L’armée ukrainienne proche de la déroute dans le Donbass

Scroll down to content

REPORTAGE. Dans la région de Louhansk, les forces russes répètent la même stratégie qu’à Marioupol. Combien de temps les soldats de Kiev vont-ils tenir ?

Pont detruit reliant Sievierodonetsk et Lyssytchansk dans le Donbass, le 22 mai 2022.

Par Boris Mabillard. LE POINT

Publié le 30/05/2022

L’encerclement de Sievierodonetsk et de Lyssytchansk semble quasiment réalisé. Après avoir coupé la route principale qui les relie à Bakhmout et au reste de l’Ukraine, les forces russes s’acharnent sur la piste qui permet encore aux militaires et à quelques humanitaires courageux de passer. Mais pour combien de temps ?

Autour de ces villes, l’état-major russe a choisi de reproduire la même tactique qu’à Marioupol : un pilonnage massif visant à tout aplatir. Certaines positions, notamment au sud, ont été dégarnies pour masser le plus d’hommes et de canons possible. La configuration des frontières et des lignes de front actuelles leur est aussi favorable, car ils peuvent attaquer sur trois côtés, ce qui apparaît de plus en plus comme une position enclavée.

PUBLICITÉ

La perspective d’un encerclement total comme celui de Marioupol semble chaque jour plus probable. L’Ukraine peut-elle encore retourner la situation ? La spécificité d’une guerre d’artillerie, c’est qu’elle joue largement en faveur de celui qui encercle, mais les troupes ukrainiennes se sont littéralement enterrées. Elles résistent dans l’espoir que l’assaut faiblira et, surtout, que les nouvelles armes déployées à l’arrière auront raison des canons russes.

À LIRE AUSSIL’avancée russe dans le Donbass, lente, sanglante, inexorable

Les tirs des canons modernes font mouche

Les artilleurs russes sont donc positionnés au nord, à l’est et au sud de la portion de l’oblast (région) de Louhansk qui reste sous contrôle ukrainien. Très proches de leurs cibles, ils recourent à des canons de tous calibres. Sous leur feu, un tir croisé, les obusiers ukrainiens subissent de lourdes pertes humaines et matérielles. « Nous réparons sans cesse le matériel endommagé, affirme le gouverneur de Louhansk, notre capacité de réponse n’a pas été affectée. »

Pour ne pas risquer de les perdre, ils ont gardé leurs canons les plus efficaces, ceux livrés par leurs alliés occidentaux, à l’arrière et à l’extérieur du chaudron. Ainsi, une demi-douzaine de M777 américains, un Howitzer de fabrication italienne et des Howitzer Zuzana slovaques, un Caesar, peut-être plus, ont tous été aperçus vers Bakhmout et dans les environs, d’où ils ciblent l’artillerie ennemie. Leurs tirs, très précis, font mouche.

Cette guerre de position et d’artillerie se traduit sur le terrain par un nombre grandissant de victimes. Il s’agit pour beaucoup de militaires, car les civils ne quittent plus leurs sous-sols. Les avancées russes, les seules dont le Kremlin peut se rengorger depuis plusieurs semaines, restent minimes et précaires : trois pas en avant, deux pas en arrière. « En réalité, affirme un major ukrainien, nous avons même repris des positions vers Popasna, après les avoir perdues il y a une semaine. »En Ukraine, l’encerclement a de quoi réveiller les peurs avec le précédent de Marioupol et, avant cela, la mémoire terrible des sièges de Kiev. La perspective affecte le moral des troupes. « Tant que je sens la présence de nos troupes dans mon dos, je peux me battre, mais je crains d’être totalement encerclé », se plaint le soldat Kosta. Au vu de l’enlisement, le blocus total pourrait ne pas advenir, répond le major. « La route est bombardée, mais nous la contrôlons : elle ne tombera pas sous contrôle russe », dit-il.

Une victoire loin des deux camps

Les déconvenues du terrain et les incertitudes ont conduit le président Zelensky à un exercice de franchise sur les difficultés rencontrées et sur l’ampleur des pertes. S’il est de bon ton de ne pas parler de retraite, une telle manœuvre est désormais dans tous les esprits. Les soldats harassés en parlent ouvertement, tandis que les gradés l’évoquent à demi-mot. Le maire de Kramatorsk aussi. Car un encerclement suivi d’une reddition – un scénario qui répéterait les événements de Marioupol – aurait un effet plus dévastateur sur l’opinion publique et le moral de l’armée qu’un repli stratégique, ainsi qu’on le qualifie pudiquement. Tous n’attendraient que les ordres de Kiev pour effectuer une telle manœuvre.

L’offensive éclair de février s’est transformée en une guerre d’usure dans laquelle le moral des troupes joue un rôle déterminant. Et si, du côté ukrainien, la motivation de ceux qui défendent les positions les plus exposées s’est émoussée, on imagine que, du côté russe, les affres des combats doivent avoir réduit comme une peau de chagrin l’ardeur au combat. Malgré les annonces tonitruantes, la victoire n’est pas à portée de canon. Même les petites conquêtes territoriales à forte portée symbolique, comme le serait l’occupation de l’entièreté de l’oblast de Louhansk, prendront du temps. Reste une seule certitude : la liste des victimes ne cesse de s’allonger.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :