Sur la guerre en Ukraine, la France et l’Allemagne marquent leurs différences avec les Etats-Unis

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Emmanuel Macron et Olaf Scholz cherchent à modérer l’euphorie américaine sur le dossier ukrainien. 

Par Thomas Wieder(Berlin, correspondant) et Philippe Ricard(Strasbourg, envoyé spécial). LE MONDE. 10 mai 2022

 

Article réservé aux abonnésLe chancelier allemand Olaf Scholz, à droite, et le président français Emmanuel Macron se tiennent devant la Porte de Brandebourg après une réunion à Berlin, lundi 9 mai 2022.  ,

« Ne jamais céder à la tentation ni de l’humiliation ni de l’esprit de revanche », a répété Emmanuel Macron, lundi 9 mai, avant de se rendre à Berlin pour le premier déplacement à l’étranger de son second quinquennat. Le chef de l’Etat s’exprimait à l’occasion de la clôture, au Parlement européen de Strasbourg, de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Il a saisi l’occasion pour prendre ses distances avec les voix qui, aux Etats-Unis, suggèrent de profiter de la guerre en Ukraine pour affaiblir durablement la Russie, de manière à prévenir tout projet belliqueux de sa part.Lire aussi :  Guerre en Ukraine en direct : Vladimir Poutine ne va pas s’arrêter au Donbass et compte sur une baisse du soutien occidental à l’Ukraine, préviennent les services de renseignement américains

Au terme d’un récent voyage à Kiev, fin avril, le secrétaire à la défense américain, Lloyd Austin, avait ainsi expliqué que l’objectif était dorénavant de « voir la Russie affaiblie au point qu’elle ne pourrait faire les choses qu’elle a faites en envahissant l’Ukraine ». Une telle perspective n’est pas du goût de Paris, où elle est jugée peu compatible avec les intérêts de sécurité de l’Ukraine et, plus largement, du continent européen. « Les propos se répandent sur l’éventualité d’une défaite stratégique russe. Or, personne ne sait ce que cela signifie », confie un haut diplomate, en mettant en garde contre ce genre de démarche.Lire aussi :  A Strasbourg, Emmanuel Macron relance l’idée d’une confédération européenne

Pour une « paix négociée »

Tout en suggérant de créer une « communauté politique européenne », susceptible de réunir autour de l’Union européenne (UE) les pays qui aspirent à y entrer, l’Ukraine en premier lieu, le président français continue de plaider, à terme, pour une « paix négociée » avec Moscou, après un cessez-le-feu encore inatteignable à ce stade, tandis que les combats font rage dans le Donbass. Pour lui, en dépit de la livraison d’armes lourdes à Kiev, pas question de laisser pourrir outre mesure le conflit dans l’idée d’affaiblir la Russie. La priorité reste, si possible, de rétablir l’Ukraine dans ses frontières historiques, ou au minimum, dans celles de l’avant 24 février, date de l’invasion russe.

Le chef de l’Etat considère que c’est aux Ukrainiens de déterminer leurs objectifs de guerre et les conditions d’une éventuelle reprise des tractations avec Moscou, à ce jour dans l’impasse. Pas à leurs alliés européens ou américains. « Il n’appartient qu’à l’Ukraine de définir les conditions de la négociation avec la Russie », a expliqué le chef de l’Etat depuis Strasbourg. L’idée, vue de France, est de se porter garant de la sécurité ukrainienne, tout en restaurant, à plus long terme, celle de l’ensemble du continent européen. « Notre responsabilité est d’obtenir un cessez-le-feu sans qu’il y ait d’extension du conflit sur le reste du sol européen. (…) Mais nous aurons demain une paix à bâtir. Ne l’oublions jamais », a-t-il déclaré.

