Général Ben Hodges : « Avant la fin de l’été, l’Ukraine aura gagné la guerre » 

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Pour le stratège américain, qui a commandé l’U.S. Army en Europe, les Russes ne seront pas en mesure de résister à la montée en puissance de l’armée ukrainienne au-delà de septembr

Le général Ben Hodges, ici en Ukraine en 2017, estime que les Russes ne seront pas en mesure de résister à la montée en puissance de l'armée ukrainienne au-delà de septembre 2022.

Propos recueillis par Axel Gyldén. L’EXPRESS

Publié le 14/05/2022

Ancien des guerres d’Irak et d’Afghanistan, le général Ben Hodges a commandé l’armée américaine en Europe de 2012 à 2017, au moment de l’annexion de la Crimée et de la guerre dans l’est de l’Ukraine. A ce poste prestigieux, il s’est essentiellement consacré à la menace russe. Aujourd’hui résident en Allemagne, dont il parle la langue, il travaille pour le Center for European Policy Analysis et il est régulièrement invité sur CNN ou Fox News. 

L’Express : Au-delà de la victoire militaire, quels sont, plus largement, les objectifs stratégiques des Occidentaux en Ukraine ? 

Général Ben Hodges : Cette guerre revêt une dimension idéologique. C’est un affrontement entre démocratie et autocratie. Même si, ces dernières années, beaucoup de gens voulaient se focaliser d’abord sur la Chine, le monde démocratique a pris conscience que la Russie constitue une vraie menace pour la paix. Or, pour les Etats-Unis, la sécurité en Europe est cruciale, non seulement du point de vue économique, mais aussi du point de vue stratégique, parce que c’est là que se trouvent nos plus fiables et plus anciens alliés. 

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Aussi, il ne faut jamais oublier que la Chine, l’Iran et la Corée du Nord suivent de près ce qui se passe en Ukraine. Si les Alliés ne stoppent pas la Russie maintenant sur le terrain, le risque de voir surgir d’autres grands conflits sera considérablement augmenté. Les autocraties scrutent nos réactions. Si nous donnons l’impression que nous nous laissons intimider par la Russie sous prétexte qu’elle évoque l’arme nucléaire, alors il suffira à ces pays de brandir la même menace pour nous faire reculer. Et ce sera la fin du monde démocratique tel que nous le connaissons aujourd’hui… 

Concrètement, que préconisez-vous ? 

Comme l’a dit le Secrétaire de la Défense américain Lloyd Austin, nous avons devant nous une opportunité unique d’affaiblir la Russie. Pour cela, la priorité est de préserver et renforcer l’unité de l’Alliance atlantique. La Suède et la Finlande se préparent à adhérer à l’Otan, c’est très positif. Ensuite, il faut maintenir les sanctions contre la Russie afin que son industrie militaire ne puisse plus importer les composants électroniques nécessaires au renouvellement de son stock d’armes. Leur armée n’est déjà plus en mesure de remplacer les missiles de croisière et certaines armes sophistiquées qui requièrent également des semi-conducteurs. 

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De plus, il faut travailler à réduire notre vulnérabilité vis-à-vis de la désinformation émanant de Moscou et du chantage économique, qui sont deux des principaux leviers utilisés par le Kremlin. Enfin, l’Occident doit tout faire pour se libérer de la dépendance énergétique russe. Tout cela est faisable et, à mesure que nous le faisons, la Russie s’affaiblit, jusqu’au point où, un jour, elle n’aura plus la capacité de menacer et nuire à ses pays voisins. 

Vous avez évoqué récemment l’idée d’une stratégie pour la mer Noire. De quoi s’agit-il ? 

Il existe un contexte géographique à la guerre en Ukraine et il est important d’y réfléchir. Pour cela, je préconise une « stratégie pour la mer Noire ». D’abord, nous devons réparer nos relations avec la Turquie, qui est un membre de l’Otan, et continuer à consolider nos liens avec la Roumanie. Sur la rive est de la mer Noire, il faut également aider la Géorgie, qui est une jeune démocratie. Ce pays du Caucase Sud possède un potentiel de développement économique énorme, en raison de sa position géographique dans le « couloir eurasiatique ».  

