Heureux comme un agresseur en France…

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Arnaud Florac 30 juin 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

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Avez-vous vu le film The Boondock Saints (1999) ? Vous devriez. C’est l’histoire de deux frères d’origine irlandaise, habitant à Boston, catholiques comme il se doit. Ils travaillent dans une pêcherie et habitent dans un appartement miteux. Un jour, à la messe, le curé fait un sermon qui les marque : « Nous devons tous craindre les méchants. Mais il y a quelque chose de pire, que nous devons craindre plus encore : c’est l’indifférence des bons. » À partir de cette illumination, les deux frangins décident de débarrasser la ville de ses plus sordides criminels, avec beaucoup de bonne volonté, un chapelet autour du cou et en récitant des prières.

Je n’incite personne à la violence, et il est impossible de se faire justice sous nos latitudes. Toutefois, oui, le curé des Boondock Saints a raison : pire que la mauvaiseté des méchants, il y a l’indifférence des bons. La violoniste suisse Julie Berthollet, qui joua naguère au profit des migrants, a été victime, cette semaine, d’une agression sauvage dans le métro. Personne n’a bougé. Personne n’a levé la tête. Soudainement passionnés par le sudoku de 20 Minutes, les ectoplasmes de la république individualiste se sont laissés couler dans la lâcheté bienheureuse. « Il avait un couteau », indiquera sobrement, sans un mot d’excuse, l’un des témoins de la scène. Depuis, la violoniste qui aimait tant la France pense se réinstaller dans le canton de Vaud, en Suisse. Elle se dit « pas de taille » à affronter l’agressivité et la violence de Paris. On la comprend.

Ce jeudi 30 juin, c’était l’heure du verdict pour Bamdad Amin, jugé à Évry pour deux viols et une agression sexuelle. La cour l’a reconnu coupable de tous les chefs d’accusation et condamné à six ans de prison, dont deux ferme, avec aménagement de peine. En d’autres termes, Bamdad Amin ne mettra pas un pied en prison. L’une de ses victimes a témoigné à la sortie du tribunal, encore sous le choc. Le motif d’une telle clémence ? Le coupable est père d’une petite fille et la cour ne souhaite pas briser la vie d’un enfant. Qu’un prédateur brise la vie de trois jeunes femmes, va, mais qu’on le sépare de sa fille, ce serait monstrueux… Comprenne qui pourra. Quand ce brave homme reviendra devant la Justice – parce qu’il y reviendra -, il sera trop tard pour pavoiser. Il aura détruit plusieurs autres corps et plusieurs autres vies. C’est comme ça.

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Les Juifs d’Europe centrale, à l’époque où ils ne se faisaient pas frapper ou insulter dans les rues de la banlieue parisienne où ils passaient profiter des joies de la Ville Lumière, avaient un proverbe : « Heureux comme Dieu en France. » Dieu est-il toujours heureux en France ? La France est-elle toujours, objectivement, belle aux yeux de Dieu ? Telle n’est pas la question de cet article. Ce proverbe devrait en tout cas être légèrement amendé : ce sont les agresseurs qui sont heureux en France, et les victimes qui prennent en pleine figure leur impunité totale, comme un crachat supplémentaire après ce qu’elles ont vécu. Pas étonnant qu’on glorifie les victimes dans un monde qui ne châtie pas les coupables et ne récompense pas les héros. Il faudra nous interroger collectivement, un jour, sur l’ambivalente figure du migrant isolé, véritable pharmakon des temps modernes, à la fois mal pour le peuple et remède pour les bobos, victime selon les médias mais bourreau dans l’ordre des faits.

En attendant, toute notre sympathie à ces personnes que le système ne protège plus, ne protégera jamais plus. Elles sont sorties du champ de vision de la « Justice » et de la morale commune. Tant pis pour l’idée que nous nous faisons de notre pays.

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