Emmanuel Macron face au vertige du second quinquennat

Par Olivier Faye. LE MONDE. 2 juillet 2022

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FACTUELPlus de deux mois après la présidentielle, la phase d’incertitude que traverse le chef de l’Etat n’en finit pas de durer. Indécis et attentiste, il surprend jusqu’à ses proches et il est désormais contraint aux compromis par sa majorité relative à l’Assemblée nationale.

Il fait grand jour dehors, mais les rideaux ont été tirés, obligeant les huissiers de l’Elysée à allumer les lustres qui pendent au plafond du salon Napoléon-III. Pas très écolo, alors qu’Emmanuel Macron reçoit une dizaine d’experts du climat en cet après-midi du 7 mai. Le chef de l’Etat a été réélu il y a treize jours, à l’issue d’une campagne courte et d’un quinquennat où chaque année en paraissait le double. Il est fatigué. « On est tous fatigués », soupire-t-il devant ses proches, dans un amalgame entre son état d’esprit personnel et celui du pays.

« Je vous écoute », lance Emmanuel Macron à ses interlocuteurs. Le président de la République n’a pas très envie de parler ; tout a déjà été dit dans son discours de Marseille, trois semaines plus tôt, dans lequel il promettait d’ériger la France en « grande nation écologique ». Il prend des notes. Autour de la table, certains se demandent si leur contribution va nourrir de futurs éléments de langage présidentiels, ou s’ils participent d’un travail sérieux. Leur hôte, en tout cas, ne manque pas de partager des photos de leur rencontre avec les huit millions d’abonnés de son compte Twitter.Emmanuel Macron donne un meeting dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, à Marseille, le 16 avril 2022.
 Emmanuel Macron donne un meeting dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, à Marseille, le 16 avril 2022.  JEAN-CLAUDE COUTAUSSE POUR « LE MONDE »

Une semaine plus tard, les convives recevront un compte rendu de la réunion, avec la désagréable impression que la trame était écrite avant qu’ils ne mettent un pied au palais. Depuis, plus rien. Le père du slogan « Make Our Planet Great Again » est attendu au tournant, après avoir beaucoup déçu. « Je lui ai demandé comment il comptait rattraper le retard sur les énergies renouvelables ; pas de réaction, il n’était pas là pour échanger, regrette le climatologue Jean Jouzel. A un moment, j’aimerais que les décideurs politiques tiennent leurs promesses. »

Ce cri du cœur, Emmanuel Macron en avait pourtant fait le moteur de son engagement. « Pour moi, l’action et la réalisation comptent seules. Sans cela, cette vie politique est indigne », écrivait-il, en 2016, dans son livre Révolution (XO). La crise des « gilets jaunes », l’épidémie due au Covid-19, puis la guerre en Ukraine ont émoussé cette bravade de jeunesse. Le chevalier de la « transformation »s’est transformé en gestionnaire de tempêtes. Avec assez de talent pour être réélu, le 24 avril.

Depuis, le doute s’est installé sur sa volonté de retrouver une posture réformatrice. Veut-il agir ?, se demandent ses propres partisans. Le peut-il ?, s’interrogent les autres, maintenant que les électeurs lui ont accordé une simple majorité relative à l’Assemblée nationale.Lire le récit :Article réservé à nos abonnés  A l’Assemblée nationale, les députés de la coalition présidentielle veulent faire d’un échec une aubaine

« Hébété », « bloqué », « absent »

Plus de deux mois se sont écoulés depuis la présidentielle, mais pas une ligne du projet présenté aux Français n’a pour l’instant trouvé de traduction concrète, même au stade de l’ébauche. La direction tracée pendant la campagne paraît brouillée, à force de signaux contradictoires. Si bien que les compagnons de route du chef de l’Etat assurent ne pas le reconnaître. Ils le trouvent « hébété »« bloqué »« absent », ou victime d’un « trou d’air ».

La victoire n’avait pas de souffle, certes, avec une extrême droite en progression, tout comme l’abstention, mais il aurait pu tirer des bords pour essayer de trouver des vents portants.

Son entrée tardive dans la campagne, déjà, avait interrogé ses troupes sur sa motivation, autant qu’elle ulcérait ses opposants, qui lui reprochaient une suffisance à peine dissimulée. Cette attitude trahissait surtout la mentalité d’un favori soucieux de gérer l’avance acquise sur ses adversaires. Emmanuel Macron n’a jamais cru au risque d’une victoire de Marine Le Pen, assure aujourd’hui un proche. Au soir du premier tour, son entourage avait simplement alerté sur le danger de l’extrême droite afin de réintroduire de l’enjeu.

