Le «quoi qu’il en coûte» a anesthésié notre pays! 

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Entretien avec Anne Mansouret

Gil Mihaely et Sarah Mimon 

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2 juin 2022. CAUSEUR

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Le «quoi qu’il en coûte» a anesthésié notre pays!
Anne Mansouret D.R.

Née à Téhéran, d’un père iranien athée de culture musulmane, Anne Mansouret  s’installe en France en 1956 avec sa mère. Pensionnaire à Notre Dame de Verneuil, elle tombe amoureuse de la culture et notamment de la littérature française. Elle réalise des études de droit à la faculté d’Assas et  intègre Science Po avant de mener une longue carrière dans la communication de luxe. Aujourd’hui elle se présente aux législatives dans la 1erecirconscription de l’Eure.


Causeur. Comment êtes-vous entrée en politique ?

Anne Mansouret. J’avais des sensibilités qu’on peut qualifier de gauche, ce qui m’a parfois posé des cas de conscience quand j’ai travaillé dans le milieu du luxe où la démesure peut souvent choquer. En 1992, Laurent Fabius m’a proposé de m’engager localement en créant une liste « Entreprendre pour l’emploi » dans l’Eure, en Haute Normandie, où j’habite. J’ai été élue quelques années plus tard conseillère départementale dans l’Eure, et j’ai même été présidente du conseil départemental. Plus tard, en 2004,  j’ai été élue au Conseil régional de la Haute Normandie jusqu’en 2015. J’ai  ainsi passé une quinzaine d’années d’élue locale dans le groupe PS, PRG et  tous les associés du Parti Socialiste.

Quid de la politique nationale ?

Je me suis présentée en 1997 dans la 1ère circonscription de l’Eure où j’habite contre Jean-Louis Debré qui était ministre de l’Intérieur et dix ans plus tard en 2007 contre Bruno Le Maire. Dans les deux campagnes, j’ai été battue au second tour.

Aujourd’hui, vous ne vous revendiquez plus de gauche. Pourquoi?

J’ai été exclue du Parti Socialiste en mai 2012 quand j’ai voulu me représenter avec l’étiquette socialiste, en raison notamment de mon opinion sur l’affaire Strauss-Kahn. Au moment où le scandale a éclaté, la direction du PS a très vite demandé aux élus de défendre la thèse selon laquelle DSK, à l’époque bien placé pour disputer à Nicolas Sarkozy la présidence de la République aux élections de 2012, avait été la victime d’un piège tendu par un adversaire politique. J’ai même reçu des messages texto de Martine Aubry et d’autres disant que les faits rapprochés à DSK étaient invraisemblables. Je ne partageais pas ce point de vue et n’en ai pas fait mystère, sachant pertinemment que cela allait probablement mettre un terme à ma carrière politique. J’ai donc dis ce que j’ai pensé. Autant vous dire que cela a été fatal. Prônant l’assimilation et faisant l’éloge de la laïcité, on m’a alors accusé d’être islamophobe pour légitimer mon éviction du parti. Les orientations qu’ont prises depuis le PS avec les mouvements néo-féministes m’en ont définitivement éloigné.

En 2019, mon fils a été atteint d’un cancer grave. Je me suis rapprochée de lui et j’ai découvert que ses valeurs que d’aucuns pourraient qualifier d’extrême droite, auxquelles je n’avais jamais prêté attention, pouvaient résoudre des problèmes actuels. Il m’a incité à réfléchir sur les conséquences calamiteuses de la gestion du PS dans les domaines de la santé et de l’Education nationale. Sortant de là, je me suis prise en pleine gueule la pandémie.

Que pensez-vous justement de la manière dont la crise sanitaire a été gérée ?

J’ai été révoltée par la façon dont s’est comporté le gouvernement et je me suis aperçue brutalement qu’on avait transformé ce pays en une espèce de cocotte-minute qui n’explose pas, uniquement car les gens avaient peur.

Que reprochez-vous précisément au gouvernement ?

De pousser à l’extrême la peur de la pandémie et de foutre la trouille aux Français.  

Vous pensez qu’il y avait une stratégie consistant à exagérer le danger pour gouverner par la peur ?

Il n’y a pas eu de complot à l’échelle du pays. Mais je pense qu’à un moment donné, ceux qui nous gouvernent se sont retrouvés face à une décision. Soit ils prenaient le parti qu’ont d’ailleurs pris certains pays comme le Danemark, la Suède, les Pays Bas, c’est-à-dire qu’il s’agissait d’une espèce de  grippe un peu différente des autres, mais qu’il n’y avait pas péril dans la demeure. Soit on en rajoutait. Je pense que la culture de gauche de Macron a joué et qu’il a à un moment pris la décision d’en rajouter pour faire peur. Les échéances suivantes étaient alors plus faciles à gérer pour eux du moment où ils incarnaient la  protection contre le mal absolu qu’était le Covid.

