La fin de la récré a sonné: 10 mesures phares pour redresser notre école! 

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Les propositions de SOS Education pour le prochain ministre de l’Education nationale

Sophie Audugé 

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19 mai 2022. CAUSEUR

La fin de la récré a sonné: 10 mesures phares pour redresser notre école!
Résultats du bac 2019 à Grasse © Fred Dides / SIPA 

Une tribune de Sophie Audugé, déléguée générale de SOS Éducation


Un constat unanime d’une baisse alarmante du niveau des élèves français

Lors de la campagne présidentielle du mois dernier, si les programmes des candidats projetaient des ambitions différentes pour notre système éducatif, tous ont pris l’engagement de renforcer les fondamentaux de l’instruction en école primaire : lire, écrire et compter. Quelles que soient leurs divergences, un même constat s’est révélé auprès de tous les candidats : la désinstruction de la France et l’urgence d’agir. Des dirigeants d’entreprises aux professeurs d’université et de grandes écoles, tous sont effarés du faible niveau des bacheliers. Ceux-ci ne maîtrisent pas l’usage le plus simple de la langue française et font face à des lacunes abyssales en maths et en sciences. De plus en plus d’intellectuels, penseurs et philosophes montent au créneau. Ils dénoncent la dégradation de l’école française. L’académicien Alain Finkielkraut a indiqué le 10 mai, sur Europe 1 au micro de Sonia Mabrouk : “l’école est un grand corps malade […] On donne la parole aux élèves avant de leur donner la langue ; les élèves ne parlent plus français mais le globish.

Le mathématicien, philosophe et chercheur Olivier Rey constate le naufrage du niveau des élèves en mathématiques et insiste sur la nécessité d’y remédier. “Le premier objet d’attention à proposer aux enfants à l’école est la langue avec laquelle nous nous exprimons. Être attentif aux mots que l’on emploie et à la syntaxe est au fondement de tout – y compris en mathématiques, où nombre de difficultés rencontrées par les élèves, à l’heure actuelle, tiennent tout simplement à une maîtrise insuffisante de la langue.” (Le Figaro, le 6 mai 2022)

Au nom d’une philosophie du savoir participatif et de l’égalité totale, le miracle de l’école républicaine a été aboli

Depuis sa création, SOS Éducation alerte les pouvoirs publics à partir d’analyses documentées sur le désastre annoncé de réformes incohérentes qui ont conduit l’école publique au bord de la faillite. Car depuis plusieurs décennies, l’école républicaine a rompu avec sa mission : permettre à tous les enfants méritants, quel que soit leur milieu d’origine, d’accéder à de hautes études. Les réformes psycho-éducatives entreprises depuis les septennats de Mitterrand ont mené à la baisse générale du niveau et à la déconsidération du métier de prof. Au nom d’une philosophie du savoir participatif et de l’égalité totale, le miracle de l’école républicaine a été aboli. Il offrait à tous les enfants de France un savoir, un récit et des références communes. Le « mérite » est devenu un mot banni, l’excellence une vertu archaïque et le système de notation, un synonyme de la discrimination.

La réforme du bac ou la mise sous le tapis des problèmes

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, n’a fait qu’ajouter de l’eau au moulin de cette déroute. Nous tirons un bilan sévère de son mandat dont le pot aux roses a été la supercherie de sa réforme du bac. L’instauration du contrôle continu, ainsi que l’abandon des matières d’enseignement au profit de domaines de spécialités, ont donné le coup fatal à l’examen national. Le baccalauréat de Jean-Michel Blanquer n’a plus rien ni d’examen, ni de national, il est tout au plus une formalité administrative qui maintient dans leurs conditions les élèves en fonction de leur établissement d’origine.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: «L’École de la République n’a pas dysfonctionné: elle accomplit ce pour quoi on l’a programmée…»

La bavure de l’abandon de l’enseignement des mathématiques, puis le rétropédalage annoncé par la presse le mardi 10 mai pour les réintégrer dans un gloubiboulga de maths et sciences, n’est que l’arbre qui cache la forêt. La réalité est que cette réforme comme les précédentes a été conçue hors sol.  

Aveugles et sourds au gigantesque chantier à entreprendre pour la refonte de l’école française depuis trois décennies, nos gouvernants préfèrent des réformettes sur lesquelles inscrire leurs noms. C’est tout le contraire qu’il faut faire. Pour remettre sur pied notre système éducatif, il convient d’adopter le courage des esprits vifs et des ambitions nobles qui ont fixé comme préalable à tout que l’École libre et gratuite doit être un sanctuaire protégé des querelles des hommes. C’est le prix à payer pour une École républicaine qui instruit chaque enfant avec exigence, patience et développe en lui le goût de l’effort et le plaisir d’apprendre. Aujourd’hui toute la société pâtit de ces erreurs passées. Des jeunes désabusés sans envie d’entreprendre, des adultes à l’avenir rétréci, des patrons à l’affût de personnels qualifiés et volontaires… Les entreprises françaises affichent déjà des chiffres qui font froid dans le dos quand on les met en perspective du taux de chômage dans notre pays. Il manquerait par exemple 20 000 ingénieurs en France. 

Voilà pourquoi la réforme du bac catalyse tant de critiques. Elle met en lumière le caractère désormais endémique de la baisse de niveau des élèves quittant le système scolaire, et ses conséquences sur l’ensemble de notre société. Nos gouvernants ont, semble-t-il, oublié que l’avenir d’un pays est dans sa jeunesse. Le problème qui se pose n’est pas celui du baccalauréat ou du lycée, car tout se joue bien avant l’entrée dans le secondaire. 

