[Témoignage] Un professeur : « Visuellement, c’est l’Afghanistan. Juridiquement, c’est inattaquable »

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Iris Bridier 24 juin 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

 

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Un professeur de Lettres de l’académie d’Orléans a accepté de témoigner anonymement d’une réalité qui n’émerge que timidement dans les médias : la manifestation visuelle d’une présence de l’islam dans les établissements scolaires…

Iris Bridier : Avez-vous pu constater dans votre classe ou votre établissement l’apparition de tenues islamiques ?

J’enseigne depuis une quinzaine d’années dans un gros lycée général et technologique, socialement très divers. Nous avons beaucoup d’élèves musulmans mais, jusqu’à présent, le marqueur communautaire était éventuellement le prénom. Rien ne permettait de dire : cet élève est musulman. Et cette année, en quelques mois, nous avons vu apparaître un islam « visible ».

I. B. : Vous voulez dire des élèves voilées ?

J’entends, dans tous les médias, qu’on parle du voile et qu’on règle la question en disant : de toute façon, c’est interdit à l’école. Alors, laissez-moi vous raconter ce qui se passe. Je l’ai vécu dans une de mes classes et le même phénomène s’est produit dans six autres de mon établissement. Deux élèves se présentent en cours avec une capuche. Je leur demande de l’ôter. Elles obtempèrent et je découvre que, sous la capuche, elles portent un foulard très serré qui couvre leur chevelure. Je leur demande donc d’enlever « tout ce qu’elles ont sur la tête, même ce qui est sous la capuche ».

I. B. : Quelle est leur réaction ?

Elles le font sans rien dire, mais lentement car le tissu est maintenu par de nombreuses épingles à cheveux. C’est un prosélytisme silencieux ; elles se contentent d’attirer l’attention sur elles. Je précise que ce sont plutôt de bonnes élèves et qu’elles n’ont jamais posé de problème de discipline. Comme je les apprécie, je suis surpris et déçu, mais je n’en laisse rien paraître ; je suis surtout heureux qu’elles ne cherchent pas à provoquer un esclandre. Ce petit jeu se répétant à chaque cours, mes collègues et moi signalons le fait aux conseillers principaux d’éducation.

I. B. : Avez-vous été soutenus dans cette démarche ?

Les élèves ont été convoquées par le proviseur, avec leurs parents. Elles ont sagement écouté le rappel à l’ordre qui leur a été adressé. Elles ont assuré qu’elles ne cherchaient pas à enfreindre les règles de la laïcité et elles ont promis qu’elles ne porteraient plus le voile.

I. B. : Mais alors, tout va bien ?

Le lendemain, elles sont revenues avec un large bandeau noir porté bas sur le front, un masque Covid noir et une robe à bretelles noire sur un tee-shirt à manches longues noir. Visuellement, c’est l’Afghanistan. Juridiquement, c’est inattaquable. Le proviseur a prévenu le préfet et appelé les autres proviseurs de l’académie : le même scénario a été observé dans plusieurs autres établissements.

I. B. : On parle aussi des abayas…

Tout à fait : il y a celles qui tentent la tenue complète, comme je vous l’ai décrite. Une dizaine dans mon établissement de 1.500 élèves. Et il y a toutes celles que cela a décomplexées (ou complexées, justement…) et qui osent l’abaya ; elles sont beaucoup plus nombreuses. Ce vêtement typique des pays islamiques existe sous plusieurs formes. Celles que portent mes élèves ressemblent à des peignoirs de soie. Elles la portent souvent ouverte sur une tenue très à la mode, parfois un décolleté plongeant ou un petit haut si dénudé qu’il évoque une pièce de lingerie, et un jean troué en bas. L’abaya n’est donc pas le point d’aboutissement d’une radicalisation ; avant d’être un signe d’adhésion à une doctrine religieuse, c’est un signe d’appartenance communautaire, la manifestation visuelle d’une présence de l’islam, une démonstration de force, donc. Et un signe de solidarité envers celles qui portent une tenue plus islamiquement orthodoxe.

I. B. : Que pensez-vous de la récente intervention du nouveau Ministre de l’éducation nationale sur ce sujet ?

Il réagissait à la note du Renseignement territorial qui évaluait à 144 le nombre de cas problématiques à l’échelle nationale. Je vais citer une collègue : « 144 ? C’est le nombre de cas dans notre lycée, non ? » Elle plaisante à peine. En réalité, un cas, c’est déjà trop. Et le temps que l’on évalue l’ampleur du phénomène, comme le souhaite Pap Ndiaye, le chiffre de 144 aura plus que triplé. Ce sera trop tard.

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