Sous-traiter l’immigration illégale au Rwanda : la stratégie de Boris Johnson énerve la CEDH

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FRONT POPULAIRE 16 juin 2022

ARTICLE. C’est une décision controversée et pour le moment entravée par la Cour européenne des Droits de l’homme : le Royaume-Uni veut transférer la gestion de ses immigrés illégaux au Rwanda. Malgré tout, l’idée séduit. Le Danemark pourrait prochainement suivre l’exemple britannique.

Sous-traiter l’immigration illégale au Rwanda : la stratégie de Boris Johnson énerve la CEDH

Ce mardi 14 juin, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a obtenu l’annulation d’un vol entre le Royaume-Uni et le Rwanda. A son bord, sept migrants demandeurs d’asiles entrés illégalement sur le territoire britannique. Dans son jugement, la CEDH a considéré qu’un Irakien — qui avait déposé un recours — présent dans l’avion ne pouvait être expulsé tant que la justice britannique n’ait acté la légalité du projet de loi de du Premier ministre Boris Johnson. Les juges de la CEDH s’inquiètent d’un risque de traitement inéquitable des réfugiés au Rwanda ainsi que d’un risque de sécurité les concernant.

Depuis le 14 avril 2022, Kigali, la capitale du Rwanda, est liée avec Londres par un accord bilatéral. Pour un montant annuel de 120 millions de livres sterling (140 millions d’euros), les Britanniques financeront la sous-traitance de l’accueil des immigrés illégaux qui ont pénétré leur territoire depuis le 1er janvier 2022. Pour justifier cette mesure, le gouvernement conservateur estime que cet accord dissuadera les clandestins de franchir la Manche. Il permet également, côté britannique, une économie d’échelle : le système d’asile actuel du Royaume-Uni coûterait 1,5 milliard (1,74 milliard d’euros) de livres sterling par an, notamment en frais d’hébergement.

Le Rwanda est-il le bon pays ?

Ce projet divise nettement. Un sondage d’opinion réalisé ce lundi et relayé par la BBC montre que sur un panel de 2 463 Britanniques interrogés, 44 % sont favorables à cette politique (27 % « fortement ») et 40 % s’y opposent (28 % « fortement » opposés). Des personnalités publiques, comme l’ancienne Première ministre Theresa May, ainsi que l’archevêque de Canterbury, Justin Welby, ou le prince Charles (pourtant tenu par sa fonction à la neutralité politique), ont fait part plus ou moins directement de leurs désaccords. Tout comme bon nombre d’ONG et d’associations de défense des droits de l’homme.

Il y a de quoi s’interroger. Le Rwanda, éloigné de 6 400 kilomètres des côtes anglaises est-il le pays idoine pour sous-traiter la gestion des immigrés illégaux ? En 2022, le Rwanda était classé 136e sur 180 pays (156e en 2021) dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). L’organisation dénonce un régime « répressif » qui utilise la « censure ». Par ailleurs, le Rwanda est un petit pays qui s’étend sur une surface de 26 338 km². Soit l’équivalent de superficie de la Bretagne.

Un futur accord entre Rwanda et le Danemark ?

Pour autant, ce petit pays africain – et membre du Commonwealth – qui propose aux demandeurs d’asile en Grande-Bretagne de rester sur son propre territoire ne semble pas avoir besoin de main-d’œuvre supplémentaire. Avec une densité de 459,02 habitants par km², le Rwanda est la 25e place mondiale, à un niveau comparable à celui des Pays-Bas, et au-dessus de celui de l’Inde.

Malgré ces controverses, l’idée séduit. Depuis une loi votée en 2021, le Danemark cherche également à délocaliser ses centres d’asile dans un pays partenaire. Mais le pays nordique n’a pour le moment pas trouvé de partenaires. Il envisage alors de nouer un accord commercial avec le Rwanda. Mais au contraire de la Grande-Bretagne, le Danemark fait partie de l’Union européenne. Même si l’externalisation de l’asile est une pratique régulière de l’UE, elle reste plus encadrée que ce que proposent les Britanniques – qui ont pour eux d’être plus souverains que leurs voisins contineantaux. Difficile d’imaginer Bruxelles ne pas se mêler de cette affaire.

Il faudra déjà suivre la fin de l’affaire britannique qui oppose le gouvernement Johnson à la CEDH. Le gouvernement britannique dénonce par la voix du vice-premier ministre et secrétaire d’État à la Justice Dominic Raab l’ingérence de la CEDH. Il estime qu’elle a outrepassé ses prérogatives en émettant une injonction contraignante. Et s’il n’envisage pas de quitter la Cour européenne des droits de l’homme, le gouvernement britannique a déjà prévu de futurs vols à destination de Kigali.

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