Le baccalauréat : un diplôme sans valeur distribué par des faussaires

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Philippe Kerlouan 17 juin 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

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Le baccalauréat bat son plein avec, mercredi, l’épreuve de philosophie et, ce jeudi, l’épreuve écrite anticipée de français. Suivront, dans quelques jours, l’oral de français pour les élèves de première et le Grand oral pour les élèves de terminale. Après des sessions perturbées par la crise sanitaire, le baccalauréat semble revenir à la normale. Mais ce diplôme a-t-il encore quelque valeur ?

On est bien loin de l’examen en deux temps que les plus anciens de nos lecteurs ont connu : le baccalauréat passé en première, qui conditionnait l’entrée en terminale, et le baccalauréat passé en terminale, qui filtrait l’entrée dans l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, il ne fait plus que confirmer l’affectation préalablement proposée par Parcoursup, en fonction de barèmes fondés sur les notes et appréciations de l’élève, voire sur des critères sociaux. Ce n’est plus qu’un ticket d’entrée formel, un passeport gratuit pour la poursuite d’études.

Ce passeport atteste-t-il au moins l’acquisition de savoirs et de méthodes solides ? On peut en douter. Près de 94 % des 732.800 candidats ont été reçus en 2021, en légère baisse par rapport à 2020, selon le ministère de l’Éducation nationale. On peut feindre de s’en réjouir, mais les cours de soutien, de grammaire et d’orthographe qu’on est obligé d’ organiser dans les universités, les échecs massifs en première année ramènent à la réalité : le baccalauréat pour tous, ou presque, est un passeport pour nulle part. C’est un miroir aux alouettes, qui ne signifie plus rien.

Le plus grave, c’est que nos dirigeants le savent, mais continuent d’entretenir le mythe. Pour beaucoup de familles, le bac a encore du prestige et il ne faut pas les décevoir. Ils espèrent aussi en tirer un bénéfice politique : le nombre de reçus n’est-il pas la preuve de l’efficacité du système éducatif ? Ils confondent délibérément l’inflation de ce diplôme avec la démocratisation de l’enseignement. Ils ne croient pas à sa valeur – et en tirent les conséquences pour leurs propres enfants, qu’ils mettent à l’abri –, mais le peuple y croit, il faut donc entretenir l’illusion.

Avec le contrôle continu, où des pressions locales peuvent s’exercer, des épreuves parfois difficiles, mais toujours complaisamment notées – on a récemment vu des notes rehaussées sans même consulter les correcteurs –, le bac se dévalorise de plus en plus. Il y aurait pourtant bien des raisons de lui redonner du sens : encore faudrait-il en avoir la volonté politique. Au lieu de remplacer l’égalitarisme niveleur par une réelle méritocratie et une sélection fondée sur le talent et le mérite, au lieu de réformer le système vers plus d’exigence, on ne ne fait que bercer le peuple d’illusions.

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