«Vingt ans de “Bloc-notes”, au plus près du réel»: les adieux d’Ivan Rioufol aux lecteurs du Figaro

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Par Ivan Rioufol. LE FIGARO

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Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – La retraite arrivant, notre chroniqueur a choisi de laisser la place. Il fait le bilan de ces nombreuses années à être «le photographe et le commentateur des soubresauts de la société».

«Qui osera chambouler notre société bloquée?» : je posais la question le 29 mars 2002, ouvrant mon premier «Bloc-notes». Vingt ans plus tard, je me suis persuadé de la réponse: seuls les Français excédés, enfin entendus et respectés, feront bouger un Système déconnecté des réalités, coupé des gens, ne produisant plus d’idées. «L’acteur principal est le peuple (…) Le meilleur est en dessous», écrivait Michelet à propos de la Révolution française. C’est ce monde des oubliés et des modestes qui m’a inspiré, bien davantage que les flambards et les donneurs de leçons. «Pour trouver la vérité, il faut tourner le dos à la multitude», écrivait le vieux Fontenelle. Ce conseil aura guidé mes chroniques hebdomadaires, emplies de «petits faits vrais» et de morceaux d’histoire vivante. La retraite arrivant, j’ai choisi de laisser la place. Voici mon dernier «Bloc-notes».

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«Seize ans, c’est un âge avancé pour une chronique», estimait mon illustre prédécesseur, François Mauriac, dans un de ses «Bloc-notes» du Figaro littéraire de 1968. L’académicien allait tenir son rendez-vous jusqu’à sa mort, en 1970. C’est à lui, Prix Nobel de littérature, que revient cette formule journalistique lancée en 1952, année de ma naissance. Il expliquait, le 31 octobre 1969: «J’ai ouvert ce “Bloc-notes” (certes plein de moi-même) à l’histoire en train de se faire». À mon niveau, j’ai tâché d’être le photographe et le commentateur des soubresauts de la société, en mettant mes pas dans ceux de Max Clos, à qui j’ai succédé en 2002. L’ancien directeur de la rédaction avait relancé le «Bloc-notes» en 1988, pour le tenir jusqu’au bout de sa vie. Yves de Chaisemartin, alors patron du Figaro, m’avait offert la relève à deux conditions: «Vous restez vous-même, et vous êtes dégagé de la ligne éditoriale.» Ma reconnaissance est immense.La révolution du réel, dont ces chroniques ont voulu se faire l’écho, est enclenchée. Elle est appelée à balayer bien des impostures et mensonges

Ma totale liberté de ton aura été protégée et défendue par toutes les directions successives du journal, que je remercie. Ce précieux statut m’aura valu, comme à d’autres estampillés «réacs», les caricatures, mises au ban, morsures de la meute. J’ai pu vérifier la remarque de Montherlant: «Les amis de la vérité n’ont pas d’amis.» Cependant, je pars sans avoir à renier mes analyses, libérées des interdits du politiquement correct et de la pesanteur de la copie conforme. Schopenhauer dit ce que j’observe: «Toute vérité franchit trois étapes: tout d’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence.» Nous y sommes: oui, l’immigration massive déstabilise la société ; oui, l’islam politique menace la nation ; oui, la France surendettée est devenue fragile.

La révolution du réel, dont ces chroniques ont voulu se faire l’écho, est enclenchée. Elle est appelée à balayer bien des impostures et mensonges. Mardi, sur RTL, Gérald Darmanin a admis, évoquant les violences au Stade de France lors de la finale de la Ligue des champions, la responsabilité de «la délinquance en Seine-Saint-Denis». Le 1er juin, auditionné par le Sénat, le ministre de l’Intérieur avait désigné comme coupables les supporteurs britanniques, assumant un mensonge d’État. Il avait reproché à la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio (LR) d’évoquer des «liens très nauséabonds» pour avoir nommé les voyous locaux. Il lui reste à reconnaître le lien, qu’il conteste, entre insécurité et immigration. Le 24 juin à Oslo (Norvège), c’est un islamiste d’origine iranienne qui a ouvert le feu près d’un bar gay (deux morts).

Croyances désespérées

La France abîmée n’est pas tirée d’affaire. Les idéologues, s’ils s’inquiètent du réveil des parias et de l’entêtement des faits, n’entendent pas céder leur place. Du moins se montrent-ils, par leur enfantillage à vouloir nier le réel, dans leurs croyances désespérées. Le chef de l’État, qui cherche à élargir sa majorité réduite par les législatives, a écarté tout accord avec LFI et le RN car «ces formations ne s’inscrivent pas comme des partis de gouvernement». Ces mouvements n’auraient certes jamais rejoint le pôle présidentiel ; les Républicains non plus n’ont pas accepté de soutenir un macronisme désavoué. Cependant, il n’appartient pas au «président de tous les Français» d’exclure des citoyens qu’il juge infréquentables. D’autant que LFI et RN représentent peu ou prou la moitié de l’électorat. C’est une partie de la France, celle qui se réveille, que Macron choisit de rejeter dans un mépris de classe.

Quand le ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, estime, dans Le Parisiendimanche: «L’heure est grave», ce n’est pas pour s’alarmer de la déculturation à l’École ni de son infiltration par le militantisme diversitaire. C’est pour réaffirmer «qu’il n’y a pas de compromis à avoir avec le FN». Dans le même temps, il annonce vouloir intégrer dans les programmes «les thématiques liées au réchauffement climatique», et il tweete, en appui à la Marche des fiertés LGBT+ de Paris: «(…) L’Éducation nationale en première ligne pour la lutte contre les LGBT phobies.» La Rééducation nationale, façon Ndiaye, s’annonce comme la continuité de la barbarie moderne, perpétuant la fabrique de consommateurs crétinisés.

À LIRE AUSSIPierre-André Taguieff: «Pap Ndiaye a inventé le ‘‘wokisme de salon’’»

Ce monde faux n’est pas fait pour tenir encore longtemps. Rien n’est plus pensé rationnellement. Après avoir fermé la centrale nucléaire de Fessenheim au nom de l’écologisme, le pouvoir relance les polluantes centrales à charbon de Saint-Avold et Cordemais pour pallier la crise énergétique ouverte par les sanctions européennes contre la Russie. Dans le même temps, la macronie trouve urgent d’inscrire dans la Constitution le droit à l’avortement, au prétexte que la Cour suprême des États-Unis, rompant avec le pouvoir des juges, vient de déléguer à chaque État la liberté de statuer sur ce sujet délicat.

Quant à la justice française, qui a rendu mercredi son verdict, elle aura durant neuf mois fait le procès minutieux des attentats du 13 novembre 2015 (132 morts, plus de 400 blessés), en se gardant de remonter au Coran pris à la lettre, cette source complice des appels au meurtre des mécréants. Dernière nouvelle: le passe vaccinal, qui n’a servi à rien sinon à réduire les libertés individuelles, pourrait être rétabli aux frontières par l’hygiénisme d’État et le panurgisme mimétique. Sans moi.

Au revoir

À mes chers lecteurs: je quitte Le Figaro, mais je maintiens mon blog (blogrioufol.com), ouvert à tous. Je serai à nouveau, à la rentrée, sur CNews, notamment pour mon émission dominicale, «Face à Rioufol». Au revoir.


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