Mozambique : et les islamistes s’installèrent !

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REPORTAGE. Au Cabo Delgado, les islamistes ont pris leur temps et utilisé la ruse. Résultat : l’insécurité est plus forte que jamais et la cohésion sociale est brisée.

Au Mozambique, au Cabo Delgado, a Mocimboa da Praia, la banque principale de la ville a ete pillee puis detruite par les al-Shabab en 2020. Des millions ont ete voles.
Au Mozambique, au Cabo Delgado, à Mocimboa da Praia, la banque principale de la ville a été pillée puis détruite par les al-Shabab en 2020. Des millions ont été volés.© Chris Huby

Par notre envoyé spécial au Mozambique, Chris Huby. LE POINT

Publié le 02/06/2022

Alors que TotalEnergies vient d’annoncer que la réouverture du chantier gazier d’Afungi ne se ferait pas avant 2023 pour cause de sécurité, les opérations militaires s’accélèrent vers Macomia et Nangade, régions des derniers bastions d’al-Shabab. Pendant ce temps, la crise humanitaire s’amplifie. Les fonds du WFP ne peuvent plus subvenir aux besoins alimentaires des déplacés et l’inflation est en train d’exploser. Autant d’éléments d’une urgence qui n’a pas été traitée sérieusement il y a bien des années et qui ne cesse de s’aggraver.

Avant de commencer son histoire, Léonardo a besoin de s’asseoir sous le porche de sa cahute. Le quinquagénaire vient de la consolider avec du bois qu’il est allé couper lui-même à quelques centaines de mètres de l’immense camp du « 25 de Junho ». Aujourd’hui, tout ce qu’il possède tient dans cette cabane dans laquelle il peut à peine s’allonger et qui prend l’eau de part en part. « On était déjà pauvres. Mais là, c’est la grande misère… On ne reçoit plus que la moitié de l’alimentation qu’on nous distribuait il y a un an », dit-il plaintivement. C’est aussi le sort des 125 000 déplacés installés ici à Metuge, qui vivent tous dans des conditions précaires, dépendant entièrement des aides humanitaires. « Mais ça va pour moi. Y en a plein ici qui dorment encore par terre et sans toit. »

Le cauchemar de Cabo Delgado par le menu

Cherchant dans sa mémoire douloureuse, son regard commence à changer. « Je me souviens du bruit des machettes qui découpaient les enfants » prononce-t-il, l’air perdu. « Je suis tombé dans une embuscade en pleine nuit, quand je rentrais chez moi, à Muidumbe » poursuit-il « les shebabs m’ont attaché les mains dans le dos. Je n’étais pas seul, ils avaient attrapé une dizaine de nos enfants. Heureusement pour moi, ils pensaient que j’étais avec eux. Et ils leur posaient des questions du type « Que penses-tu du gouvernement ? Pourquoi tu n’irais pas à l’école chez nous ? Est-ce que tu veux nous rejoindre pour combattre ? » et ceux qui répondaient mal, ou qui ne répondaient pas du tout, se faisaient tuer un peu plus loin, sur la route… Il y a eu des dizaines de morts ce jour-là. ». Plusieurs déplacés s’approchent et écoutent son témoignage dans un silence qui en dit long. « J’ai eu de la chance, j’ai réussi à dénouer la corde facilement. Quand mon ravisseur a compris, il a crié en swahili « je vais te tuer », mais je me suis enfui en courant vers le bush. Sur la route, j’ai enjambé plusieurs cadavres. Je ne pensais qu’à ma vie, j’entendais derrière moi qu’on me suivait, mais ils ne m’ont jamais rattrapé. »

Les yeux embués, il articule difficilement : « Vous vous rendez compte, ces types n’ont que 20-25 ans, musclés comme ceux qu’on voit dans les journaux sportifs. Certains, on les connaît, c’était nos voisins ! Et d’un coup, ils nous tuent ! Quasiment tous les gens ici ont vu une partie de leur famille se faire assassiner. D’autres n’ont aucune nouvelle depuis des mois. ». Le massacre du village de Muatide, à Muidumbe, a eu lieu le 7 novembre 2020. 50 jeunes ont été emmenés dans un stade pour être décapités, une barbarie qui a fait réagir à l’international jusqu’à Emmanuel Macron, qui a écrit, scandalisé, un tweet en Portugais. Ce drame n’est pas un acte isolé. Depuis 2017, les attaques se sont multipliées partout dans la région, poussant plus de 800 000 déplacés à s’installer dans différents camps. On compte désormais plus de 3 000 morts et des centaines de kidnappings. Les crimes sont régulièrement suivis d’une communication sordide que l’on a déjà vue sur d’autres territoires comme la Syrie, l’Irak ou le Nigeria.

