Communautarisme, insécurité, immigration: mais où va Macron?

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Par Judith Waintraub. LE FIGARO

10 juin 2022

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DÉCRYPTAGE – Sur au moins trois sujets majeurs, le chef de l’État et ses ministres font preuve d’un refus de regarder la réalité en face. Exemples.

Avant sa réélection, Emmanuel Macron a choyé le Printemps républicain, ce mouvement qui milite pour la renaissance d’une gauche laïque. Il a eu des mots d’hommage chaleureux pour Laurent Bouvet, l’un de ses fondateurs, quand l’auteur du concept d’«insécurité culturelle» a été emporté par la maladie de Charcot, en décembre 2021. Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à la Jeunesse Sarah El Haïry partageaient les combats du Printemps républicain.

Aucun des trois n’a été reconduit. Pire: Pap Ndiaye, le successeur de Jean-Michel Blanquer, estime qu’un «racisme structurel» existe en France et dit «partager la plupart des causes» des tenants du wokisme, même s’il «n’approuve pas les discours moralisateurs ou sectaires de certains d’entre eux». Le nouveau ministre de l’Éducation revendique en outre son «compagnonnage» avec le Conseil représentatif des associations noires (Cran), qui pratique le racialisme. Il trouve «rassembleur» le discours d’Assa Traoré, la pasionaria de la lutte contre les «violences policières».

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Le Printemps républicain espérait une vingtaine de circonscriptions. Il n’en a obtenu qu’une en Meurthe-et-Moselle pour Marika Bret, responsable des ressources humaines à Charlie Hebdo. Les contacts entre les dirigeants macronistes et Zineb El Rhazoui, l’ex-journaliste de Charlie, ou encore Rachel Khan, l’auteur de Racée *, n’ont débouché sur aucune proposition. Elles n’appartiennent pas au Printemps républicain, mais elles en sont proches. De son côté, Jean-Pierre Chevènement, autre figure du combat laïque, avait proposé des candidats dans une douzaine de circonscriptions. Seuls quatre d’entre eux ont été retenus et, sauf miracle, ils ne seront pas élus le 19 juin. En revanche, les responsables de la majorité sortante ont investi Lova Rinel, ex-présidente du Cran, en Seine-Saint-Denis.

Avec son discours aux Mureaux contre le séparatisme, Emmanuel Macron nous avait donné raison contre les tenants d’une laïcité “accommodante”. Tout se passe aujourd’hui comme s’il leur offrait leur revancheUn membre fondateur du Printemps républicain

«Je comprends que l’étiquette du Printemps soit jugée trop sulfureuse, mais pourquoi ne pas avoir promu des personnalités comme Rachel Khan? s’interroge un membre fondateur du mouvement. Avec son discours aux Mureaux contre le séparatisme, Emmanuel Macron nous avait donné raison contre les tenants d’une laïcité “accommodante”. Tout se passe aujourd’hui comme s’il leur offrait leur revanche.»

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Plusieurs membres du Printemps républicain se disent «humainement blessés»par ce qu’ils ont ressenti comme une «volonté d’humiliation» du président à leur encontre. Surtout, ils craignent que son énième revirement sur la laïcité n’obéisse pas seulement à des impératifs clientélistes: «Certes, il veut récupérer une partie des 69 % d’électeurs musulmans de Jean-Luc Mélenchon, soupire l’un d’entre eux. Mais au fond, il ne semble pas considérer le communautarisme comme un danger réel pour la France.» Même si Emmanuel Macron, interrogé la semaine dernière sur la multiplication des voiles pour les filles et des qamis pour les garçons à l’école, a assuré vouloir que «la loi de la République s’applique», contre le port de «tenues islamiques».

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La sécurité au second plan

Entre 2017 et 2021, les coups et blessures volontaires, hors violences intrafamiliales, ont augmenté de 12 %, selon le ministère de l’Intérieur. En 2020, pour ne prendre que les derniers chiffres disponibles, l’Insee a recensé 710.000 victimes de violences physiques «gratuites», c’est-à-dire non motivées par un vol et hors cadre familial. Soit «une agression toutes les 44 secondes», comme Marine Le Pen ne s’est pas privée de le répéter en avril, quand la lutte contre la délinquance semblait devoir s’imposer comme l’un des sujets déterminants de la présidentielle.

