Pourquoi Kaliningrad est la nouvelle pomme de discorde avec la Russie

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L’enclave russe en territoire de l’Otan souffre particulièrement des sanctions décrétées par l’Union européenne après l’invasion de l’Ukraine.

L'oblast (region) compte environ 1 million d'habitants et sa superficie est, avec 15 000 km2, un peu plus vaste que l'Ile de France.
L’oblast (région) compte environ 1 million d’habitants et sa superficie est, avec 15 000 km2, un peu plus vaste que l’Île de France.© EVGENYA NOVOZHENINA / Sputnik / Sputnik via AFP

Par Luc de Barochez. LE POINT

Publié le 23/06/2022

Nouveau point chaud de la tension entre Moscou et l’Occident, Kaliningrad, l’ancienne Königsberg, est un fantôme du passé qui donne des sueurs froides aux stratèges de l’Otan. Partie de l’ancienne Prusse orientale, le territoire a été confisqué à l’Allemagne et annexé par la Russie à titre de trophée en 1945, à l’issue de la « Grande Guerre patriotique », la Seconde Guerre mondiale.

La région stratégique est devenue aujourd’hui un îlot russe surarmé en territoire de l’Union européenne, coincé entre la Lituanie, la Pologne et la mer Baltique. L’oblast (région) compte environ 1 million d’habitants et sa superficie est, avec 15 000 km2, un peu plus vaste que l’Île-de-France. La ligne de chemin de fer qui relie l’enclave, à travers le territoire lituanien, à la Biélorussie et, au-delà, à la Russie, est une artère vitale pour elle.

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Le feu aux poudres a été mis quand la Lituanie, le 18 juin, à l’issue du délai de transition prévu par l’UE, a appliqué des sanctions européennes contre Moscou liées à la guerre en Ukraine. Ces mesures prévoient l’interdiction non seulement de l’achat mais aussi du transit sur le territoire européen de certains biens fabriqués en Russie, en l’occurrence l’acier et d’autres produits sidérurgiques, des machines outils et des produits de luxe. Et ce n’est qu’un début : le 10 juillet, ce sera le tour du ciment et de l’alcool, le 10 août, celui du charbon et début décembre du pétrole et des produits pétroliers.

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Le Kremlin a hurlé au « blocus » de son territoire – le blocus est un acte de guerre, selon le droit international – et menacé d’une « riposte » non spécifiée à ce stade. Le bras droit de Vladimir Poutine, le secrétaire du Conseil national de sécurité Nikolaï Patrouchev, s’est rendu à Kaliningrad le 21 juin pour avertir que la Russie allait « certainement répondre à de telles actions hostiles ».

« Agression directe »

À Moscou, les esprits s’échauffent et le sénateur Andreï Klimov a même dénoncé sur Telegram une « agression directe » de la Lituanie, une ancienne république soviétique, contre la Russie. La tension peut rapidement dégénérer : si jamais les mesures de rétorsion russes annoncées devaient prendre une forme militaire, l’escalade impliquerait alors l’Otan, puisque la Lituanie fait partie de l’organisation atlantique.

De blocus, pourtant, il n’y en a pas dans la réalité : les passagers ainsi que les marchandises non concernées par les sanctions peuvent continuer à circuler par le train. Lors de leur passage en gare de Vilnius les convois sont accueillis par un message diffusé en langue russe, leur rappelant que « Poutine tue des civils en Ukraine ». Par ailleurs, les navires venant de Saint-Pétersbourg peuvent toujours approvisionner l’enclave par la mer sans être concernés par les sanctions de l’UE et le gouverneur de Kaliningrad, Anton Alikhanov, a même affirmé que leurs rotations allaient s’intensifier.

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L’enclave est un sujet d’autant plus sensible pour Moscou qu’elle abrite dans le port de Baltiïsk le quartier général de la flotte russe de la Baltique (contrairement à Saint-Pétersbourg, ce port n’est jamais pris par les glaces). La Russie y a en outre déployé des missiles balistiques Iskander, susceptibles de transporter des ogives nucléaires, ainsi que des missiles de croisière 3M-54 Kalibr.

« Porte-avions insubmersible »

À l’époque soviétique, l’enclave était décrite comme un « porte-avions insubmersible » à proximité de l’Otan. Mais c’est depuis l’effondrement de l’URSS, en 1991, qu’elle est devenue un problème épineux : l’indépendance de la Lituanie et la fin du pacte de Varsovie (l’équivalent soviétique de l’Otan), puis l’adhésion en 1999 puis en 2004 de la Pologne et de la Lituanie à l’Otan et à l’UE, ont transformé le territoire russe en enclave en territoire otanien. C’est, par conséquent, un point de vulnérabilité de la Russie, mais aussi un moyen pour elle de générer des tensions. Elle y organise régulièrement des manœuvres militaires.

La querelle autour de Kaliningrad remet au premier plan la question du « corridor de Suwalki », l’étroite bande de terre entre la Pologne et la Lituanie qui sépare l’enclave du territoire de la Biélorussie, alliée de Moscou.

C’est un sujet de préoccupation pour l’Otan, car l’invasion de ce territoire, large de 35 kilomètres seulement, par des forces russes ou biélorusses, permettrait de couper les pays baltes du reste de l’Europe.

Voilà pourquoi les tiraillements autour de cette zone ultrasensible sont observés à la loupe par les états-majors occidentaux.

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