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Cabo Delgado, la pente de l’enfer…

Le Cabo Delgado est paradoxalement l’un des anciens lieux privilégiés de villégiature pour les Mozambicains fortunés. Haut lieu touristique, située à l’extrême nord-est du pays à plus de 1 600 km de Maputo, frontalière de la Tanzanie, la province abritait le plus beau parc d’hôtels du pays et sa qualité de vie était extrêmement recherchée. Pemba, la capitale du Cabo, était une plaque tournante de nombreux commerces allant jusqu’en Inde. La gentillesse des locaux, musulmans mwani et makua, était réputée dans toute la région. Contre toute attente, les islamistes radicaux sont apparus, transformant ce petit paradis en un véritable enfer.

Les premiers signes datent pourtant de la fin des années 1980. À Nangade, une ville proche de la frontière tanzanienne, connue pour son commerce de noix de cajou, l’ISCR (Centre international des études sur la radicalisation) a pu retrouver les traces d’une petite secte qui essayait d’imposer ses méthodes. En parallèle, de nombreux prêcheurs étrangers, tanzaniens, kenyans mais aussi saoudiens ou qataris, se sont installés dans les années qui ont suivi dans toute la région, et de nombreux voyages ont été organisés pour les études religieuses de dizaines de jeunes en Somalie, en Égypte, au Soudan et en Ouganda. Ansar al-Sunna (ou Ahlu-Sunna wa-Jamma) n’apparaît officiellement qu’en 1998, une date également connue dans l’histoire du djihad international pour les attentats de Nairobi et de Dar es-Salaam par Al-Qaida. Dès lors, cette nouvelle branche islamiste fait parler d’elle localement car elle rejette radicalement l’autorité de l’État.

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… en passant par Balama

Ce groupe s’impose définitivement en 2007. La première ville où son influence se fait ressentir est Balama. Alors qu’il venait de passer plusieurs années en Tanzanie, Sualehe Rafayl y fait émerger une approche alternative et extrémiste de l’islam. Rejetant plusieurs pratiques fondamentales des communautés, il entraîne des tensions avec le Cislamo (Conseil islamique du Mozambique), qui tente d’en informer le gouvernement. Un autre mouvement radical émerge dans le district de Chuire en 2010 sous la direction d’Abdul Carimo. Cette branche est soupçonnée d’avoir eu une influence importante à Mocimboa da Prai dès 2014. Comme Rafael, Carimo a dirigé sa secte depuis sa propriété personnelle avant de réussir à établir sa propre mosquée. Les deux cheikhs proposent un islam rigoriste inspiré par le Kenyan Aboud Rogo. Les thèses de ce dernier, bien qu’assassiné en 2012, se propagent en swahili dans tout le nord et semblent avoir eu un impact majeur sur le leadership des insurgés.

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La coupable erreur de jugement du gouvernement

D’après des sources locales qui ont vécu l’arrivée des radicaux, le gouvernement de Maputo ne prenait pas le problème très au sérieux. Pour les autorités, il ne s’agissait que de quelques dizaines d’agités et la charia n’allait pas s’appliquer comme ça dans une telle zone. De fait, Le Cabo Delgado est depuis longtemps durement contrôlé, d’autant que la production de nombreuses ressources va bon train. C’est par exemple la deuxième terre de rubis au monde après la Birmanie. Découverts en quantité en 2008-2009, ils représentent aujourd’hui la moitié des carats mondiaux, un marché juteux dont profitaient les exploitants locaux, les commerçants frontaliers sud-africains ou tanzaniens ainsi que les marchands indo-pakistanais, thaïlandais et sri-lankais. Il en est de même de nombreux marchés opaques, comme ceux du trafic du bois précieux et de l’héroïne.

À l’époque, les bénéfices se comptaient en millions de dollars, mais il faut comprendre que la très grande majorité de la population, très pauvre, n’en profitait évidemment pas. Le sentiment d’injustice n’a donc cessé d’augmenter. De même, l’installation de Total et de ses partenaires, comme ExxonMobil ou ENI, sur l’un des plus gros chantiers gaziers au monde, Afungi, promettant au Mozambique de devenir l’un des pays les plus riches d’Afrique, a laissé de nombreux locaux sur le carreau. Notamment les communautés de pêcheurs, qui ont été déplacées des aires de construction et de forage. Du pain bénit pour les radicaux, qui n’ont cessé d’utiliser ce terrain d’iniquité. Les musulmans mwani, proches de l’opposition Renamo, vivaient déjà un ressenti lointain issu du manque de développement économique régional et une concurrence vis-à-vis des chrétiens makondés, qui détiennent le pouvoir avec le Frelimo. Les méthodes militaires et policières sont également à questionner. Les populations du Cabo Delgado subissent depuis longtemps de graves violences et des rackets de la part de ceux qui sont censés maintenir l’ordre. Eduardo, réfugié à Quitunda, explique : « Mon oncle, qui venait d’acheter une mobylette, a disparu du jour au lendemain. Quelques jours plus tard, on a pu voir un militaire la conduire. C’était tous les jours comme ça. ».

