Aucune voix ne doit manquer à la démocratie

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FRONT POPULAIRE 17 juin 2022

Aucune voix ne doit manquer à la démocratie

OPINION. Le vortex macronien montre ses premiers signes de faiblesse. Après une réélection fantomatique, le voilà déjà aux abois face à la poussée populaire aux législatives. Pour Barbara Lefebvre, qu’on aime ou pas Mélenchon et Le Pen, ils n’en demeurent pas moins les représentants des vaincus dans un jeu électoral dont le verrou est en train de sauter.

Aucune voix ne doit manquer à la démocratie

Dimanche 12 juin, le bloc élitaire a connu un cinglant revers. Et ce n’est que le début de sa fin programmée. Car comme tous ces produits en série inondant le marché néolibéral, l’obsolescence programmée de la domination des élites mondialistes que nous subissons depuis des décennies montre ses premiers signes. C’est parce que la France dispose d’institutions monarchiques si puissantes, d’un Etat central et son administration pachydermique si autoritaire, d’un Etat providence si fort étouffant les révoltes sociales et politiques, qu’elle n’a pas encore renversé ses élites qui se comportent depuis le référendum trahi de 2005 en véritable tyran pervers narcissique. Les privilégiés qui nous dirigent ne cessent d’invoquer les valeurs de la République, les principes de la démocratie pour mieux les bafouer, les trahir et lorsque le peuple-citoyen a l’audace d’exprimer des critiques, en votant ou en manifestant, les privilégiés lui rappellent que lui seul est responsable de son malheur, que si le pain n’est pas à son goût pendant qu’eux se régalent de brioches, c’est parce qu’ils ne sont pas aussi subtils que « les premiers de cordée », seuls capables d’apprécier la vraie valeur des choses…

Après avoir promptement (re)diabolisé Marine Le Pen au soir du premier tour des présidentielles, voici le tour de Jean-Luc Mélenchon de manger les petits enfants, lui qui, avec la gauche tout entière, a pourtant largement contribué à la réélection d’Emmanuel Macron dans l’entre-deux tours en activant le front des Castors. À présent, face à la dynamique implacable de la coalition de la gauche populaire et ses 25.7% et face à la force du seul RN présent dans 208 circonscriptions, qui gagne 1.26 millions de voix par rapport à 2017 (+ 42% !) et sort en tête dans 110 circonscriptions (contre 20 en 2017), les élites dirigeantes aux ordres de Bruxelles et de Davos sentent que leur trône vacille. La nuit du 4 août pourrait bien prendre d’étonnantes formes, tout à fait démocratiques : par la puissance incontestable du vote, pour peu qu’il y ait un sursaut de participation.

Dimanche 19 juin, le bloc populaire doit se lever plus haut, plus fort encore pour faire battre, partout, le parti de l’Ordre. C’est une nécessité de voter pour voir gonfler à l’Assemblée, cœur battant de notre démocratie placé en hibernation depuis le quinquennat, les rangs des députés de la Nupes et du RN. C’est une nécessité afin de porter un coup d’arrêt à la politique mortifère de la coalition macroniste. L’élan est du côté du bloc populaire, pas de celui du bloc élitaire. C’est bien le sens de la politique dans une démocratie qu’engager une dynamique de changement contre l’ordre établi. En 2017, profitant d’opportunités multiples (abandon de Hollande, happening judiciaire de Fillon, candidature improbable de Hamon, ralliement de Bayrou), Emmanuel Macron avait su créer un élan fondé sur des promesses de révolution, de renversement de « cette caste » dont il se félicitait de « ne pas faire partie » en 2016 (cela faisait déjà mourir de rire ceux d’entre nous qui avions observé sa carrière et ses réseaux à la loupe !). Ce subterfuge n’a pu le conduire à la victoire de 2017 que parce qu’il était face à Marine Le Pen, écrasée sous le poids tant du Front républicain que de l’influence néfaste de Philippot. La nouveauté, la dynamique, étaient du côté d’Emmanuel Macron et sa sulfateuse européo-progressiste. En 2022, la dynamique du premier tour a bien démontré qu’elle n’était plus dans le camp macroniste. Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon à eux deux seulement ont reçu 45% des suffrages. Même score pour les législatives…

Cinq ont passé. Ce n’est pas tant le pouvoir qui a usé le macronisme que la flagrante réalité de sa dangereuse fuite en avant néolibérale et bruxelloise. À partir de l’affaire Benalla, tout s’est délité sous les yeux de Français en apparence placides, mais lucides sur les mensonges, sur l’attrait de ce président pour l’exercice ultra solitaire du pouvoir (cet exercice du pouvoir sous Covid devra produire des quantités d’essais de politologues dans les années qui viennent), sur les affaires tues par des médias complaisants ou par des juges bienveillants, sur la violence d’un pouvoir qui a chargé et blessé de façon irréversible tant de citoyens exerçant leur droit de manifester. Le black block ne prend jamais une balle de LBD en plein visage, lui. Le Gilet jaune, oui. Le délinquant ne prend pas de coup de matraque, quand le supporter de Liverpool dépouillé se fait gazer et accuser de présenter un faux billet. Bienvenu dans le réel de la Macronie : fort avec les faibles, faible avec les forts.

Cinq ans pendant lesquelles les Français ont regardé se succéder les grands débats, les conventions citoyennes, les Grenelle et les Ségur. Ils ont encaissé les chèques carburant, inflation, les chômages partiels tout en se demandant quand ils recevraient la facture du quoiqu’il en coûte. Ils se doutent que les élections passées, le tournant de la rigueur et de l’austérité dicté par Bruxelles leur sera imposé, la Macronie expliquera, une fois encore, que la brioche sera pour demain, mais la baguette à 2 euros pour aujourd’hui. Et pour faire rêver à leur bouchée de brioche, on explique aux Français des classes populaires et moyennes qu’il va falloir travailler plus pour le même salaire, et surtout plus longtemps. Que s’ils ne se décident pas à se mettre enfin au boulot, le pouvoir saura bien les y forcer, à l’instar de ces fainéants d’allocataires du RSA qui travailleront gratuitement, ou à cette femme en situation de handicap à qui la Première ministre explique d’oublier la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé pour aller plutôt chercher un job. Cinq ans pendant lesquelles les Français ont entendu le pouvoir se saouler de sa propre parole, de sa communication managériale déracinée, tandis que les urgences climatiques, de santé publique, d’éducation, d’inadéquation dans la répartition profit-salaire n’ont cessé de s’aggraver.

Le système de santé publique à l’agonie, l’Education nationale à la dérive, l’armée sous dotée (mais qui donne ce qui lui reste à l’Ukraine pour habiller une défaite qui semble hélas inéluctable), une police découragée et sous formée qui doit obéir à une doctrine méprisable, une industrie dévastée sans réserve de main-d’œuvre qualifiée pour se reconstruire rapidement, une agriculture sous perfusion européenne toujours plus dominée par les grands groupes industriels qui empêchent toute transition écologique véritable. Tout cela saute aux yeux des Français. Ils ne seront pas bernés par l’ultime saynète macronienne à Orly : « Aucune voix ne doit manquer à la République ».

C’est à la démocratie que les voix doivent aller. Dimanche, aucune voix ne doit manquer à la démocratie, qui est selon notre Constitution, « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ». Ce que le peuple s’est fait voler dans les urnes, il doit le reprendre par les urnes. Sinon…

Auteur

Barbara LEFEBVREEssayiste

Publié le 17 juin 2022

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