Diplomates en grève : comment le macronisme détruit les derniers piliers du prestige de la maison France

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Marc Baudriller 2 juin 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

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C’est rarissime : la dernière grève des diplomates français remonte à 2003, voilà près de vingt ans. Les « réformes » de la Macronie ont mis sens dessus dessous ce corps réputé discret et dévoué. Les diplomates et conseillers d’ambassade sont en grève, ce jeudi 2 juin, à l’appel de six syndicats et d’un collectif de 500 jeunes diplomates. « Nous faisons face à un risque de disparition de notre diplomatie traditionnelle », ont écrit ces 500 agents du ministère des Affaires étrangères dans Le Monde du 25 mai. Ils sont inquiets, nos diplomates, ils craignent l’effondrement de cette institution prestigieuse, la plus utile au prestige et à la présence de la France dans le monde.

Ils évoquent leurs conditions de travail. Ils se mobilisent surtout contre une énième réforme signée Emmanuel Macron, qui met sur pied un nouveau corps d’administrateurs de l’État mêlant indistinctement sous le même toit ambassadeurs et conseillers des Affaires étrangères. Les raisons de ce saccage semblent claires : l’exécutif pourra puiser les personnalités politiquement les plus sûres dans un ensemble beaucoup plus large. Les pétitionnaires du Monde l’écrivent noir sur blanc : « De très nombreuses personnalités ont alerté sur les risques d’une telle décision qui permettra des nominations de complaisance au détriment de la compétence et aura pour conséquence la déstructuration des carrières, une perte de l’expertise et une crise des vocations. » Le macronisme destructeur apparait là dans toute sa splendeur. Finie, l’expérience accumulée et transmise dans certains postes de l’étranger particulièrement difficiles. À quoi servent donc l’expérience et la spécialisation ? Tout est neuf et à refaire, pour le président de la République. L’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Premier ministre Dominique de Villepin, entre autres, avait tiré la sonnette d’alarme, qualifiant cette réforme « d’atteinte au rayonnement de la France », stigmatisant « un facteur central d’affaiblissement de l’État », une « perte d’indépendance, une perte de compétence, une perte de mémoire qui pèseront lourd dans les années à venir, à l’heure de la recomposition du monde ». « Nauséabond », dirait sans doute Darmanin.

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Quel besoin y avait-il de prendre ce risque ? Qui a exigé à cor et à cri la refonte de notre diplomatie ? Les failles étaient-elles donc béantes ? C’était un corps profondément attaché, dévoué même, à la grandeur de la France. Pas à l’Europe. Ni au monde. Est-ce cela qui gênait tant la Macronie ? On est en droit de se poser la question. Une à une, les grandes missions régaliennes de l’État, celles qui portent le prestige de la nation ou façonnent l’avenir, tombent sous les coups du réformisme destructeur d’Emmanuel Macron : l’ENA, qui n’était pas sans défaut mais apportait à la France seule une élite de hauts fonctionnaires, l’Éducation nationale, si cruciale pour l’avenir de nos élites et de notre peuple, la Justice, la médecine, l’hôpital public, en crise profonde, les forces de l’ordre… Quelles sont les institutions qui étaient en crise voilà cinq ans et qui, aujourd’hui, se portent mieux ? Dans toutes ses missions régaliennes, celles que nul autre que la puissance publique ne peut remplir, l’état macronien bute sur un constat de faillite qu’il persiste à nier. Ce qui subsiste et ce qui tenait encore subit des réformes a minima très contestées et plus qu’inquiétantes.

Lorsque les historiens se pencheront sur cette période, ils remarqueront que le pouvoir aura, méthodiquement, sapé tous les piliers du prestige et du bon fonctionnement de la maison France.

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