Pour s’installer, les islamistes ont véritablement rusé

Tous ces facteurs reliés entre eux font qu’entre 2014 et 2016 le groupe al-Sunni arrive à s’installer à Mocimboa da Praia, une ville portuaire. D’après une source locale, une stratégie de terrain complémentaire s’est mise en place pour trier une population encore circonspecte. Les islamistes ont tout d’abord convaincu nombre de jeunes femmes de se marier avec eux, très souvent après les avoir mises enceintes. Dès lors, les parents devaient choisir entre accepter le mariage, validant leur expansion, ou le refuser, risquant par là même de devenir infréquentables (haram) et de ne plus voir leur fille. En plus de cela, ils ont mis en place un commerce de poissons séchés provenant de la région de Palma. Une activité qui a grandi avec le temps et qui a rassuré pas mal de locaux, amateurs de cette nouvelle recette, sans oublier les retombées économiques.

Un soir d’octobre 2017, des dizaines de sacs de poissons séchés sont partis dans de nombreuses habitations, jusque dans le bush environnant. Jusque-là, rien d’anormal, une grande fête semblait se préparer puisque les al-Sunni avaient invité des « frères » venus de Nangade, Palma, Monterez et Muidumbe. Le lendemain avant l’aube, les habitants sont réveillés par de nombreux coups de feu. Lourdement armés, les insurgés sont en train de défoncer la banque principale de la ville. Tout le monde est pris par surprise, les fusils étaient en réalité cachés dans les grands poissons et personne n’a rien vu venir. La police ne peut pas intervenir, des dizaines de jeunes semblent vouloir en découdre. La banque est pillée, la rançon est majeure. Il n’y a pas encore de morts, mais la population est sous le choc. Dans les jours qui suivent, les policiers arrivent de Macomia et de Mueda pour protéger la ville. Des arrestations ont lieu dans les bushs. La réaction des extrémistes est alors brutale. N’attendant que cette occasion, une trentaine d’insurgés attaquent plusieurs fois la ville, décimant les forces de l’ordre. Le conflit a officiellement démarré.

Le point de bascule : les al-Sunni se militarisent

S’étant militarisés, les al-Sunni deviennent génériquement le groupe al-Shabab, alias « les jeunes ». Six mois plus tard, les djihadistes attaquent en plein jour. Beaucoup d’habitants sont abattus. En août 2020, ils occupent entièrement la ville et d’autres localités sont alors attaquées. La question reste posée sur la provenance des armes, les soupçons allant de complicités locales, certains notables et grands trafiquants ne voyant pas d’un bon œil l’arrivée des compagnies gazières sur leur territoire, jusqu’à des pays très éloignés.

Alors que beaucoup de jeunes partis en formation en RDC étaient déjà revenus radicalisés, les analyses confirment que l’influence étrangère était déjà majeure. D’après Florent Geel, de Promediation, « sous l’impulsion de Jafraal Alawite (de nationalité syrienne ou égyptienne), il semble que le nouveau groupe africain ait eu des liens privilégiés avec le groupe islamiste pro-État islamique, Ansar al-Charia, dans le Sinaï égyptien. Fin 2016, le groupe djihadiste a manifesté sa demande d’allégeance à l’État islamique dans une lettre adressée à Abou Bakr al-Baghdadi (émir d’ISIS à cette époque) », explique l’homme de terrain, dont le travail consiste à construire du lien entre les insurgés et les gouvernements de nombreux pays.

Provenant d’informations internes à l’EI, « cette lettre d’allégeance a été acheminée des côtes africaines jusqu’à Raqqa, en Syrie, par un jeune Kenyan, Walid Ahmad Zeini, alias Oustaz, puis remise à Abou Ibrahim al-qurachi, qui était à l’époque le numéro trois du groupe et assurait la fonction de « ministre des Affaires étrangères ». Walid Ahmad Zeini est un élément important de la nébuleuse de l’État islamique en Afrique centrale. C’est lui qui aurait réussi à fédérer le groupe congolais des ADF, dirigé par Moussa Baluku, et un second groupe congolais dirigé par Abou Yassir Alhassan. La coalition de cet ensemble de groupes armés, de milices locales, de groupes de braconniers, de bandits de grand chemin et des groupes des trafiquants d’ivoire s’étendrait depuis la Tanzanie et l’Ouganda jusqu’au Kenya. ».

