Radioscopie de la fracture entre la droite Macron-compatible et celle d’opposition

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Olivier Marleix, député et nouveau président du groupe parlementaire du parti Les Républicains, pose avec des députés LR pour une photo de famille à l'Assemblée nationale, le 22 juin 2022

©Alain JOCARD / AFP

FRACTURE. Simple divergence tactique ou ADN différents ?

Emmanuel Macron cherche à rallier à son camp une quarantaine de députés. Au sein des Républicains, deux lignes coexistent. L’une étant constructive et plus pro-Macron, ouverte à la coalition, et l’autre plus opposée au chef de l’Etat et souhaitant rester au sein de l’opposition.

Christophe Boutin et Philippe d’Iribarne ATLANTICO. 26 juin 2022

Atlantico : Après le revers subi par la majorité présidentielle à l’issue des électionslégislatives, Emmanuel Macron cherche à rallier à son camp 41 députés, qu’il pourrait piocher au sein d’élus non-inscrits, « esseulés » ou susceptibles de se détacher de leur groupe actuel. Au sein de LR, deux lignes semblent coexister pour l’instant, l’une se voulant constructive et plus pro-Macron, ouverte à la coalition, l’autre plus opposée au président de la République et souhaitant rester au sein de l’opposition. A quel point existe-t-il actuellement une véritable fracture entre ces deux pans de la famille Les Républicains ?  

Christophe Boutin : La fracture est peut-être plus limitée que vous ne le dites, en ce sens qu’aucune de ces deux lignes ne souhaite une opposition systématique à la politique d’Emmanuel Macron. Même celle qui entend rester en effet en dehors de la grande coalition proposée par le président de la République envisage ici une « opposition constructive », ou une « opposition utile », c’est-à-dire un examen au cas par cas des textes qui seront proposés, et le vote, avec la majorité présidentielle, de textes qui recueilleront l’assentiment de tous sur un consensus.

Philippe d’Iribarne : Une bonne partie des Républicains a déjà rejoint Emmanuel Macron en 2017. D’autres viennent de la faire. Apparemment, ceux qui sont plus ou moins tentés de sauter le pas à leur tour hésitent encore. Ils paraissent constituer une nébuleuse, avec des degrés divers d’hésitation, plus qu’un véritable courant. Par contre un vrai courant est décidé à résister. Entre cette nébuleuse et ce courant une ligne de fracture existe mais elle ne paraît pas nette.

Quelle est, dans la situation actuelle, la part de divergence tactique sur la meilleure stratégie à adopter pour peser ? Et notamment pour s’imposer en 2027 ? 

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Christophe Boutin : Pour peser, il n’y a pas énormément de divergences tactiques en la matière. Peser ici, c’est savoir à la fois s’opposer à certains textes, le faire de manière médiatique pour bien montrer que l’on existe de manière indépendante – et cela d’ailleurs que le parti des Républicains accepte de se fondre dans une coalition élargie ou qu’il reste, comme cela semble être le cas, à l’extérieur de cette coalition. Peser, c’est aussi, par des amendements, par des négociations, arriver à faire évoluer le sens des textes pour démontrer aux citoyens que le parlement retrouve en quelque sorte son pouvoir et son rôle, ce qui pourrait ne pas déplaire à une bonne partie de l’électorat. Reste dans ce cadre à se démarquer aussi des autres formations présentes à la chambre à la fois plus nombreuses et plus idéologiquement différentes d’Ensemble, NUPES ou le RN, sans avoir l’air de procéder à la simple validation des propositions de la majorité présidentielle.

Mais c’est effectivement un élément important que le choix tactique pour 2027, car, comme on le sait, le président de la République ne peut faire maintenant que deux mandats de suite, et donc – à moins d’une révision constitutionnelle – qu’Emmanuel Macron quittera le pouvoir en 2027. Dans ce cadre, la question est effectivement de savoir comment prendre date pour présenter en 2027 une candidature qui ne réédite pas l’effondrement qu’a connu cette année Valérie Pécresse.

Mais que sera en 2027 une candidature crédible de droite ? Vaut-il faut-il mieux faire partie d’une très large coalition qui ait gouverné pendant cinq ans, qui ait même réussi, pourquoi pas, à marginaliser, à droite et à gauche, les extrêmes ? Un candidat issu des Républicains intégré dans cette coalition pourrait alors être le champion de l’ensemble – sinon d’Ensemble – en 2027, mais cette place n’est-elle pas déjà très largement préemptée par Édouard Philippe et Horizons ?