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La Géorgie se voit elle-même comme la porte d’entrée de l’Europe vers l’Asie et je pense qu’elle a raison. Nous devons nous focaliser sur cette région, mais pas de manière erratique. Nous devons y impliquer de façon constante et avoir des objectifs sur le long terme, sinon ça ne marchera pas. Les Russes, eux, ont une influence considérable à Tbilissi, à travers le parti Rêve géorgien qui domine la vie politique depuis dix ans. 

La Maison-Blanche, c’est-à-dire Joe Biden, et le Pentagone, c’est-à-dire Lloyd Austin, sont-ils suffisamment prudents dans leurs déclarations vis-à-vis de Vladimir Poutine ? 

Pendant vingt ans, nous avons marché sur la pointe des pieds afin de ne pas contrarier la Russie et cette extrême prudence nous conduit là où nous sommes aujourd’hui… J’en ai plutôt assez d’entendre des gens dire qu’il faut faire attention de ne pas provoquer Vladimir Poutine. Les 30 pays de l’Otan conjuguent ensemble une force politique, diplomatique, économique, militaire et démographique qui supplante la Russie de Poutine. Il n’y a pas de raison de se placer dans la position psychologique qui consiste à avoir peur de Poutine. Cela revient à nous dissuader nous-même en faisant mine de croire que la Russie est plus puissante qu’elle ne l’est réellement.  

« Il y a une opportunité unique de stopper la menace russe pour de bon »

Ce piège psychologique nous a conduits, voilà deux mois, à renoncer à fournir à l’aviation ukrainienne des vieux MiG de vingt-cinq ans d’âge. Ridicule… Certains affirmaient même qu’il ne fallait pas livrer de Stinger [NDLR : lance-missiles sol-air] à l’Ukraine car cela contrarierait les Russes. Heureusement qu’ils n’ont pas été écoutés. Les Russes sont rationnels. Et Poutine n’est pas un Néron qui veut tout détruire autour de lui. Quant à son entourage, il n’a pas davantage envie de se réduire lui-même en poussière en déclenchant le bouton nucléaire. 

Comment jugez-vous la gestion du conflit par l’administration Biden ? 

Je soutiens notre gouvernement à 100%. Mon seul regret est que nous ayons commencé à aider l’Ukraine un peu tard. Nous serions dans une meilleure situation si nous avions anticipé les choses un peu mieux. Quoi qu’il en soit, je pense qu’à la fin de l’été, en septembre, les forces russes, qui sont démoralisées, auront atteint la limite maximale de leur capacité. Non seulement les Ukrainiens auront stoppé la progression des Russes, mais ils seront dans une phase de contre-offensive générale qui permettra à l’Ukraine de retrouver ses frontières du 23 février dernier, à la veille du conflit. Bref, l’Ukraine aura gagné la guerre. 

Selon vous, l’état d’esprit des Occidentaux a-t-il évolué ces dernières semaines ? 

Oui. Et je suis ravi que l’administration Biden ait commencé à parler de victoire. C’est ce qui nous a manqué en Afghanistan. Là-bas, nous n’avons jamais parlé de « gagner » ni de « réussir ». Et voyez comment cela s’est terminé… Avoir des buts de guerre clairs, et tout mettre en oeuvre pour les atteindre, est ce qui permet la victoire.  

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L’objectif des Ukrainiens, soutenus par l’Occident, est de faire reculer les Russes afin que Kiev retrouve la pleine souveraineté sur son territoire. L’objectif est également de permettre aux 6 millions d’Ukrainiens déplacés de rentrer chez eux. Il existe maintenant une possibilité unique de stopper la menace russe pour de bon. Et de faire comprendre à Moscou qu’il doit se comporter comme un acteur responsable au sein de la communauté internationale. C’est le genre d’opportunité qui ne se présente qu’une fois par génération. C’est le moment de la saisir. 

Propos recueillis par Axel Gyldén

La guerre serait-elle vraiment, comme le disait Clemenceau, une chose trop importante pour être laissée aux militaires?…

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