Trois jours plus tard, le 13 avril, le président candidat se rend à La Rotonde pour dîner en tête à tête avec son épouse, Brigitte, qui fête son anniversaire. Il sort tout juste d’une interview sur le plateau de TF1. Le patron leur a réservé la table au fond de la salle, dans le coin, au rez-de-chaussée. C’est dans ce restaurant du quartier Montparnasse que la victoire de 2017 avait été célébrée avec ses supporteurs, avant même le second tour. Bernard Poignant, son ancien voisin de bureau à l’Elysée du temps de François Hollande, dîne à l’étage. Il descend saluer son ex-collègue, qu’il trouve « serein, confiant et détendu ». La réélection approche.

L’heureux vainqueur aborde son nouveau quinquennat avec une volonté : « tuer » Jupiter, ce double synonyme d’arrogance, qui ternit son image depuis cinq ans. La confiance en soi n’exclut pas le réalisme. Emmanuel Macron a vu et entendu dans ses déplacements le rejet qu’il suscite parmi les classes populaires. Il sait qu’il ne pourra pas réformer « à la cavalcade » une France fracturée, qui a exprimé « un message anti-élites », selon son premier ministre, Jean Castex, en offrant 41,45 % des suffrages à Marine Le Pen.

De nombreux électeurs l’ont simplement choisi pour faire barrage à la candidate du Rassemblement national. « Ce ne sont pas des voix uniquement pour le projet d’Emmanuel Macron, prévient Nicolas Revel, directeur du cabinet de M. Castex, au soir du second tour, devant une caméra de France 2. Ce n’est pas un pays qui va bien, il faut intégrer ça. »

« Nouvelle méthode »

Le président de la République assure avoir compris le message. Fort de sa légitimité renouvelée, il prétend inventer une « nouvelle méthode » de gouvernement, plus collaborative, en particulier avec les corps intermédiaires. Ce qui justifie de prendre son temps, y compris dans la constitution du gouvernement. Après tout, le pays est « fatigué » ; il ne faut pas embêter les Français avec la politique, défend-on au sommet de l’Etat.

« Sur les marchés, les gens font des détours pour nous échapper avec nos tracts, peu importe le parti », justifie la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, alors candidate aux élections législatives. Drôle de signal, au moment où l’on jure vouloir davantage associer les Français aux décisions.

A Matignon, les cartons de déménagement s’amoncellent dans les bureaux. Emmanuel Macron peine à trouver un nouveau locataire qui corresponde à ses attentes. Il y a trop de paramètres à prendre en compte : une femme, qui puisse incarner sa nouvelle méthode, connaisse le fonctionnement de l’Etat et, en même temps, l’intimité de la France. Si son profil, en plus, peut plaire à la gauche, qui s’est montrée décisive lors du second tour, et représente un danger en vue des législatives, l’équation serait résolue.

Le président de la République hésite. Son indécision est devenue proverbiale. Il lui arrive parfois de rappeler ses collaborateurs, quelques minutes après avoir rendu un arbitrage : « Tu peux lancer un sondage, quand même ? » Il essuie aussi des refus. La députée (Parti socialiste) du Tarn-et-Garonne, Valérie Rabault, très appréciée au palais pour sa compétence, affirme publiquement avoir refusé Matignon. Faux, réplique l’Elysée. A minima, le ministère de l’économie ou un poste régalien lui a été proposé par l’intermédiaire du maire de Dijon, François Rebsamen, rallié au camp présidentiel. En vain.

Le 12 mai, le chef de l’Etat reçoit à déjeuner la présidente du Grand Reims, Catherine Vautrin, proche de Nicolas Sarkozy, avec la ferme intention de la nommer première ministre. Il lui confie son souhait de panser les cicatrices du pays afin d’engager les réformes dont il a été privé dans son précédent quinquennat. Une grande élue locale, femme d’expérience : le profil rêvé.

Flou idéologique

L’ancienne ministre de Jacques Chirac, qui a quitté le parti Les Républicains (LR) en 2019, est partante. Elle approuve la volonté d’Emmanuel Macron d’insister sur la valeur travail et la création de richesses ; pas simplement de distribuer des aides sans maîtriser les comptes publics. L’affaire paraît bien engagée. Catherine Vautrin a déjà rencontré, quelques jours plus tôt, le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler. Mais la nouvelle de sa future nomination se répand.

Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, le patron des députés « marcheurs », Christophe Castaner, et le maire de Pau, François Bayrou, ne veulent pas d’un troisième premier ministre de droite, après Edouard Philippe et Jean Castex. Emmanuel Macron cède face à la pression. Le poste échoie à Elisabeth Borne, comme prévu initialement. Une « techno », jamais élue, ancienne collaboratrice des socialistes Lionel Jospin et Ségolène Royal. Un profil à l’opposé de Catherine Vautrin.Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  La « mission impossible » d’Elisabeth Borne, à la recherche d’une majorité absolue

Le gouvernement aura mis un mois à être nommé. Un record. Contrairement à la tradition, aucune photo de famille ne vient immortaliser les visages de la nouvelle équipe. Comme si l’inconscient du chef de l’Etat devinait la précarité de l’attelage.

L’hésitation présidentielle trahit un flou idéologique. Les crises du précédent quinquennat ont sonné la fin de la mondialisation heureuse, dans laquelle Emmanuel Macron rêvait de projeter la France. Ce changement de paradigme suppose de redéfinir un nouvel horizon, qu’il esquisse, par moments, à travers le terme de « souveraineté ». Mais il ne va pas jusqu’à s’attacher à une doctrine claire. Au sein du pouvoir, certains commencent à le comparer à Louis-Philippe Ier : ni l’Ancien Régime ni la Révolution. Mais quoi, alors ? « Il n’a pas fait sa religion sur la manière d’embarquer les choses, note un ministre. Il a du mal à définir ce qu’est la nouvelle aventure. »

La sociologie de l’électorat macroniste, fondée sur les retraités et les classes aisées, impliquerait pourtant d’assumer le virage conservateur impulsé depuis cinq ans. Les zones de force du chef de l’Etat se trouvent dans des territoires qui ont été dominés par la droite pendant des décennies : Hauts-de-Seine, Yvelines, Vendée, Maine-et-Loire… Mais c’est la gauche qui est venue à son secours au second tour. Emmanuel Macron croit toujours dans la formule magique du « en même temps ».Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  « Alors qu’Emmanuel Macron avait théorisé la mort de la politique, celle-ci se rappelle à lui »

Chassés-croisés

Les promesses de campagne se perdent dans la brume, que ce soit les retraites, la réforme du RSA, ou la maîtrise de la dépense publique. Un attentisme qui ouvre la voie à des combats de ligne au sein de l’exécutif. L’aile droite, représentée par les ministres Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, pousse en faveur d’une réduction des dépenses, pendant que l’aile gauche s’inquiète d’un climat social éruptif, sur fond d’inflation.

« Le problème principal est l’absence de visibilité sur le projet d’Emmanuel Macron, ce qu’il veut faire de son mandat. L’enjeu, pour lui, est d’expliciter sa vision », estime l’ancienne ministre Marisol Touraine, qui le soutient. Le jour de son investiture, la socialiste lui glissa, devant les caméras présentes dans la salle des fêtes de l’Elysée : « Tu as les mains libres, tu peux faire ce que tu veux. » « Je lui signifiais qu’il était libre de laisser la trace qu’il voulait, explique-t-elle après coup. Pour moi, la question est de savoir à quel point il veut réorienter à gauche. »Emmanuel Macron et le ministe de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, sont en visite dans l’école Menpenti, située dans le 10ᵉ arrondissement de Marseille, le 2 juin 2022.
 Emmanuel Macron et le ministe de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, sont en visite dans l’école Menpenti, située dans le 10ᵉ arrondissement de Marseille, le 2 juin 2022.  LAURENCE GEAI /MYOP

Un profil symbolise les chassés-croisés présidentiels : Pap Ndiaye, nouveau ministre de l’éducation nationale. L’ancien président du musée de l’histoire de l’immigration est présenté comme un choix de rupture avec Jean-Michel Blanquer en raison de leurs divergences sur la République, la laïcité ou leur rapport à l’extrême droite. Cette dernière a d’ailleurs aussitôt crié au « wokisme » à l’annonce de sa nomination. « Je l’ai fait à dessein », sourit Emmanuel Macron devant ses visiteurs. Joie de la politique politicienne.Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  Pap Ndiaye, le ministre qui veut réconcilier la nation

Avant ça, le chef de l’Etat a longuement reçu Jean-Michel Blanquer pour le rassurer ; le travail accompli pendant cinq ans ne sera pas jeté aux orties, jure-t-il alors. Le président de la République laisse même espérer au banni un retour au gouvernement à plus ou moins brève échéance – l’agrégé de droit public rêve de devenir ministre de la justice. Dans une situation pareille, Emmanuel Macron, séducteur chevronné, a une phrase toute faite : « Les mandats sont longs, on ne sait jamais ce qui peut arriver… » La déroute des législatives est depuis passée par là.