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Ne vaut-il pas mieux alors rester en dehors de cette grande coalition, dans une « opposition constructive », voter, au cas par cas, les textes que l’on estime corrects – notamment ceux touchant à l’économie et à l’Union européenne – mais en manifestant aussi une position claire à certaines dérives sociétales qui hérissent ses électeurs ? Il est vraisemblable que ces deux tactiques s’opposent actuellement au sein des Républicains, une dichotomie qui retrouve partiellement au moins un clivage idéologique.

Philippe d’Iribarne : La perspective de 2027 parait effectivement tenir une grande place.

Quel pari faire sur la situation qui régnera alors ? Le « et en même temps » unissant fermement d’un côté une partie de la droite attachée à la mondialisation libérale et voulant adapter la société française à cette mondialisation et de l’autre une partie de la gauche centrée sur la défense des droits des « minorités »  paraît tellement lié à la personne d’Emmanuel Macron qu’il est douteux que cette union perdure au-delà du départ de ce dernier de la scène politique. On peut s’attendre à ce qu’une recomposition se produise à droite, autour d’une alliance entre le Modem, Horizons (le groupe d’Edouard Philippe) et les Républicains. Le représentant de ce groupe paraît avoir de bonnes chances d’être en finale de l’élection présidentielle contre un adversaire venant du Rassemblement national. Il paraît en effet fort douteux, quand on voit le niveau des tensions actuel au sein de la NUPES, que l’extrême gauche arrive en 2027 à avoir un candidat commun avec les socialistes et avec les Verts (qui seront sans doute renforcés les uns et les autres par les héritiers de l’aile gauche de la Macronie devenus orphelins). Une présence de la gauche au second tour paraît donc fort peu probable.

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Dès lors, deux questions stratégiques se posent à la droite : qui va la représenter en 2027 à l’élection présidentielle et quelle position doit-elle prendre pour avoir le plus de chances de l’emporter ? Edouard Philippe paraît être celui qui a la plus forte stature présidentielle. On peut l’imaginer menant une droite qui reste attachée à la mondialisation libérale et est plutôt ouverte, même si c’est avec un bémol par rapport au précédent quinquennat, aux attentes d’une gauche championne des « minorités ». On peut attendre d’une telle droite une attitude très coopérative envers le Président de la République au cours du quinquennat qui commence. Le risque est alors pour elle d’incarner de manière trop visible le parti des électeurs âgés des beaux quartiers et de perdre au second tour des présidentielles de 2027 face à un candidat « patriote », celui-ci ayant rallié à sa cause la partie du LR qui lui est la plus proche. Une autre voie, sans doute plus prometteuse électoralement, conduirait au contraire à donner quelques gages au camp « patriote », sans s’en rapprocher ouvertement, et à être dans une attitude beaucoup plus offensive à l’égard du Président de la République au cours de ce nouveau quinquennat. Mais on ne voit pas trop quelle personnalité avec une forte stature présidentielle pourrait incarner un tel courant en 2027. 

Quelle est au contraire la part de véritable divergence idéologique ? D’ADN différent entre ces deux franges de la droite ? 

Christophe Boutin : Cette différence idéologique, rappelons-le une nouvelle fois ici, est un héritage de la fusion entre gaullistes et centristes – faite très largement au profit idéologique de ces derniers.

Certes il y avait là encore une raison tactique : la fusion du RPR et de l’UDF devait donner le grand parti de droite à même de s’opposer à un PS qui avait réduit le PC à la marginalité et plus ou moins phagocyté les Verts, dans un bipartisme à la française qui faisait rêver certains auteurs. Cela n’a pas empêché des contradictions fortes : on le voit bien actuellement à gauche, avec un PS qui éclate et des Verts qui se sentent finalement plus de gauche que de centre-gauche, et on a eu le même fractionnement à droite de manière rigoureusement identique, qui s’est traduit, d’une part, par le ralliement du Modem et des centristes, mais aussi d’élus des Républicains à Emmanuel Macron en 2017, et d’autre part, à d’autres ralliements plus limités en 2022.

Il est vrai qu’il y a chez les Républicains une tendance progressiste, clairement assumée comme telle par exemple par Valérie Pécresse, et une tendance que l’on pourrait qualifier de conservatrice, ou, a minima, de nationale en ce qu’elle s’oppose au fédéralisme de l’Union européenne, et symbolisée par exemple par Julien Aubert. Et l’on comprend qu’il est très difficile d’arriver à fédérer ces deux branches, la nationale et la supranationale, celle qui estime que doit primer la souveraineté politique du peuple et celle qui ne veut connaître que l’État de droit juridique, celle qui estime qu’il ne faut pas faire table rase du passé et éviter de toucher aux principes de nos sociétés, et celle qui, au contraire – à part quand il s’agit de protéger ses intérêts économiques -, souscrit à toutes les outrances modernistes woke.

