Ivan Rioufol: «Le monde politique est un trompe-l’œil»

Par Ivan Rioufol

16 juin 2022

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Ivan Rioufol. LE FIGARO

CHRONIQUE – La répartition parlementaire qui s’esquisse, avec une domination Ensemble!-Nupes, ne rend pas compte de la réalité de la société.

Tout sonne faux, dans la classe politique qui s’éloigne des Français. L’abstention de 52,49 % des électeurs au premier tour des législatives fragilise le socle des coalitions. Le second tour, ce dimanche, risque d’aggraver la désaffection démocratique. Les 25,7 % récoltés dimanche par Ensemble!, l’union présidentielle, ne représentent que 12 % des inscrits. Les autres formations partagent cette vulnérabilité. La Nupes (Nouvelle Union populaire écologique et sociale), assemblage bricolé par Jean-Luc Mélenchon, talonne la première place avec 25,6 % des suffrages. Du coup, la gauche se pâme devant son propre «retour en force» (Libération). En réalité, le total des gauches à la présidentielle s’élevait à 31,3 %. Pour autant, cette alliance faussement «populaire» fait un carton chez les jeunes bourgeois enrégimentés, dans l’est de Paris. Elle arrive en seconde position dans deux circonscriptions à Neuilly et Versailles, citées bon chic.

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La droite, supposée majoritaire dans les esprits, est responsable de l’anachronique percée mélenchoniste: elle fera probablement de la Nupes, cheval de Troie de l’islam politique, la première opposition à l’Assemblée. Il est possible que la coalition présidentielle, sous la pression de l’extrême gauche bouffeuse de flics, n’obtienne pas la majorité absolue. Or cette issue, certes souhaitable pour revigorer le débat parlementaire, aurait dû être imposée par une droite rassemblée. Un accord RN-Reconquête! aurait offert entre 150 et 200 sièges, et plus si une partie des LR s’y était jointe. Mais la droite reste bien, depuis Guy Mollet, la plus bête du monde. Elle persiste à s’interdire des rapprochements alors que rien ne justifie plus ces rejets, sinon des répulsions pavloviennes contre des «extrêmes». Résultat: les LR espèrent entre 40 et 80 députés, le RN entre 20 et 45. Quant au parti d’Éric Zemmour, il rumine sa défaite en ne donnant pas de consigne de vote.

Est-ce à dire que la France serait celle de Danièle Obono et des trois autres candidats de la Nupes élus dès le premier tour à Paris ou Saint-Denis? La répartition parlementaire qui s’esquisse, avec une domination Ensemble!-Nupes, ne rend pas compte de la réalité de la société. Obono, élue de La France insoumise, s’était fait remarquer par son hésitation en 2017 à dire «Vive la France» ; elle a accepté d’être soutenue par l’ancien dirigeant travailliste britannique, Jeremy Corbyn, pourtant exclu de son propre parti pour laxisme face à l’antisémitisme, ce poison toléré quand il se réclame du Coran ou du sort des Palestiniens. Ceux qui s’imposent politiquement, faute de résistance structurée à droite, portent en eux une vision communautarisée et déracinée de la société, dans laquelle les minorités extra-européennes sont appelées à s’inclure sans effort.

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Cependant, il serait faux de croire la majorité présidentielle en totale opposition à la Nupes. Le recyclage du vieil anticapitaliste marxiste n’est certes pas la doctrine de la macronie. Mais Emmanuel Macron comme Jean-Luc Mélenchon viennent du PS. Ils ont une même approche de l’interventionnisme et de l’usage de l’argent magique. Surtout, ils se rejoignent dans leur vision d’une «France de demain» oublieuse de son peuple indigène et ouverte à la préférence immigrée. «Pas une voix pour le RN» a lancé, lundi, la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire. Un mot d’ordre repris par Pap Ndiaye, ministre de l’Éducation nationale: «Le combat contre l’extrême droite n’est pas un principe à géométrie variable», a-t-il tweeté, sans précaution pour la neutralité que devrait assumer l’École. En cas de duel Nupes-RN, la macronie n’exclut pas de soutenir l’extrême gauche…

Jeu de dupes

La politique, laissée aux marchandages des apparatchiks et au manichéisme des faiseurs de peur, est un trompe-l’œil. Ce qui est à voir et entendre est à rechercher dans les silences de la France populaire quand elle refuse le jeu de dupes: il permet à des coucous comme la Nupes et ses bobos-faux-prolos de s’installer dans les nids abandonnés par la droite. Ces Français qui ne votent plus ne sont pas à accabler. Les abstentionnistes n’ont pas abandonné la politique ; c’est la politique qui les a abandonnés. Cela fait des décennies que les élus ne savent plus parler aux gens ni entendre les plaintes de ceux qui voient leur nation se dissoudre dans une identité liquide.

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Lors du procès des attentats parisiens du 13 novembre 2015, qui s’achèvera le 29 juin après huit mois de débats, un des avocats généraux s’est interrogé: «Pourquoi de jeunes Européens ont assassiné des gens en terrasse, au Stade de France et au Bataclan?» Mais ces tueurs, musulmans nés en Occident, ne se sentaient en fait ni européens ni français. Ils ont tué au nom de l’idéologie islamiste. Ils sont, bien sûr, les premiers responsables de leurs crimes. Toutefois, ces «croyants» ont été couvés par des élites indifférentes aux dangers d’une immigration massive et d’un multiculturalisme conflictuel. Mardi, le gouvernement s’est engagé à «protéger» les Français de la canicule. Mais les pouvoirs ont failli dans la protection de la nation.

La France est sur un volcan. Les dirigeants avancent comme des somnambules, imperméables aux indignations sourdes des oubliés. La déconnexion du réel est telle, au cœur de l’État, que le gouvernement ne s’est pas contenté de nier les razzias des voyous de Seine-Saint-Denis contre des supporteurs anglais ou espagnols au Stade de France. Les images des caméras de surveillance, qui auraient pu illustrer ces faits, ont elles-mêmes été détruites pour n’avoir pas été réclamées par la Justice dans les délais. Pour sa part, Macron a annoncé le 4 juin son choix de créer un pompeux «Conseil national de la refondation», après avoir admis que les Français étaient «fatigués des réformes qui viennent d’en haut». Toutefois, ce n’est pas un énième machin, cornaqué par le président qui a lui-même défini les sujets (indépendance, plein emploi, neutralité carbone, égalité des chances, renaissance démocratique), qui résoudra la crise de la démocratie. Celle-ci passe au préalable par l’institution de la proportionnelle, intégrale pourquoi pas, afin de rendre le Parlement représentatif du pays.

Théâtrocratie

«Aucune voix ne doit manquer à la République», a déclaré le chef de l’État, mardi, devant son avion prêt à décoller, moteurs ronflants, pour la Roumanie. Jeudi matin, c’est à Kiev (Ukraine) que Macron s’est rendu en train, accompagné de l’Allemand Olaf Scholz et de l’Italien Mario Draghi. Mais cette théâtrocratie, qui met en scène la peur de la guerre à la veille du second tour, est emplie d’artifices.

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