L’armée française n’a pas assez d’armes et de munitions

Scroll down to content

16.05.2022 

Le conflit en Ukraine a rudement bouleversé les certitudes fallacieuses et les habitudes paresseuses des hommes politiques, des généraux et des amiraux en France. Les armées françaises (théoriquement le plus grand complexe militaire d’Europe et le fer de lance d’une hypothétique armada continentale) se sont retrouvées démunies face à un conflit de haute intensité comme celui qui se déroule actuellement à l’Est. La France manque d’avions, de navires, de chars, de canons et surtout de munitions et ne pourrait pas tenir pour un très long conflit.

Une énormité. C’est le fait sans équivoque et incontestable qui ressort du rapport d’une commission parlementaire spéciale mise en place par Emmanuel Macron au lendemain de l’entrée des troupes russes en Ukraine. D’après le document – rédigé par des députés et des sénateurs de tous horizons et par plus d’une cinquantaine d’auditions de hauts gradés et d’experts en affaires militaires et en géopolitique – le problème est clair: les arsenaux français sont désespérément vides et les reconstituer plus ou moins vite (au moins trois années sont nécessaires pour le compartiment des missiles), il s’avère que les 7 milliards alloués sont clairement insuffisants.

Le sénateur Christian Cambon, le président LR de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, n’en doute pas. Analysant le premier jour des combats en Ukraine, le politicien a souligné que les Russes, en seulement 24 heures, ont consommé autant de munitions que l’Armée française en a utilisé en une année entière. Ainsi, en cas d’affrontement «réel», l’armée se retrouverait sans munitions dans trois à quatre jours. «Nous ne sommes plus en mesure de soutenir un conflit de longue durée», a-t-il fait savoir. Christian Cambon, s’est, donc, inquiété des faibles stocks de l’armée française en cas de conflit de haute-intensité et demande au gouvernement «d’aller plus loin» en plaidant en faveur d’efforts budgétaires importants pour «augmenter les stocks de munitions».

Pour Christian Cambon la responsabilité doit être partagée entre les différents gouvernements, de droite comme de gauche qui ont pris la tête de la France depuis 1990. Ces différents gouvernements ont simplement mal géré la défense de la France durant ces années. La pénurie de matériels touche horizontalement tous les services de la Défense. Les chars ont moins de la moitié des munitions standards en stock. C’est la même chose pour les navires. En 2019, l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale, a dû ordonner une réduction drastique des exercices en mer. Il a fait savoir durant un compte rendu à Commission de la défense nationale et des forces armées en octobre 2018 que les frégates françaises «ne tirent qu’un seul missile tous les deux ans. Un missile, pas deux, pas trois, un seul. Fondamentalement, un pétard».

Tout aussi inquiétant est le niveau de formation des forces de l’ordre. En raison de la rareté des munitions, les gendarmes et les policiers ont dû réduire au minimum leur présence dans les stands de tir pour s’entraîner. Malgré la menace du terrorisme intérieur et l’instabilité croissante des banlieues – des zones de plus en plus multiraciales contrôlées par des extrémistes islamistes et/ou de la délinquance ordinaire- plus de la moitié des opérateurs n’ont pas respecté le délai fixé par la réglementation, soit trois tests par an. En France, les gendarmes et les policiers ne tirent plus pour s’entraîner à cause d’une pénurie de cartouches.

Une urgence qui ne se résout pas facilement. Il y a de nombreuses raisons. Depuis la fin des années 1990, sous l’impulsion du gouvernement socialiste de Lionel Jospin, l’industrie de la Défense française, qui était, alors, florissante, s’est peu à peu rétrécie. Depuis lors, la plupart des fournisseurs historiques de la direction générale de l’Armement (DGA) ont fermé leurs portes ou ont été rachetés par les entreprises étrangères. Manurhin est le cas emblématique de cette évolution. C’était une entreprise alsacienne spécialisée dans la production de munitions et d’armes légères depuis plus d’un siècle, une excellence française. Mais pour Lionel Jospin, alors premier ministre, et ses successeurs, l’entreprise Manurhin était trop chère, provoquant une rupture nette. La DGA, c’est-à-dire l’Elysée et les différents gouvernements ont décidé d’acheter le peu de munitions nécessaires à l’étranger et, donc, de fermer toute relation avec Manurhin, cela pour des raisons budgétaires. Pendant deux décennies et plus, l’entreprise de Mulhouse a continué à vendre ses excellents produits dans plus de soixante pays des Etats-Unis à l’Egypte, et a, finalement, été rachetée en 2018 par le groupe de défense des Emirats Arabes Unis Emirates Defence Industries Company (EDIC).

Mais, ce n’est pas tout. Comme l’indique Christian Cambon, pour les armes de nouvelle génération (missiles, drones, avionique), la situation est encore pire. Bientôt, la France devra dépendre entièrement pour ses achats de fournisseurs étrangers. Le sénateur a raison. Pour que la France retrouve une autonomie militaire crédible et autonome,  la Loi de programmation militaire 2019-2025, voulue par le Président de la République et promulguée le 13 juillet 2018, qui prévoit un effort financier de 295 milliards d’euros pour réparer et moderniser les armées, ne va pas suffire. 

En raison de la situation actuelle dans le monde,  un plan radical de modernisation des forces armées françaises, très négligées, est nécessaire de toute urgence. Pour les sénateurs et les députés parisiens l’heure n’est plus aux coupes budgétaires, ni aux économies. La dissuasion nucléaire gaulliste est un palliatif. Des soldats, des armes et des munitions sont nécessaires. Il est urgent d’investir massivement dans la marine, l’armée et l’aviation, puis d’investir plus d’argent (beaucoup d’argent) dans les nouvelles technologies: drones, robots, espace, cybersécurité. Enfin, comme par hasard, le rapport envisage la refonte du système de santé militaire français déclassé. En, effet, on ne sait jamais. Beaucoup, trop de victimes sont attendues dans un avenir proche. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles pour la France. Un rapport d’information de l’Assemblée nationale précise que «depuis la guerre du Donbass et celle du Haut-Karabakh, les nations occidentales se préparent à vivre des conflits plus durs après des décennies de combat asymétrique».

La notion de haute intensité a fait son retour dans le discours des autorités militaires. Les rapporteurs font état de la dégradation de l’environnement géopolitique depuis 2008 et l’hypothèse d’un conflit de haute intensité ne peut plus être exclue.

Pierre Duval 

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n’engagent que la responsabilité des auteurs

Abonnez-vous à notre chaîne Telegram: https://t.me/observateur_continental

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :