Darmanin, l’adversaire et l’ennemi

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Arnaud Florac 5 juillet 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

 

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Interrogé, ce mardi 5 juillet, par l’élégante Apolline de Malherbe, Gérald Darmanin était venu avec un solide bagage philosophique. La dernière fois que la journaliste l’avait reçu, il avait, on s’en souvient, répondu avec une rare vulgarité « Calmez-vous, Madame, ça va bien se passer ». Portée par plusieurs siècles de fierté, Apolline la bobo était redevenue Madame de Malherbe en une demi-seconde. Droite comme une lame et froide comme la mort, elle avait symboliquement écrabouillé le petit politicard de Roubaix juché sur son arrogance de celui qui a réussi trop vite. Pour le match retour, Gérald, donc, avait plutôt intérêt à assurer.

« Bagage philosophique », donc, puisque Darmanin avait appris une distinction importante : celle qui sépare l’adversaire de l’ennemi. Le ministre a donc probablement lu Carl Schmitt et Julien Freund. Il a potassé ses fiches dans la Vel Satis. Mais bon, que voulez-vous, quand on n’a pas l’habitude, on récite mal. Ainsi, donc, les « adversaires » de la Macronie seraient LR ou le PS, tandis que ses « ennemis » seraient LFI et le RN, qui ne sont, d’après son patron, « pas des partis de gouvernement ». Un adversaire, si on comprend bien la pensée complexe du ministre de l’Intérieur, c’est quelqu’un avec qui on n’est pas d’accord mais avec qui on peut discuter, « au cas par cas »« texte après texte », dit Olivier Véran. Un ennemi, en revanche, c’est quelqu’un qui vous est totalement autre, ontologiquement. Quelqu’un avec qui aucune discussion, aucun compromis n’est possible.

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Darmanin n’est pas allé au fond des choses. Il s’est contenté des éléments de langage. Bruno Le Maire, normalien et germaniste, aurait sans doute fait mieux, mais il a un peu de travail en ce moment. En réalité, nos ennemis comme nos adversaires nous définissent. Ils disent ce que nous sommes, ce qui est pour nous infranchissable, ce dont nous avons peur. Ils sont notre ombre, en quelque sorte, comme aurait dit Carl Jung. Ils doivent être choisis avec soin, disait Nietzsche, car ils nous font grandir. La distinction pédante entre ennemi et adversaire n’a pas vraiment lieu d’être en politique, sauf à considérer que, décidément, nous sommes devenus le pays des accommodements, comme le prince Salina le disait de l’Italie dans Le Guépard. Darmanin dit « adversaire », il veut dire sparring partner [partenaire d’entraînement, NDLR]. Nous sommes entrés dans l’ère du catch politique, surjoué, spectaculaire, plein de coups de menton et de punchlines, mais réglé d’avance et dont les protagonistes sont bons camarades.

Bref ! Outre sa discutable capacité de réflexion, le ministre a également méprisé, dans la plus pure tradition macronienne, des millions d’électeurs – ceux qui ont voté pour les tenants des deuxième et troisième places à la présidentielle, ceux qui ont voté pour les principales forces d’opposition à l’Assemblée nationale. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai, mais cela mériterait peut-être un léger coup d’arrêt. Cette arrogance ne se justifie en aucun cas. Les macroniens ne sont ni plus intelligents, ni meilleurs, ni plus habiles débatteurs, ni meilleurs connaisseurs des dossiers que leurs opposants de LFI ou du RN. Tout ce qui les rend si conscients de leur importance, ces trentenaires en costume trop petit, ces quadras déjà morts de l’intérieur, ces stagiaires d’école de commerce, ces boutiquiers ridicules, c’est leur conviction de représenter le camp de la raison, « le cercle de la raison », dit Alain Minc. C’est de plus en plus léger, de plus en plus fragile. On a l’impression d’être – en exagérant un peu – dans le film La Chute, en pleine fiesta dans le bunker. Que personne ne s’avise de dire à ces dignitaires finissants que, dehors, l’orage gronde et que la défaite s’approche. Ils en mourraient de peur.

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