A un mois du premier tour, le locataire de l’Elysée réunit ses candidats à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) pour une séance de coaching à huis clos. « Il n’y a aucun territoire perdu, aucun de gagné. Rien n’est perdu, rien n’est gagné », prévient-il. En réalité, Emmanuel Macron n’imagine pas voir la majorité absolue lui passer sous le nez ; il suffit de mettre son visage sur les affiches. Les Français ont toujours accordé au président nouvellement élu les moyens d’agir.

Des alertes sur le terrain

Sur le terrain, pourtant, de premières alertes résonnent. Dans le Finistère, Richard Ferrand voit certains électeurs fidèles se défiler. « Richard, cette fois-ci, je ne peux pas voter pour toi », lui confie une femme, déçue. Une partie de la gauche, qui s’est sentie trahie par Emmanuel Macron, voit dans la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) l’occasion d’un vote de fierté. Le président du groupe MoDem dans la précédente législature, Patrick Mignola, candidat en Savoie, dresse le même constat. « Christophe Castaner et moi, nous sommes dans des circonscriptions jumelles. On est tous les deux très menacés », confie-t-il à un proche à deux semaines du premier tour. Tous seront battus.

Emmanuel Macron ne veut pas se résoudre à donner un cap clair. La retraite à 65 ans ? « On en parlera après », élude-t-il. Il n’y a bien qu’Alexis Kohler pour estimer qu’une telle réforme se trouve « aux bornes de l’acceptabilité sociale ». La commission transpartisane sur la réforme des institutions ? Elle attendra, elle aussi. L’heure n’est pas venue de se pencher sur le partage des pouvoirs. Tout juste consent-il à évoquer le lancement d’un Conseil national de la refondation (CNR), qui associerait corps intermédiaires, élus et citoyens tirés au sort. Un organe aux contours flous, qui n’est pas voué à devenir une institution. « Le CNR, c’est un esprit », affirme-t-il sans rire aux dirigeants syndicaux.

L’agenda présidentiel, pendant ce temps-là, est accaparé par les obligations internationales. La guerre en Ukraine et la présidence française du Conseil de l’Union européenne dévorent l’énergie de l’exécutif. Emmanuel Macron et son épouse dégagent parfois une soirée pour leurs amis. Le 13 mai, le couple se rend chez Line Renaud le temps d’une petite fête, en toute discrétion. L’ancienne meneuse de revue n’a pas pu, à 93 ans, assister à la cérémonie d’investiture du président réélu, une semaine plus tôt. Excepté la présence des comédiens Guillaume Gallienne et François Cluzet, l’ambiance, ce jour-là, se voulait de toute façon éloignée des strass et des paillettes.Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  La guerre en Ukraine a forcé l’UE à accélérer ses dossiers pendant la présidence française

Le « président nouveau », selon son expression, entend faire « profil bas », explique un proche. Ce virtuose du patinage artistique verbal surprend par la brièveté de ses discours. Des années que Brigitte Macron lui conseille une telle sobriété. « Vous avez vu ? J’ai fait court », se félicite-t-il un soir auprès du producteur de théâtre Jean-Marc Dumontet. « Je ne sais pas s’il a intégré qu’il fallait faire plus concis, mais il se montre plus efficace, estime ce dernier. Il a toujours eu un rapport particulier à l’écriture, voulant séduire, convaincre, emporter l’adhésion. Il est peut-être plus apaisé désormais. » Moins « euphorique », ajoute un autre de ses amis.

Un homme « en fuite »

Ses opposants avancent une autre explication : l’arrogance, encore elle. Son ombre. Celle d’un homme « en fuite », qui ne souhaite pas confronter son programme au jugement des Français et mise simplement sur le rejet des « extrêmes ».