Philippe d’Iribarne : Bien sûr, ces divergences tactiques sont intimement liées à des divergences idéologiques. Il est éclairant, à cet égard, de reprendre la distinction classique, élaborée par René Rémond, entre trois droites, orléaniste, légitimiste et bonapartiste. La droite actuelle paraît marquée par un fort clivage entre les deux premières. La droite orléaniste est attachée à la prospérité des affaires – rappelons le slogan de Guizot, « enrichissez-vous ». Elle se voit comme attachée au progrès, et au premier chef au progrès économique, condition pour elle de tout progrès social. Elle est libérale, tout en appréciant que l’Etat prenne des mesures favorables aux entreprises. Elle est plutôt ouverte à la « diversité » et porte en particulier un regard plutôt positif sur l’islam. Les tenants de cette droite, tels Didier Lemaire ou Edouard Philippe, ont rejoint en masse Emmanuel Macron en 2017 et ceux qui sont restés au sein des Républicains y sont maintenant minoritaires. A l’opposé, la droite légitimiste est attachée à la continuité historique d’une civilisation, à la force des familles dans une vision classique de celles-ci, au rôle de l’école dans la transmission d’un patrimoine mémoriel. Cette droite est peu ouverte à la « diversité » et est en particulier fort réservée par rapport à l’islam. François-Xavier Bellamy en est un parfait représentant et on y trouve aussi Laurent Wauqiez. Pour elle, il est très difficile de rallier Emmanuel Macron, tant celui-ci incarne la vision de la droite orléaniste alors qu’elle juge celle-ci engagée dans un chemin mortifère.

Qu’est-ce qui est le facteur le plus explicatif des contradictions actuelles de LR ? Les deux tendances qui clivent actuellement LR sont-elles irréconciliables ?

Christophe Boutin : On pourrait dire qu’elles ne sont pas irréconciliables, puisqu’elles ont vécu ensemble depuis maintenant quelques décennies : depuis la fusion des centristes et des gaullistes, mais déjà avant, au sein du parti gaulliste, entre ceux qui continuaient à se montrer très réservés sur l’intégration dans l’Union européenne et ceux qui avait définitivement cédé aux sirènes européistes. Pour autant, ces clivages n’ont jamais conduit à l’éclatement de la maison commune : il y eut des départs remarqués en 2017, mais les deux lignes ont continué à coexister, sans que jamais il n’y ait une tentative de redéfinition du corpus idéologique.

Elles ont coexisté parce qu’il a semblé aux élus que c’était la meilleure formule pour continuer à l’être, la meilleure pour bénéficier d’une surface politique suffisante, en espérant que les électeurs, notamment lors des élections locales – et finalement on peut se demander si les élections législatives, avec leurs petites circonscriptions, ne ressemblent pas parfois aussi à des élections locales – continueraient de voter pour les sortants sans véritablement se poser la question de la ligne idéologique.

On a peut-être atteint les limites de ce choix tactique, du moins si l’on n’en juge, d’une part, par le score de Valérie Pécresse à l’élection présidentielle, mais d’autre part aussi, par ce qu’il faut bien appeler la débâcle de ce parti aux législatives, où il ne conserve une partie de ses sièges que grâce à l’enracinement personnel de certains candidats, et non par un vote de soutien à une ligne politique qui n’existe pas, ou qui n’existe plus.

Philippe d’Iribarne : Les aspects tactiques et idéologiques sont intimement liés. Adopter une position tactique contraire à sa position idéologique est difficile à tenir et donne aux électeurs l’impression d’un double jeu. On l’a bien vu avec Valérie Pécresse. Celle-ci penche par conviction du côté de la droite orléaniste, ce qui l’a conduit à quitter le LR au moment où François-Xavier Bellamy a été sa tête de liste aux élections européennes. Mais, lors de l’élection présidentielle, elle a pris dans sa campagne, compte-tenu du score réalisé par Eric Ciotti, une position relativement proche d’une droite légitimiste. Elle a donné l’impression de ne pas savoir ce qu’elle voulait. Les courants en question peuvent bien sûr conclure des alliances tactiques, comme l’ont fait les partis qui ont formé la NUPES, mais sur le fond ils restent irréconciliables.

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