A Berlin, quelques heures plus tard, M. Macron a été tout aussi clair. « Nous restons concentrés sur notre objectif : tout faire pour obtenir un cessez-le-feu et aider l’Ukraine à négocier dans les termes que l’Ukraine décidera pour elle-même. Car notre positionnement est d’être là aux côtés de la souveraineté et de l’intégrité territoriale ukrainienne. Ni plus ni moins », a martelé le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse conjointe avec le chancelier allemand, Olaf Scholz.

Solidarité totale à l’Ukraine

Au côté du président français, ce dernier a tenu exactement le même discours. « Cela fait maintenant de trop longues semaines que nous sommes en guerre. C’est pourquoi il faut maintenant que nous fassions des pas décisifs pour y mettre fin. Notre exigence est claire : la guerre doit cesser, les armes doivent se taire et nous voulons également que la Russie retire ses troupes », a affirmé M. Scholz, avant d’ajouter : « Il doit être clair que l’Ukraine ne peut accepter une paix qui lui soit dictée, c’est-à-dire une situation dans laquelle on lui imposerait des conditions qu’elle ne peut accepter au regard de sa souveraineté et de son intégrité nationale. Notre exigence est que les négociations reprennent maintenant, que les discussions entre la Russie et l’Ukraine se concrétisent et que des accords soient conclus très rapidement. »Lire aussi :  Allemagne-France : un couple plus nécessaire que jamais

Pas plus que la France, l’Allemagne ne souhaite donc que le conflit s’éternise. Dimanche soir, dans une allocution télévisée prononcée à l’occasion du 77eanniversaire de la capitulation du IIIe Reich, M. Scholz a laissé entendre que c’est précisément pour cette raison que son gouvernement veille à ne pas prendre des décisions risquant de rendre toute perspective de paix impossible à court ou à moyen terme. « J’ai dit ce que nous faisons pour défendre le droit et la liberté en Ukraine et dans toute l’Europe. C’est déjà beaucoup. Et en même temps, nous ne faisons pas tout ce que demandent les uns ou les autres. Tel est en effet le serment que j’ai prêté en prenant mes fonctions : ne rien faire qui puisse nuire au peuple allemand. »

Comme celles de M. Macron, les déclarations du chancelier allemand témoignent de la ligne de crête sur laquelle se trouvent la France et l’Allemagne, soucieuses d’afficher leur solidarité totale à l’Ukraine, sans pour autant que cela conduise à alimenter une guerre sans fin avec la Russie. De ce point de vue, le déplacement du président français à Berlin, à l’aube de son second mandat, aura au moins servi à montrer que, sur le dossier ukrainien, les deux pays partagent des positions extrêmement proches, à défaut d’être véritablement en mesure de parvenir à leurs fins, tant leurs espoirs communs d’un cessez-le-feu prochain paraissent pour l’instant relever du vœu pieux.

Pas encore de visite à Kiev

Est-ce pour cela que les deux hommes ne sont toujours pas allés à Kiev depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, ce qui est le cas de plusieurs de leurs homologues, comme Boris Johnson ou Justin Trudeau, mais aussi de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ou du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres ?Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  Le Royaume-Uni accentue son soutien militaire à l’Ukraine

Côté allemand, M. Scholz a récemment expliqué qu’il attendait pour cela que le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, y soit lui-même accueilli, autrement dit que soit réparé l’affront que lui ont fait les autorités ukrainiennes en lui signifiant à la dernière minute, mi-avril, qu’elles ne voulaient pas le recevoir à cause de ses prises de position passées trop favorables à la Russie. Côté français, M. Macron a plusieurs fois répété qu’un tel déplacement n’aurait de sens que s’il s’accompagne d’un « résultat utile et tangible ».

A défaut d’aller à Kiev, M. Scholz et M. Macron se sont contentés, lundi après leur dîner à la chancellerie, d’aller faire quelques pas devant la porte de Brandebourg, illuminée aux couleurs du drapeau ukrainien. L’occasion de réaffirmer, une fois de plus, leur « plein soutien » à ce pays en guerre.

Thomas Wieder(Berlin, correspondant) et  Philippe Ricard(Strasbourg, envoyé spécial)


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