Anasse Kazib, l’homme qui connaissait les priorités

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Arnaud Florac 10 juin 2022. BOULEVARD VOLTAIRE  

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Vous souvenez-vous d’Anasse Kazib ? C’est ce syndicaliste français, cheminot de son état, militant trotskiste, qui avait tenté de se présenter à l’élection présidentielle de 2022. Hélas, trois fois hélas, notre ami avait eu quelques problèmes de parrainages, couronnés par un accident de la route, heureusement sans gravité, dans la neige. Les photos circulent encore sur Internet. Elles lui ont valu quelques conseils de conduite un peu ironiques. Dommage, car il bénéficiait pourtant du soutien d’Assa Traoré, Taha Bouhafs ou encore de la militante transféministe Sarah Yaropolskaya.

Bref, revenu de l’oubli médiatique, Anasse Kazib est tenté de saisir tous les prétextes pour exister. Voyez cette semaine, par exemple. Vous avez probablement suivi l’info du moment : je ne parle évidemment pas de la mort d’Alban Gervaise, médecin militaire, égorgé devant ses enfants qu’il allait chercher à l’école. Ça, ça n’intéresse personne : un mâle blanc hétéro, au service de son pays, franchement, c’est la barbe. Non, je vous parle du tragique refus d’obtempérer qui a coûté la vie à Rayana, la passagère de la voiture. Elle et son amie Inès, dont on apprend qu’elle a un casier judiciaire long comme le bras, sont montées dans la voiture de deux amis. Pierre-Alexis et Albéric (les prénoms ont été changés) sont partis à vive allure. La police leur a demandé de s’arrêter. Selon les premières conclusions de l’enquête, ils ont obéi puis ont redémarré en trombe en direction des policiers, probablement pressés de retourner à Rambouillet (la destination a été changée).

Rayana est morte, c’était une jeune fille, elle avait la vie devant elle et, comme la plupart des gens, ne méritait pas de mourir. C’est une tragédie et la Justice devra faire la lumière sur les circonstance de l’affaire. Voilà tout ce que la décence peut dire. Mais de décence, Anasse Kazib ne semble guère être étouffé, puisqu’il vient de se fendre d’un tweet rageur: « La douleur de la famille de Rayana doit être immense, cependant je pense que sous l’influence de leur avocate ils font une erreur en portant plainte contre le conducteur lui aussi victime, plutôt que contre les policiers qui eux ne sont pas poursuivi ! » (sic)

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Bon, déjà, Anasse, il y a un « s » à « poursuivis » quand les policiers sont plusieurs. Et il est possible de mettre des virgules dans les phrases, ce qui aide le lecteur à respirer. Maintenant, sur le fond : le conducteur qui a foncé sur les policiers n’est pas à proprement parler « victime » puisqu’il a pris l’initiative de foncer sur eux. Par ailleurs, si l’IGPN et la Justice, plutôt promptes à demander des mises en examen, n’ont pas jugé bon de poursuivre, on peut peut-être considérer que leur responsabilité n’est pas immense. Peut-être.

Le plus triste, dans cette affaire, est peut-être la terrible indigence des trotskistes de 2022. Repensons à l’idéal ascétique du révolutionnaire des origines, dont l’idéal est le personnage de Rakhmetov du Que faire ? de Nikolaï Tchernychevski (1863), qui inspirera des générations de nihilistes, de terroristes ou d’assassins. Lénine reprendra le même titre en 1902 pour son célèbre ouvrage, en hommage au roman d’éducation qu’il avait trouvé dans la bibliothèque de son frère. Rakhmetov est un révolutionnaire professionnel, comme Anasse Kazib. Le parallèle s’arrête là.

Rakhmetov s’endurcit intellectuellement, physiquement, moralement. Il donne tout à la révolution. C’est un héros (quoique négatif pour nous) dans le cœur duquel brûle une flamme démoniaque mais sans compromis. Rien à voir, convenons-en, avec un Kazib, qui se vautre dans les combats indigénistes ou anti-flics les plus convenus en espérant peut-être, avec cet art de la combine à neuf bandes qu’ont les trotskistes, desceller les pierres angulaires du système.

Je n’ai que trop parlé de lui. Laissons la famille de Rayana la pleurer et M. Kazib retourner à son oubli. Lénine était revenu en Russie dans un wagon plombé, comme le bacille d’une terrible maladie, ce qu’il était. Kazib, lui, est chargé des aiguillages à Paris Nord. Il ne pourra rien faire de pire au « système » que de provoquer l’arrivée d’un train sur la mauvaise voie.

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