Port des tenues religieuses à l’école : quelle est à la réalité ?

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Sabine de Villeroché 23 juin 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

 

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75 % des Français s’inquiètent de la multiplication du port des tenues religieuses à l’école (sondage CSA pour Cnews) : une angoisse justifiée depuis l’affaire Samuel Paty, car les « incidents » en nette augmentation en disent long sur l’avancée du communautarisme en France. Les services de renseignement ont recensé « 144 entorses à la loi sur la laïcité à l’école au deuxième trimestre, contre 97 au premier ».

Une estimation pudique, pour Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur général de l’Éducation nationale, auteur d’un rapport en 2004 sur les « signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires » et d’un ouvrage au titre évocateur : Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école (Éditions Hermann, 2020), qui s’exprimait dans les colonnes du Figaro, le 17 juin : « Les atteintes à la laïcité sont bien plus nombreuses que les incidents signalés » (FigaroVox du 17/6/2022).

Ce que ne démentirait pas cet enseignant en ZEP déjà interrogé dans ces colonnes, en octobre dernier, lors de la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty, qui nous fait partager son expérience : « Il y a douze ans, j’ai vu arriver une mère et sa fille voilées lors d’une réunion parents-professeurs. À l’époque, cette attitude leur avait valu un rappel au règlement intérieur. Aujourd’hui, dans mon établissement, lors des conseils de classe, c’est un fait, les mères sont désormais majoritairement voilées. »

« Nous sommes sans cesse confrontés à des situations où des élèves nous testent ».

Ces dernières semaines, nous raconte-t-il, dans son collège, « et comme par hasard dans la foulée de l’affaire du burkini », des élèves de 3e ont saisi l’occasion de la « journée de l’élégance » (mise en place au gré des enseignants dans le but de favoriser la tenue vestimentaire, la politesse et le savoir-vivre) pour revêtir le costume traditionnel, ces fameuses « abayas ». Il s’agit d’un vêtement long porté par les femmes dans les pays de culture musulmane, en vente libre partout pour des sommes modiques et qui, au contraire de la burka ou du niqab (interdit par la loi de 2004), semble ne pas être considéré comme « signe religieux ostensible ». Une mode qui prend racine. Notre interlocuteur nous précise : « Depuis maintenant trois semaines, cinq de ces jeunes filles portent toujours la tenue malgré les remarques de la CPE qui a fait remonter l’information au rectorat. Sans grand succès, puisqu’aucun texte de loi ne saurait y faire obstacle. Mais la brèche est ouverte et la mécanique toujours la même : provoquer, tester et attendre les réactions… »

Au lycée Charlemagne, à Paris, le 16 juin dernier, c’est une candidate au bac qui crée la polémique en refusant de retirer son voile à la demande de la CPE. Une affaire qui affole les réseaux sociaux puisque la jeune fille y a diffusé une vidéo en se déclarant victime d’acte islamophobe. Pour notre enseignant, « cet incident aussi est très emblématique : on a beau jeu de dire que la surveillante a perdu son sang-froid ; on imagine bien l’élève cherchant à forcer la porte et guettant la réaction du personnel du lycée ». Actuellement une enquête est ouverte : la surveillante dont le nom a été, un temps, lâché en pâture sur les réseaux sociaux, est la cible de nombreuses menaces de mort.

La hantise de l’Éducation nationale : le recrutement de personnels qui ne respectent pas les valeurs républicaines

Pour venir à bout de ce genre de situations, Jean-Pierre Obin, dans les colonnes du Figaro, plaide pour une meilleure formation des professeurs, « qui sont dans le désarroi et pratiquent l’autocensure préventive », chiffres à l’appui (selon une étude IFOP réalisée par la fondation Jean-Jaurès, en janvier 2021, « 49 % d’entre eux affirment s’être déjà autocensurés dans leur enseignement des questions religieuses durant leur carrière afin de ne pas provoquer de possibles incidents dans leur classe »). Un vœu pieux pour notre enseignant qui tient à nous mettre en garde : les élèves ne sont pas les seuls susceptibles de poser problème. La hantise de l’Éducation nationale, c’est aussi le recrutement de salafistes qui ne respectent pas nos lois républicaines sans l’avouer, au nom de cette dissimulation prônée par l’islam (la fameuse taqiya), « sans compter que le mot d’ordre de la hiérarchie est toujours le même : “calmez le jeu, laissez faire” ».

Des professeurs démunis, inquiets, laissés bien seuls face à une génération qui, à « 65 % (pour les lycéens), estiment que l’islam est au-dessus des lois de la République » (sondage IFOP du 8 décembre 2021) et ne peuvent compter ni sur la loi ni sur les pouvoirs publics. Pour notre enseignant, « c’est une question civilisationnelle. Nous héritons de l’impuissance de notre concept de laïcité que personne ne peut définir et des incohérences de l’interdit d’interdire de Mai 68, qui nous oblige à tout tolérer : tenues islamiques, mini-shorts et crop top. Seul un État totalitaire pourrait interdire. Si nous n’en voulons pas, il ne reste que la revendication pour la France de valeurs authentiquement chrétiennes. Nous sommes coincés. »

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