[Edito] Pap Ndiaye, ministre de l’Éducation post-nationale ?

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Pour ceux qui espéraient que l’école renoue avec les impératifs de transmission, d’enracinement et d’autonomie qui devraient la guider, la nomination de Pap Ndiaye au ministère de l’Éducation nationale et la perspective de voir le modèle anglo-saxon multiculturel s’imposer ont de quoi inquiéter. 

Par  Jean-Marc Albert. VALEURS ACTUELLES

Publié le 26 mai 2022 à 14h00  Mis à jour le 25 mai 2022 à 16h10

L’historien Pap N’Diaye et actuel ministre de l’Education nationale. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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La guerre des républicanismes est déclarée ! Depuis sa bruyante nomination comme ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye est accusé d’être le fossoyeur de l’héritage républicain, brevet impératif de son prédécesseur. Le parcours du nouveau ministre ne permet guère de douter de son positionnement idéologique. Avec une constance mécanique, il a épousé toutes les causes progressistes, depuis son appel à une nouvelle République soutenant Hollande en 2012 au combat mené en faveur des minorités. Postcolonial, décolonial, indigéniste, woke, racialiste, il prend soin d’afficher une distance subtile avec tous ces concepts dont on l’affuble confusément, sans jamais les embrasser complètement ni les dénoncer définitivement. Quoi qu’il en soit, la logique de déconstruction de la “culture française” à laquelle s’attelle Emmanuel Macron est entre de bonnes mains.

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Portrait d’un  décolonial

Pap Ndiaye est l’héritier du postcolonialisme nord-américain des années soixante-dix, auquel il se confronte lors de son expérience universitaire outre-Atlantique. Influencée par le chercheur Edward Said, cette pensée dénonce la persistance d’une domination occidentale sur les pays juridiquement décolonisés. Dans les années quatre-vingt-dix, ce courant est débordé par la radicalité du décolonialisme, qui propose aux opprimés de s’affranchir de la pensée universelle occidentale par la prise de conscience raciale de leur oppression. Ainsi, la “racisation” assignant une personne à une minorité discriminée, la couleur de l’épiderme n’est plus pensée comme une donnée naturelle mais comme une norme historiquement construite. Le “privilège blanc” reposerait par exemple sur cette manière de se percevoir socialement. Se défaire de sa “blanchité” nous rendrait égaux quand la négritude demeure habilement chez Pap Ndiaye une « rébellion contre l’assimilation ». L’historien ne réactualise donc pas la biologie de la race mais retient d’elle sa « valeur heuristique » pour en faire une clé d’interprétation clivante des rapports sociaux.

Pour le nouveau ministre de l’Éducation, le racisme ne peut donc être que « structurel », “non d’État”, dit-il prudemment, mais “au cœur du système de l’État”.

L’importation de ces concepts s’est trouvée facilitée par la spécificité de notre histoire, qui lie colonisation et immigration. Depuis 2005, la racialisation des émeutes en banlieue est excitée par de nouvelles associations “antiracistes” comme les Indigènes de la République ou le Cran, dont Pap Ndiaye est l’un des fondateurs. À l’instar des campus américains, il vante les réunions racialement non mixtes comme outil de libération de la parole souffrante. En 2007, il revendique le comptage “ethnique” sur le modèle du “baromètre de la diversité” de l’ex-CSA.

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La chasse au « racisme culturel »

Du volet anglo-saxon des minorités, il retient l’idée que non seulement les institutions ne sont pas neutres mais qu’elles se rendent complices de discriminations impensées. Pour le nouveau ministre de l’Éducation, le racisme ne peut donc être que « structurel », “non d’État”, dit-il prudemment, mais “au cœur du système de l’État”. En 2020, il dénonce « le déni classique », entendez systémique, « sur les violences policières ». Puisque nous aurions intériorisé le racisme par la culture ou l’éducation, il faudrait s’arracher à ce mal inhérent par la déconstruction des cadres civilisationnels. Ainsi, l’écriture doit être repensée pour en extirper les stéréotypes de couleur. Contre le “racisme culturel”, Pap Ndiaye remet en 2020 un rapport sur l’Opéra de Paris qui dénonce l’absence de « livret ou composition écrits par une personne non blanche » et regrette que « l’opéra européen » soit celui des « dominants, hommes européens blancs ». Le nouveau ministre de l’Éducation nationale voudrait-il proposer aux élèves un patrimoine culturel expurgé de son passé ? Accusant le processus de sélection de perpétuer les préjugés raciaux, l’ancien professeur de Science Po estime la discrimination positive « inévitable ». En mars dernier, il soupçonnait des entreprises de « promouvoir la diversité » pour masquer des « discriminations indirectes » à l’embauche. Il faut donc décoloniser les savoirs et les esprits, y compris par l’intimidation.

On ne saurait négliger la part de cynisme électoral que comporte cette nomination, mais Emmanuel Macron poursuit surtout méthodiquement son projet de société multiculturelle

Ces intentions ont suffi à ériger l’ancien ministre Blanquer en parangon de vertu républicaine. C’est oublier sa circulaire enjoignant une meilleure prise en compte de « la transidentité » des élèves dans un cadre que l’on croyait fait pour transmettre des connaissances et non panser le “ressenti” de chacun. Même son intention louable d’adopter une tenue scolaire dissimulait mal le souci de ne pas heurter les convictions de minorités actives au mépris de cet universalisme tant proclamé.

On ne saurait négliger la part de cynisme électoral que comporte cette nomination, mais Emmanuel Macron poursuit surtout méthodiquement son projet de société multiculturelle, mettant la singularité raciale, religieuse ou sexuelle sur le même plan que l’appartenance à un commun partagé. Au risque de fracturer davantage la société française. L’opinion publique est inquiète pour son école. Il n’est pas certain que la nomination de Pap Ndiaye, plus clivant sur le fond que lisse sur la forme, puisse la rassurer.

* Jean-Marc Albert est historien et universitaire.

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