Père de famille poignardé à Marseille : encore une agression, encore « une piste terroriste écartée »

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Sabine de Villeroché 15 mai 2022. BOULEVARD VOLTAIRE

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Cette semaine, c’est Alban, 41 ans, médecin militaire, père de deux jeunes enfants, qui a rejoint la longue liste des victimes d’agressions à l’arme blanche. Poignardé en pleine rue de Marseille par Mohammed aux cris de « au nom de dieu » pour les uns, « au nom d’Allah » pour les autres (site Actu 17). Encore un « déséquilibré », encore une agression et toujours pas de piste terroriste…

David Le Bars, secrétaire général du syndicat de police SCPN-UNSA, sur le plateau de CNews, s’est dit « choqué » que cette qualification de terrorisme n’ait pas été pas retenue : « Il a dit cela (au nom de Dieu), il se présente devant une école, il poignarde un père de famille devant ses propres enfants, devant les autres élèves, devant une école […] Il me semble quand même que les faits tels qu’ils sont commis ressemblent fortement à du terrorisme. » Et de conclure : « Ce qui compte, c’est que cette personne soit écartée de la société et je ne doute pas que la Justice va passer. Et si c’est le discernement, ça sera la médecine psychiatrique. » Et c’est bien là que le bât blesse : les perspectives d’avenir du fou d’Allah condamné pour terrorisme ne sont pas celles de l’aliéné mental : 10 à 20 ans de prison pour l’un, une sortie d’internement à tout moment pour cause de guérison pour l’autre. Ce qui, convenons-en, ne revient pas tout à fait au même pour les victimes, leur famille et l’ensemble de la société…

Qui détient ce redoutable pouvoir de décider ainsi de la nature terroriste ou non d’une agression ? L’avocat Gilles-William Goldnadel nous répond : « La décision d’écarter ou non l’hypothèse terroriste est prise conjointement par les services de police et de justice. Si la loi est bien faite (le Code pénal définit l’acte terroriste). Le problème, en France, c’est l’application de la loi qui dépend de l’appréciation extrêmement subjective et souveraine des autorités dans ces affaires très médiatiques et très politiques. »

Que les enquêteurs analysent au cas par cas la personnalité, les motivations de l’individu, le sens qu’il a voulu donner à son acte avant de décider est une évidence. Mais force est de constater que l’excuse de l’absence de discernement due au « déséquilibre psychiatrique du prévenu » est devenue une habitude. Dans l’affaire qui nous intéresse justement, Mohammed, l’agresseur déjà connu par la Justice pour des « faits liés aux stupéfiants », aux propos confus, décrit par BFM TV comme ayant déclaré « agir au nom de Dieu et évoqué le diable », ressemble comme un frère à ce ressortissant algérien qui, le 8 novembre 2021, à Cannes, agressait un policier « pour venger le prophète ». Ou à cet autre homme d’origine serbe qui, le 22 octobre 2021, à Colombes, a foncé sur un équipage de policiers avec une arme blanche aux cris de « Allahou akbar ». Ou encore à ce « quadra » de la gare Saint-Lazare à Paris qui s’est précipité sur des agents de sûreté, le 2 novembre 2021, en criant « Allahou akbar »« la France est dirigée par l’État islamique ». Toujours le même modus operandi, toujours l’exclusion de la piste terroriste par le parquet qui précisait, lors de l’affaire de Cannes, qu’« il ne suffit pas qu’une personne commette une infraction en criant “Allah akbar” pour que, de manière automatique, l’acte fasse l’objectif d’une qualification terroriste ».

« Comment faire la différence entre un aliéné mental et un fou d’Allah ? », nous fait remarquer Gilles-William Goldnadel, pour qui la frontière est extrêmement ténue : « Gardons bien à l’esprit que pour aller se faire exploser dans une pizzeria un beau matin, il ne faut pas être très sain d’esprit. » L’avocat plaide pour que, « dans le doute, le manque de discernement soit systématiquement écarté. Or, on ne le fait pas pour des raisons purement idéologiques et sous la pression médiatique. C’est une manière, pour le pouvoir, de ne pas se regarder en face. »

Olivier Cahn (chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), qui s’exprimait lors de l’attaque de Cannes dans le journal La Croix, évoquait, pour sa part, une autre raison bien plus prosaïque : « Enquêter sur un acte terroriste suppose en effet de mener des actes fouillés et chronophages, et je peux comprendre que le PNAT (parquet national antiterroriste) écarte certains dossiers peu solides, qui n’aboutiront nulle part, pour se concentrer sur des dossiers aux enjeux plus importants. » Encore et toujours ce manque de moyens de la Justice…

Les enfants et la famille d’Alban se moquent sans doute bien de ces querelle de juristes, de cette misère de la Justice. Celui qui, aujourd’hui, est entre la vie et la mort partage le sort de ces 120 victimes quotidiennes d’agressions à l’arme blanche sur notre sol. De quoi se poser légitimement la question : la France est-elle devenue, subitement, un immense asile d’aliénés ou le terrain privilégié d’un djihad qu’on feint d’ignorer ?

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