ukrainien trouverait cynique qu’on lui dise aujourd’hui qu’il doit se défendre contre Poutine sans armes. Cette façon de voir les choses appartient au passé ». Le chancelier a répété que l’Allemagne continuerait tout comme les autres pays européens à apporter un soutien financier, humanitaire et à livrer des armes à l’Ukraine.

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