En 1995, le pape de la communication politique, Jacques Pilhan, l’homme des victoires de François Mitterrand et de Jacques Chirac, décryptait dans la revue Le Débat la difficulté pour un responsable public de changer son image. « Lorsqu’une caractéristique forte a été attribuée à quelqu’un, elle ne demande qu’à reparaître, expliquait-il. Si elle est négative, vous passez deux ou trois ans à la gommer, cela réussit, mais il suffit du moindre écart pour la ramener avec la même intensité qu’au départ. Elle était enfouie, elle n’était pas détruite. »

Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron s’applique à lentement désosser son statut d’adversaire numéro un de l’extrême droite. Le 12 juin, dans l’après-midi, l’Elysée fixe la ligne à adopter en cas de duels au second tour des législatives entre la Nupes et le Rassemblement national (RN) : pas de front républicain systématique. Les situations seront appréciées au cas par cas.Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  Du front républicain au « cas par cas » au second tour : comment Emmanuel Macron a évolué face à l’extrême droite

Une trahison, aux yeux de certains fidèles de la première heure, qui ne manquent pas de le faire savoir au principal intéressé. L’Europe et l’opposition au clan Le Pen ne devaient-ils pas représenter les derniers points de repère de l’idéologie macroniste ? Son ancien conseiller spécial, Philippe Grangeon, se fend d’un message. « Entre des populistes racistes et des populistes, on vote pour ces derniers, même en se pinçant le nez », tweete de son côté l’ex-secrétaire d’Etat Cédric O, qui a pris du champ, ces dernières semaines, après avoir accompagné chaque étape de l’ascension d’Emmanuel Macron depuis Bercy.

Les ministres Clément Beaune, Olivier Véran et Pap Ndiaye se récrient, eux aussi. Finalement, l’exécutif adopte le même mot d’ordre que Jean-Luc Mélenchon : « Pas une voix pour le RN. » Plus clair, mais pas plus franc. « Des électeurs m’ont dit être écœurés », raconte un proche du chef de l’Etat.

Précarité

Le désaveu tombe, une semaine plus tard : la majorité ne compte que 250 députés. Il en manque 39 pour faire voter des textes. Olivia Grégoire a beau vanter « une victoire relative », personne n’imaginait un scénario aussi noir, inédit sous la VRépublique. Parmi les battus, qui ont souvent échoué d’un cheveu, les critiques affleurent contre Emmanuel Macron. Il lui est reproché le maintien de Damien Abad au gouvernement, malgré les accusations de viol qui visent le ministre des solidarités. Le fiasco sécuritaire de la finale de la Ligue des champions, au Stade de France, est également pointé du doigt. Les angles morts du Ségur de la santé, qui ont abouti au non-versement de primes à certains professionnels, ont eux aussi coûté cher, selon certains candidats, qui se sont épanchés auprès de l’Elysée.Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  L’ouverture d’une enquête contre Damien Abad fragilise sa position au sein du gouvernement

L’absence du chef de l’Etat, surtout, a été regrettée. Il ne s’est décidé à « sortir » dans les deux dernières semaines de la campagne que sous la pression, une fois encore, de son entourage. Cela n’a pas suffi. Désormais, une partie de la majorité estime ne plus rien devoir à Emmanuel Macron. L’élection de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l’Assemblée nationale, plutôt que Roland Lescure, le favori de l’Elysée, est le symbole de cette quête d’autonomie. Mais le plus dur n’est pas là.Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  Yaël Braun-Pivet entre dans l’histoire comme la première femme élue à la présidence de l’Assemblée nationale

Opposé, hier, aux « compromis imparfaits », le président de la République doit désormais s’y résoudre. Le sort de son quinquennat dépend de la bonne volonté de députés LR, divers gauche ou socialistes, qui voudront bien lui apporter, de temps à autre, leur concours pour approuver ses réformes, jusqu’à ce que la dissolution de l’Assemblée nationale apparaisse comme la seule issue. Son second mandat, assurent ses proches, va enfin démarrer, mercredi 6 juillet, avec le discours de politique générale d’Elisabeth Borne, au lendemain d’un nouveau remaniement du gouvernement. Une femme mise sous pression par Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ou François Bayrou, qui rêvent de la remplacer.Lire aussi :Article réservé à nos abonnés  Entravé par la situation politique, le gouvernement fait face à un risque d’immobilisme

Pour les députés comme les ministres, la précarité est la norme. A l’Elysée, les conseillers attendent eux aussi d’être fixés sur leur sort : leurs contrats ne courent que jusqu’au 15 juillet. Emmanuel Macron, lui, est intouchable. Il a encore cinquante-huit mois pour mettre les clés sur le contact.

Olivier Faye

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