Macron et la déconstruction de la droite : comment il joue avec les hommes et les idées …

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Le président use des symboles, au risque de l’incohérence. Il déboulonne même une statue, celle de Nicolas Sarkozy.

ARTICLE RÉSERVÉ AUX ABONNÉS Durée : 4 minEmmanuel Macron reçoit le grand collier de la Légion d'honneur présenté par le Général Benoît Puga (c) sous les yeux de Laurent Fabius (g) président du Conseil Constitutionnel, à l'Elysée, le 7 mai 2022.

Emmanuel Macron reçoit le grand collier de la Légion d’honneur présenté par le Général Benoît Puga (c) sous les yeux de Laurent Fabius (g) président du Conseil Constitutionnel, à l’Elysée, le 7 mai 2022.

afp.com/GONZALO FUENTES

Par Eric Mandonnet. L’EXPRESS

Publié le 22/05/2022

Tout a commencé au premier jour. « Je suis un homme de droite » : premier quinquennat d’Emmanuel Macron, Premier ministre, premiers mots. Edouard Philippe, le 15 mai 2017, entre à Matignon, en même temps que le loup dans la bergerie. La droite, donc, est dans la place. La formule scelle le sort des élections législatives qui suivent. 

Quand arrive la campagne pour les élections européennes de 2019, Emmanuel Macron sollicite Jean-Pierre Raffarin : « On va t’organiser un meeting à Strasbourg. » L’Elysée rappelle un peu plus tard l’ancien Premier ministre : « Nous vous mettons avec Daniel Cohn-Bendit. » Oui, pourquoi ne pas mélanger ainsi des choux et des carottes, pourvu que la soupe soit enivrante ? C’est ne rien connaître à l’histoire politique récente du pays : la figure de Mai 68 reste un chiffon rouge pour une partie de l’électorat modéré de droite. Cette affiche est vite rangée dans le placard des mauvaises idées, et Jean-Pierre Raffarin partagera finalement la tribune avec Edouard Philippe. Un minimum de cohérence ne nuit pas. 

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Trois ans passent, voici venu le moment de l’élection présidentielle. Le projet d’Emmanuel Macron est construit au moment où il faut affaiblir la droite. L’écologie patientera jusqu’au second tour, sauver la planète peut attendre quinze jours : l’accent est mis sur la réforme des retraites, avec l’emblème des 65 ans pour l’âge légal de départ. Entre les deux tours, le candidat se dit « prêt à bouger » : il glisse la mesure dans la poche pour qu’on la voie moins. La droite est piégée après le premier tour comme elle l’a été avant : dans les ultimes jours précédant le scrutin, Emmanuel Macron incarne aux yeux de l’électorat, notamment âgé, le vote utile. Valérie Pécresse s’effondre sous les 5%. 

Tout travail de déconstruction suppose de déboulonner des statues. Il y en a une, pas deux, à droite et elle a longtemps suscité l’admiration de la foule : Nicolas Sarkozy est le dernier président de ce camp, élu au terme d’une campagne aujourd’hui encore perçue comme une épopée inégalée. Qu’à cela ne tienne. A force de petits gestes et autres attentions, Emmanuel Macron fait chuter Sarkozy de son piédestal. Il l’éloigne de sa famille politique, de ses intérêts comme de ses coeurs : l’ex n’a pas voté Pécresse à la présidentielle et une partie de ses électeurs de jadis le vouent désormais aux gémonies. 

Ce n’est plus Gérard Majax, c’est Houdini

Tout travail de déconstruction passe par le recours aux symboles. Emmanuel Macron aurait bien aimé attirer Claude Chirac dans son gouvernement pendant le premier quinquennat, il n’aurait dépendu que d’elle de devenir ministre. Faute de grives, on mange des merles. La marque Chirac n’aura pas le même goût, il n’empêche qu’elle est bien là, dans le premier gouvernement du second quinquennat. Catherine Colonna – qui a d’ailleurs longtemps travaillé avec Claude Chirac, la première était porte-parole de l’Elysée quand la seconde était conseillère communication de son président de père – occupe d’éminentes responsabilités, ministre des Affaires étrangères. 

Tout travail de déconstruction passe par des errements idéologiques. « Je suis oiseau, voyez mes ailes, je suis souris, vive les rats. » C’est là que le remplacement de Jean-Michel Blanquer par Pap Ndiaye au ministère de l’Education nationale interroge sur la boussole du président. Le fameux dépassement passe-t-il forcément par l’incohérence ? 

Ce n’est plus Gérard Majax, c’est Houdini. Tout ne serait-il qu’illusions ? Tiens, et si, pour parachever l’opération de déconstruction de la droite, Catherine Vautrin était nommée à Matignon… Par où tu es sortie, on ne t’a pas vue entrer. La gauche de la Macronie manque de s’étouffer, alors pratiquons le jeu de bonneteau et changeons de Premier ministre. 

Elisabeth Borne arrive finalement à Matignon, femme de droite ou de gauche ? Les Français déboussolés ne savent plus, 34% des personnes interrogées par Ipsos pour Le Parisien du 21 mai la situent à gauche, 30% à droite. C’est la confusion des sentiments, ou plutôt des opinions. 

On ne prête qu’aux riches. Emmanuel Macron a tellement joué avec les uns et les autres que le moindre de ses choix prête désormais à soupçon. La désignation de Sébastien Lecornu au prestigieux ministère des Armées par exemple. Une ascension personnelle spectaculaire, à l’évidence ; mais aussi une pierre dans le jardin d’Edouard Philippe, à qui le message n’aura pas échappé. Le jeune élu de l’Eure, s’en souvient-il, doit beaucoup au maire du Havre et voilà qu’il lui échappe. 

En catapultant Brune Le Maire numéro 2 du gouvernement après avoir été à deux doigts, selon Le Monde et le JDD, de lui demander de céder sa place ou au moins de la partager à Bercy, Emmanuel Macron lui assure une promotion non dénuée de considérations tactiques : pour lui, Le Maire est une arme anti-Philippe, au même titre que Philippe deviendra, s’il le faut, une arme anti-Le Maire. Le président organise la droite macronienne de manière à en garder le contrôle, c’est ce qui lui importe le plus. 

Après la formation du premier gouvernement Borne, LR souffle certes puisque le président braconne désormais à gauche, mais manque d’air : car LR n’est plus la droite, c’était bien l’objectif, seulement une droite résiduelle. 

Cernée par Eric Zemmour et Marine Le Pen, cette droite-là en perd son latin. En se caricaturant parfois elle-même, elle fait le jeu d’Emmanuel Macron. Qui lui tend donc sur un plateau un piège nommé Pap Ndiaye : saura-t-elle s’opposer intelligemment au nouveau ministre de l’Education, dont certaines déclarations peuvent nourrir de franches divergences mais qui sait être à la fois subtil et modéré en d’autres occasions ? Tomber dans le panneau n’est pas une obligation inscrite dans la Constitution

A force de raisonner seulement en coups, on finit par se tordre le cou. Où regarde Emmanuel Macron ? Question encore plus indiscrète, que le temps qui passe aurait dû aider à élucider et dont au contraire il accentue la pertinence : que croit vraiment ce président ? 

Eric Mandonnet

…Et on pourrait ajouter: « Est-ce vraiment de ce genre d’acrobate dont a besoin le pays à un moment de grandes tensions, intérieures comme internationales???

Artofus.

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