Un an auparavant, Emmanuel Macron définissait la sécurité comme «un enjeu majeur pour le pays» et affirmait se battre pour «le droit à une vie paisible»(interview du 18 avril 2021 au Figaro, NDLR). Il vantait son bilan, en particulier la création de 10.000 postes de policiers et de gendarmes. Les moyens dévolus à la lutte contre la délinquance faisaient un bond sans précédent dans le budget 2022 et le président, pas encore candidat, promettait de les augmenter encore de 25 % sur la durée de son éventuel second quinquennat.

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Puis l’inflation est arrivée et le pouvoir d’achat est devenu la préoccupation essentielle des Français. Réélu, Emmanuel Macron a confirmé à la Justice Éric Dupond-Moretti, qui reprochait à Gérald Darmanin, également reconduit à l’Intérieur, de «développer le sentiment d’insécurité» en parlant de l’«ensauvagement» d’«une partie de la société». Du «en même temps» que le président se réserve sans doute d’arbitrer au coup par coup, en fonction des circonstances.

Le 23 mai, à l’occasion du premier Conseil des ministres de ce second quinquennat, il a défini ses quatre priorités: l’école, la santé, la transition écologique et la lutte contre l’inflation. Aucun sujet régalien. Des 15.000, puis seulement 7000 places de prison dont il avait promis la création d’ici à la fin de son mandat précédent, un peu plus de 2000 seulement ont été livrées. Toutes avaient été mises en chantier sous la présidence de François Hollande.

L’immigration en roue libre

L’incidence d’une immigration incontrôlée sur l’insécurité est toujours un tabou en Macronie. En témoigne la réaction de Gérald Darmanin après que la finale de la Ligue des champions a tourné à la déroute des autorités françaises, au Stade de France. Son audition au Sénat, où il avait été convoqué avec la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra pour s’expliquer, restera comme un exemple chimiquement pur de déni. Non content de se défausser de la responsabilité du chaos sur les supporters britanniques détenteurs de faux billets, le ministre de l’Intérieur a rangé les vols et les agressions de Saint-Denis au rayon des incidents habituels d’après-match. Malgré les images, les témoignages et les enquêtes, tous convergents, il a accusé les sénateurs Les Républicains de se livrer à une «essentialisation de la délinquance» en jetant «en pâture des liens très nauséabonds»«Quand vous dites que depuis 1998 (date d’ouverture du Stade de France, NDLR) la France n’est plus la même et que la Seine-Saint-Denis a changé, vous faites le jeu de partis assez extrêmes», a-t-il même lancé à Jacqueline Eustache-Brinio, qui l’interrogeait.

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La sénatrice LR du Val-d’Oise, dont le rapport sur la commission d’enquête sur la radicalisation islamiste avait été adopté à l’unanimité en juin 2020, ne s’est pas laissée faire. «Dès qu’on dénonce la réalité, on est traité de “facho”, s’indigne-t-elle. C’est tellement plus simple que de régler les problèmes! Je lui ai dit que je ne l’autorisais pas à m’insulter et il a prétendu que ce n’était pas ce qu’il avait fait. Quant à la ministre des Sports, c’était Oui-Oui qui découvre la Lune!»

Pendant la campagne, Emmanuel Macron a promis de «poursuivre» la refonte du droit d’asile pour «expulser plus efficacement» les déboutés. Il a parlé des «droits et devoirs» du citoyen quand il a annoncé sa candidature dans sa Lettre aux Français et a annoncé par ailleurs que les titres de long séjour seraient réservés à «ceux qui réussissent un examen de français et s’insèrent professionnellement». Et, bien sûr, il s’est engagé à «expulser les étrangers qui troublent l’ordre public». Il a également assuré que «le refus d’asile vaudra obligation de quitter le territoire français (OQTF)». Une mesure qui risque de rallonger encore le traitement administratif des dossiers et, surtout, qui ne résoudra rien tant que les demandeurs d’asile ne seront pas assignés à résidence jusqu’à ce que leur dossier soit traité.

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En 2019, déjà, Emmanuel Macron s’était fixé l’objectif de faire exécuter «100 % des OQTF» d’ici à la fin de son mandat. En 2021, selon un rapport sénatorial qui vient de paraître, 5,7 % seulement des OQTF avaient été exécutées. En 2012, le taux d’exécution était de 22,3 %! La crise sanitaire n’excuse pas tout: il n’était que de 12,2 % en 2019. Le président a mis son échec sur le dos des pays d’origine qui refusent de reprendre leurs ressortissants. C’est en partie vrai, mais c’est surtout une façon de nier la responsabilité des autorités françaises. Le déni, encore et toujours.

* Éditions de l’Observatoire, 160 p., 16 €.

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