Gérald Darmanin et le Stade de France: «Faux tickets, vraie défausse»

L’éditorial du Figaro, par Vincent Trémolet de Villers. 1er juin 2022

Gérald Darmanin, devant les sénateurs, a maintenu sa ligne: il aurait pu mieux faire, mais il n’a pas mal fait, puisqu’il n’y a pas eu de «drames» et qu’il a même «sauvé des vies». S’il y a eu des défaillances, on les doit à la gestion des flux, à une fabrique de faux billets, à la présence de dizaines de milliers de spectateurs surnuméraires, aux couloirs de RER, aux tourniquets bloqués…

Le ministre est trop fin politique pour ne pas voir que si cette histoire a pris une telle ampleur, ce n’est pas par passion pour les «zones de filtrage», mais parce qu’elle conjugue deux inquiétudes obsédantes pour les Français.

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D’abord, la délinquance, consubstantielle de notre société multiculturelle, à laquelle tout le monde, même les plus protégés, est désormais confronté. Omniprésente dans l’existence des citoyens, elle est reléguée dans l’expression politique au rang des faits divers, des paniques identitaires, des vulgarités populistes. Par la force des images, des témoignages, des récits des journalistes, elle est apparue au grand jour autour du Stade de France. C’est là qu’intervient le second phénomène: le refus de nommer cette réalité criante. Les seuls coupables furent les supporteurs britanniques, les billets falsifiés. On notera que la version gouvernementale semble considérer qu’un enchaînement fatal relie mauvaise gestion des flux et agressions gratuites. En France, l’engorgement devant un guichet mène au vol, au passage à tabac. Dont acte.

Les sénateurs qui ont osé évoquer cette question de la délinquance ont reçu en retour la disqualification olfactive d’usage: «nauséabond», avant d’être accusés d’«essentialiser» la Seine-Saint-Denis. Le ministre, pour sa part, n’a cessé d’assimiler «britannique» et «supporteurs violents et alcoolisés». Intraitable avec Liverpool, indulgent avec la cité des Francs-Moisins. Les Français qui s’inquiètent de la désintégration nationale dont cette soirée est un symptôme ont reçu pour unique réponse: «Ce que vous vivez, au fond, vous ne le vivez pas ; ce que vous voyez, détrompez-vous, vous ne le voyez pas.»

Pour un gouvernement obsédé par la lutte contre les fake news, c’est savoureux, n’est-il pas?

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