En réalité, la baisse du niveau démarre au cours élémentaire, parfois même avant, et s’accentue d’année en année. Derrière les réformes théoriques qui se succèdent depuis 20 ans sans cohérence et sans tenir compte de la situation sur le terrain, il y a une réalité factuelle qui est la sédimentation des conséquences de mauvaises décisions successives. En premier évidemment le collège unique, la fin du redoublement, les 80% d’une classe d’âge au bac, la baisse du nombre d’heures des matières fondamentales, les changements perpétuels des programmes, les « heures de rien ». L’ensemble ne peut qu’aboutir à une grave dégradation du niveau à chaque classe d’âge. Depuis des décennies, au lieu de donner le meilleur enseignement possible aux élèves des milieux populaires, on les maintient dans l’illusion du « bac pour tous ». Que l’on appelle cela le pédagogisme, la bienveillance, la discrimination positive… Le fond de la démarche se nourrit d’un mépris contre-effectif. A l’opposé de l’idéal républicain.

Quant au métier de professeur, il a perdu sa noblesse, par déclassements successifs, qu’il s’agisse du niveau de rémunération, du niveau de formation académique, ou de l’autorité attribuée et reconnue par tous. En 2022, le métier d’enseignant ne fait plus rêver, pire, il fait peur.

C’est pour toutes ces raisons que SOS Éducation sonne la fin de la récré et s’élève contre les fausses bonnes intentions qui ont conduit à la déroute du système éducatif français. 

10 mesures phares pour redresser l’école

Chez SOS Éducation, nous considérons qu’il est temps de réformer l’école en profondeur et de retrouver le chemin de l’excellence de notre système éducatif. C’est d’ailleurs ce que nous proposons dans les 30 mesures pour l’École qui nous semblent essentielles pour remettre l’école républicaine à niveau. Priorité doit être donnée à l’instruction des savoirs fondamentaux et à des programmes calibrés avec justesse, pour permettre à tous les enfants de partir dans la vie avec des bases solides. 

Au mois de mai de cette année, nous avons initié une concertation inédite auprès de nos abonnés pour connaître, parmi ces 30 mesures, celles qui constituent une priorité. 1 550 personnes se sont livrées à cet exercice et les résultats sont tombés lundi 16 mai. 

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Voici les 10 mesures phares issue d’une consultation citoyenne que SOS Éducation met sur la table du prochain ministre de l’Éducation nationale :

1/ Augmenter le niveau d’instruction en primaire : lire, écrire, compter (97,74% des répondants)

2/ Refaire de l’École un sanctuaire (97,53% des répondants)

3/ Restaurer l’autorité des enseignements (96,91% des répondants) et l’autorité de l’école (95,24% des répondants)

4/ Interdire dans la loi l’usage de l’écriture inclusive sous toutes ses formes et à tous les niveaux d’enseignement (96,45% des répondants)

5/ Recentrer les enseignements en primaire sur le français, les maths et la culture générale (96,25% des répondants)

6/ Portables et réseaux sociaux : pas à l’École (95,98% des répondants)

7/ L’idéologie n’a pas sa place à l’école ! Fermer les portes des écoles aux associations idéologiques et ouvrir les portes aux associations sportives, artistiques, scientifiques (95,80% des répondants)

8/ Revaloriser l’enseignement professionnel (94,95% des répondants)

9/ Créer une “charte des parents à l’École” – À la maison les parents éduquent ; à l’école les professeurs instruisent (94,25% des répondants)

10/ Revaloriser les maths et les sciences (91, 87% des répondants)

Nous interpellons le prochain ministre de l’Education nationale sur ces mesures prioritaires pour l’École. Renouer avec l’École sanctuaire, seule à même de protéger enfants et professeurs des douleurs du monde et des luttes populistes extérieures. Restaurer l’autorité de l’institution, ses professeurs et ses enseignements académiques. Prioriser l’acquisition des savoir fondamentaux du lire, écrire, compter. Laisser en dehors des écoles, les idéologies et les téléphones portables. Recentrer l’école sur son noble devoir, sa mission de service public, instruire tous les enfants avec la même exigence et restaurer le lien avec les parents qui eux, éduquent.

Pour conduire un tel programme, il faut du courage, beaucoup de courage et faire sienne la formule de Pascal Bruckner, il faut cesser de cajoler les esprits les plus rétifs du système éducatif parce qu’on les croit incapables d’intégrer notre trésor national. Seul le pari de l’intelligence permettra de faire rayonner à nouveau l’École française et de retrouver une place d’honneur dans les classements internationaux. 

Nous espérons vivement que le président de la République, épaulé du prochain ministre de l’Education nationale, aura le courage de rompre avec le système actuel et de mener le virage à 180° qui est nécessaire pour restaurer l’école française. Ce qu’il a lui-même qualifié de grand chantier de son nouveau mandat est fondamental pour l’avenir de notre jeunesse et de notre pays.  

SOS Éducation est une association à but non lucratif, reconnue d’intérêt général, qui rassemble tous les citoyens alarmés par l’état du système éducatif français. Elle a été créée en 2001, à la suite des résultats des premières études internationales PISA signalant la baisse du niveau scolaire des élèves français. Elle propose un arsenal de solutions concrètes pour lutter contre l’effondrement de l’instruction publique, un des piliers de la cohésion nationale : la transmission des savoirs fondamentaux, l’écriture du récit collectif, l’apprentissage des valeurs et des références communes. 

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