À partir de financements crapuleux, une réelle montée en puissance

Selon les mêmes sources, le financement général du groupe s’alimenterait des attaques contre les casernes militaires et les villages chrétiens mais aussi des ventes d’armes et de la « zakat », chaque commerçant étant obligé de reverser 10 % de ses recettes mensuelles sous peine d’être puni par les tribunaux islamiques. La sécurisation des convois des trafiquants de bois, probablement chinois et vietnamiens, serait également assurée. Des informations récemment confirmées dans une étude commandée par le gouvernement mozambicain ajoutant à cela un trafic de pierres précieuses et le trafic humain. Rosa, du camp de Ntele, confirme que « les shebabs enlèvent les jeunes femmes, qui deviennent des esclaves sexuelles. Certaines sont revendues à d’autres groupes plus au nord. Quant aux vieilles, ils les tuent. Pour eux, elles ne rapportent rien ».

En 2019, le groupe prête officiellement allégeance à l’État Islamique. L’Agence Amaq officialise le groupe et le présente comme appartenant à la province d’Afrique centrale (ISCAP). Depuis, ces derniers ont revendiqué plus d’une cinquantaine d’attaques au Cabo Delgado. Toujours selon les recherches de Promediation, des bases ont été installées, notamment dans des réserves protégées à la frontière entre la Tanzanie et le Mozambique, qui est une zone de refuge pour le groupe. Cet endroit perdu dans les forêts accueille également un centre de formation et d’aguerrissement des combattants issus de cette mouvance. Mais plusieurs leaders auraient également été envoyés dans le Sinaï égyptien ou en Somalie. De même, plusieurs unités actuellement actives au Mozambique ont été entraînées par des formateurs provenant de la région Sahel. Selon le porte-parole du groupe EIGS, ISCAP compterait aujourd’hui au moins 12 katibas en Afrique centrale et au Mozambique, toutes dirigées par des locaux et des Arabes. De jeunes Saoudiens sont signalés dans le leadership du groupe, ainsi que des formateurs sahéliens partis « aider leurs frères en djihad ».

L’attaque d’ampleur de Palma le 24 mars 2021 confirme l’arrivée en masse des étrangers dans les rangs des shebabs. Plus d’une centaine d’assaillants, notamment, auraient traversé la frontière tanzanienne. Selon des sources militaires, la méthode aurait par ailleurs été inspirée par celle de Mossoul en Irak (2014). Certains insurgés étaient cachés en ville par quelques habitants, tandis que d’autres ont surgi de plusieurs directions en même temps, le jour même où TotalEnergies annonçait sa réouverture, deux mois après une pause due à l’insécurité grandissante dans le Nord. Les activités d’Afungi ont officiellement été stoppées dans les jours qui ont suivi le massacre. La compagnie gazière, selon une déclaration de son directeur, M. Pouyanne, fin avril 2022, n’envisage une réouverture qu’en 2023, le temps que la sécurité soit assurée et que les communautés vivent à nouveau en paix. En attendant, la crise économique locale ne s’améliore pas et les populations se désespèrent de retrouver du travail.

L’Afrique au chevet du Cabo Delgado

Depuis l’été 2021, une coalition de plusieurs pays africains intervient dans le Cabo Delgado. L’armée très équipée du Rwanda (RDF) a repris Mocimboa da Praia dès le mois d’août et y maintient la sécurité depuis. Les opérations se déroulent aujourd’hui plus au sud, pour libérer la route Pemba-Palma, la même qu’aimeraient emprunter les grands opérateurs gaziers qui ont besoin des ports et des aéroports de toute la côte pour faire redémarrer le chantier au plus vite. Car, avec la guerre en Ukraine, la récupération du Cabo Delgado semble effectivement devenir une priorité pour une Europe privée du gaz russe. À Macomia, les combats ont démarré mi-avril avec déjà des soldats qui ont été tués. Car, en face, malgré les défaites et le retrait de certains groupes, une véritable guerre asymétrique s’est déclenchée, digne d’une guérilla très organisée.

Les acteurs humanitaires restent très vigilants, redoutant un changement de forme des attaques à la suite de cette intervention et de son accélération récente. De plus, la situation sociale, élément essentiel au développement du djihadisme, s’est dégradée. Les Français ont d’ailleurs été avertis pendant l’entre-deux-tours de la présidentielle qu’une menace directe, venue de Nangade, pesait sur eux pour la première fois.

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