Mais la France en peine, où est-elle? 

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Le billet « élitophobe » de Philippe Bilger

Philippe Bilger 

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9 mai 2022

Mais la France en peine, où est-elle?
De gauche à droite, Laurent Fabius, Richard Ferrand, Gérard Larcher, Jean Castex, Emmanuel Macron et Brigitte Macron, Palais de l’Elysée, Paris, 7 mai 2022 © Gonzalo Fuentes/AP/SIPA

Devant un parterre fourni de courtisans et d’affidés, et en la présence de deux anciens présidents de la République, Emmanuel Macron a été réinvesti lors d’une cérémonie officielle au Palais de l’Elysée, samedi. 450 invités triés sur le volet! Le bloc bourgeois dans toute sa splendeur? Un billet « populiste » de Philippe Bilger.


Que ce billet soit considéré comme populiste, voire démagogique est tout à fait possible et je l’assume.

Depuis la réélection d’Emmanuel Macron le 24 avril et cette forme de subtil sadisme présidentiel qui fait patienter le Premier ministre, les ministres, les forces politiques du pays comme la communauté nationale, on ne peut pas dire que l’esprit républicain ne soit pas respecté mais pourtant je m’interroge : où est la France en peine ?

La vie politico-médiatique désormais rythmée par les manœuvres de LFI

On a été les témoins, heureux ou indignés selon nos convictions, de la domination de LFI inspirée par un Jean-Luc Mélenchon prenant sa revanche après tant de frustrations. Les autres partis de gauche se soumettant peu ou prou aux diktats d’un programme d’extrême gauche pour sauver les meubles avant les élections législatives du mois de juin, en oubliant la pureté de leurs principes socialistes, écologiques et communistes. Pourquoi pas après tout ? Il ne faut pas se moquer d’un Créon qui ne pouvait plus se permettre d’être Antigone mais cependant je m’interroge: où est la France en peine ?

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La République en marche est devenue Renaissance, on a vu un trio feignant une parfaite concorde : Richard Ferrand, François Bayrou et Edouard Philippe, apparemment heureux d’avoir sauvegardé leur autonomie dans une structure globale qui, paraît-il, ne les ligotera pas. Le président de la République, qui n’a pas eu le temps de débattre avant le premier tour, se penche attentivement sur la liste de “ses” candidats pour les législatives à venir et il donnera son aval. Il n’y a rien, dans cette emprise et cette vigilance, de particulièrement choquant mais j’ai le droit de m’interroger : où est la France en peine ?

Valérie Pécresse refuse d’être humiliée

On continue d’annoncer la mort de LR. Nicolas Sarkozy a déserté, il a rejoint le camp d’Emmanuel Macron et Valérie Pécresse a bien fait de refuser son don humiliant. Il y a des personnalités qui dans la tourmente tiennent bon et portent haut et fort l’honneur d’une identité qui n’a pas sombré au prétexte qu’elle a été mal défendue durant la campagne présidentielle. D’autres ont trahi en simulant une compatibilité entre le macronisme victorieux et la droite républicaine. Rien de dramatique dans tout cela, il y a des combats apparemment désespérés qui sont les plus beaux parce qu’ils ne peuvent que faire gagner demain mais je suis enclin à m’interroger : où est la France en peine ?

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La cérémonie d’investiture pour, selon Emmanuel Macron, “un président nouveau et un mandat nouveau”, a eu lieu le 7 mai et le formalisme républicain, dans son rituel, sa solennité à la fois civile et militaire, a battu son plein face à une assistance hétérogène où se mêlaient des personnalités à la présence évidente et des artistes et people dont on pouvait se demander ce qu’ils faisaient là, probablement des choix du couple présidentiel. Des salutations longues, familières, affectueuses du président, des embrassades avec Alexis Kohler et François Bayrou, avec ses parents, les enfants et la famille de son épouse, rien que de très doux et sympathique mais me lancinait cette interrogation : où est la France en peine ?

Grandeurs et coups fourrés de la monarchie républicaine

Le sourire et l’émotion du Premier ministre qui probablement sera remplacé, le visage des ministres, cette multitude politique questionnant de quoi demain sera fait, les ambitions et les inconditionnalités mélangées, deux anciens présidents de la République, l’un tout heureux de sa complicité délétère avec Emmanuel Macron, l’autre parvenant à sembler cordial face à celui qui l’avait trahi, rien que de très usuel dans l’univers de la monarchie républicaine, de ses grandeurs et de ses coups fourrés mais je continue à m’interroger : où est la France en peine ?

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J’ai entendu le discours d’une dizaine de minutes du président réélu après l’annonce des résultats par le président du Conseil constitutionnel s’étant trompé dans les chiffres ! On a eu droit de la part d’Emmanuel Macron à ce qu’on attendait, une dénonciation du repli et de la France qui n’avait pas voté pour lui tout en prônant l’exigence du rassemblement. Tout sera nouveau, il y aura de l’action, mais j’ai eu beau chercher, écouter avec intérêt et impatience, rien ne m’est apparu qui mette le peuple au centre, rien n’a fait surgir cette France en peine qui n’en peut plus d’avoir été oubliée durant cinq ans et qui craint de le rester. Et ce n’est pas cette brillante et disparate péripétie démocratique d’avant, enfin, l’empoignade avec le réel multiforme qui de partout fait peur, qui nous rassurera.

Un fait divers de mauvais augure

Je sais, ma conclusion va faire mauvais genre, mais au milieu de tant de pompe, de grâces républicaines, des hommages qu’un pouvoir renouvelé se rendait à lui-même, considérant le garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur, je ne suis pas parvenu à oublier qu’à Nancy, un homme qui avait poignardé à 82 reprises sa victime avait été condamné à 20 ans de réclusion criminelle et que bénéficiant d’une libération conditionnelle au bout de 11 ans, il avait été mis en examen tout récemment pour viol. J’ai conscience que ce scandale judiciaire et pénitentiaire ne va indigner que la France profonde, celle que la cérémonie d’investiture a veillé à ne pas inviter. On préfère rester entre soi. Mais je ressasse mon angoisse. La France en peine, où est-elle ?

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