[Point de vue] Qu’ont-ils fait du rêve européen, promesse de paix ?

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Olivier Damien 22 mai 2022I. BOULEVARD VOLTAIRE

 

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J’appartiens à ces générations nées avec l’Europe. Dès mon plus jeune âge, j’ai été bercé par le projet d’une construction qui devait rendre le monde meilleur. Les frontières étaient appelées à tomber, l’économie développée à une vaste échelle devait permettre d’éradiquer la misère et la pauvreté sur le Vieux Continent. La fraternité, après des siècles d’une Histoire mouvementée, devait s’imposer à tous pour des lendemains qui s’annonçaient paradisiaques.

Et puis au fil des années, j’ai vu la promesse de ce rêve européen se transformer en un vaste projet technocratique, désincarné et déshumanisé. Peu à peu, le désenchantement a remplacé la ferveur des débuts d’une aventure qui nous promettait monts et merveilles et qui s’est finalement embourbée dans un marais bruxellois totalement abscons et destructeur des nations. C’est ainsi qu’une multitude de fonctionnaires internationaux a réussi à prendre le pouvoir sur les peuples pour leur infliger, en 70 ans, une multitude de règles toujours plus contraignantes et dévastatrices.

Dans ce contexte délétère, de nombreux Français se sont ainsi détournés de ce projet qui, après avoir été si prometteur, ne leur parlait plus. Les élections européennes finirent par perdre de leur intérêt, et même les européistes des premiers temps finirent par douter, puis par rejeter le rêve européen.

Il restait cependant un argument majeur. Après des siècles de guerres successives, la construction de ce qui est devenu l’Union européenne semblait mettre les Européens à l’abri de nouveaux conflits dévastateurs. Cet espoir auquel nous nous sommes accrochés pour continuer d’y croire a été une première fois ébranlé avec la guerre en ex-Yougoslavie qui, entre 1991 et 2001, déchira les Balkans. Malgré les atrocités et les drames suscités par ces guerres au cœur du continent, aucune véritable leçon ne fut tirée de ce dramatique épisode et l’Europe continua de se développer sans jamais se remettre véritablement en cause. L’idée d’une Union européenne protectrice des guerres venait pourtant d’être durement touchée.

Vingt ans après, une autre guerre qui ne dit pas encore son nom sévit à nouveau à nos portes. Et alors que l’on aurait pu croire que les expériences passées allaient servir de modèles et que tout allait être mis en œuvre pour rétablir la paix et éviter une extension du conflit, les Européens assistent médusés à la surenchère belliqueuse qui semble s’être emparée de tous les dirigeants occidentaux. Bien plus, les chefs d’État et de gouvernements de l’Union européenne, conduits par une fonctionnaire mise à la tête de la Commission européenne, oublient délibérément la vocation pacificatrice de l’institution qu’ils ont construite, pour se transformer en marchands de canons et en faiseurs de guerre.

Pourtant, au cœur de ce dispositif guerrier, la France, membre fondateur du projet européen, avait toutes les cartes et toute l’autorité nécessaires pour s’imposer en médiateur naturel de la paix. D’abord, parce que son rôle historique de grande puissance l’imposait aux yeux du monde. Ensuite, parce que cette guerre, qui menace plus que jamais de s’étendre, ne concerne en rien les Français qui n’ont aucune responsabilité dans l’origine de ce conflit. Enfin, parce qu’aucune alliance, aucune amitié, sauf à être aveugle et irresponsable, ne justifie d’être partie prenante dans les massacres inexorables que provoquent une guerre à grande échelle.

Avant qu’il ne soit trop tard, il est donc de la première importance que la raison reprenne le dessus. Qu’il soit mis fin à cette fuite en avant mortifère qui va nous conduire à notre propre perte. Qu’au lieu de livrer des armes, la France soit à nouveau capable de livrer des messages de paix sous forme de propositions d’accords acceptables par toutes les parties prenantes.

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Olivier Damien

Conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, Commissaire divisionnaire honoraire

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