D’autres pays tels que l’Italie, l’Espagne, les Etats-Unis ou encore Israël ont agi de la même façon…

Je pense que justement, c’est une propension qu’on peut avoir quand on est aux manettes de se dire  que plus les gens sont apeurés, moins ils sont conscients des risques véritables, et plus on va pouvoir avoir une influence sur leur comportement.

Et le volet économique, avec la politique de soutien aux petites entreprises ?

Ils ont sorti la planche à billets et tout le monde était content. Mais cela a eu un effet pervers redoutable que nous sommes en train de découvrir. Elon Musk tweetait le 28 mai que les gens avaient été tellement confinés qu’ils avaient perdu l’habitude de se battre et travailler. On les a complètement anesthésiés avec l’argent public facile en échange du port du masque et de l’obéissance. Au deuxième confinement, j’ai envoyé un texto à Bruno Le Maire lui disant « Vous êtes en train d’euthanasier la France ». C’est en train de nous arriver. Beaucoup de gens ont perdu l’habitude de travailler. Les 18-20 ans sont énergiques mais les 25-50 ans sont différents. Vous ne trouvez plus un homme marié de 40 avec des enfants ans qui ne culpabilise pas s’il ne peut faire la sortie d’école…

J’ai découvert la France dans les années 60, quand le mot résistance incarnait son esprit. C’était un pays libre, rebelle, et je me retrouve 50 ans plus tard dans un pays complètement différent. Cela m’a foutu une rage, vous ne pouvez pas imaginer ! Ils ont réussi à abrutir mes compatriotes. Qu’ont-ils fait de ce peuple français qui, à des moments de son histoire, a fait la révolution de la Commune ? J’étais entre Deauville et Trouville à la fin du confinement au mois de mai et on a ouvert une bouteille de rosé sur la plage pour piqueniquer. Eh bien, ils sont venus nous foutre une contravention de 143 euros par personne ! Et personne ne mouftait.

D.R.

Et la politique vaccinale ?

Je me suis faite vaccinée, car autrement on ne pouvait pas vivre, on devenait paria. Mais à aucun moment, je n’ai eu ce que j’attendais, c’est-à-dire un débat avec des médecins qui prônaient cette politique vaccinale face a des soignants refusant de se faire vacciner. Aucun grand média n’a eu le courage  de le faire. C’est donc cet ensemble d’expériences et de constats qui m’ont poussé à me relancer dans la politique nationale en me présentant dans la première circonspection de l’Eure.

Avez-vous une étiquette ?

Je suis sans étiquette. J’ai créé un mouvement qui s’appelle Réagir. J’ai décidé, pour ma conscience personnelle, d’investir mes dernières cartouches pour ranimer mes compatriotes qui sont dans un état de léthargie.

Si vous êtes élue, comment allez-vous vous positionner ?

Je me rattacherai à une formation de droite : soit le Rassemblement national, soit Les Républicains.  Mon étiquette politique a toujours été le centre gauche mais je me retrouve aujourd’hui déportée avec des idées que les journalistes et autres observateurs  de la vie politique pourraient classer à l’extrême droite. Quand je vois qu’on classe Alain Finkielkraut à l’extrême droite, cela me rassure. Selon moi, ni lui ni même Marine Le Pen ne sont d’extrême droite.

Pourquoi ne pas rejoindre Eric Zemmour ?

Car j’étais sur place, sur le terrain. Marine Le Pen est nettement plus proche des préoccupations des gens que ne pouvait l’être Éric Zemmour. Zemmour nous a proposé un retour en arrière. C’est regrettable car on ne peut pas faire un retour en arrière. Ce n’est pas une solution pour les problèmes d’aujourd’hui.

Quel est votre regard sur l’Union Européenne ?

J’étais européiste avant 1992. Aujourd’hui, je pense que l’extension de l’Europe à des pays de l’ancienne URSS est extrêmement dangereuse. Ou bien il aurait fallu créer une Europe continentale, de l’Atlantique à l’Oural comme disait Charles de Gaulle, et faire une place à la Russie dedans à partir du moment où elle n’était plus communiste. Par ailleurs, on voit bien que la structure politique européenne ne correspond pas à l’identité de certains de ces pays tels que la Hongrie.

Dans une même logique, une Europe de la défense n’a pas plus de sens. L’Europe je l’ai vu naître. Elle avait une vocation : faire la paix entre la France, l’Italie, l’Allemagne, et l’Angleterre. Cela avait une cohérence historique et philosophique. Mais elle arrive de nos jours à avoir une mainmise sur l’identité et la culture politique des peuples, en coupant par exemple les crédits européens à la Hongrie d’Orbán. Cette emprise de la bienpensance agit aussi bien aux Etats-Unis par le biais du parti démocrate et des mouvements essentialistes wokes qu’en Europe avec par exemple la récente nomination à l’Education nationale de Pap Ndiaye.

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