Borne devant l’Assemblée nationale : un embrouillamini de macronisme sans vertèbre et sans cap

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Marc Baudriller 6 juillet 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

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L’Assemblée nationale était pleine à craquer, cet après-midi du 6 juillet. À gauche, la NUPES hurlante, sans cravate pour les hommes, au centre les macronistes disciplinés applaudissant et se levant comme des soldats de plomb à la parade au discours du Premier ministre Élisabeth Borne, à droite les députés du Rassemblement national, presque discrets.

Chacun joue son rôle, à commencer par Élisabeth Borne, plus macroniste que Macron lui-même, tant sa déclaration de politique générale part dans tous les sens et noie le poisson mieux qu’un pêcheur de gros en haute mer. Une forme de feu d’artifice du 14 Juillet, la magie en moins… On attendait, après cinq ans de barre à gauche et à droite en fonction du vent et après des mois de vacuité gouvernementale – le temps que passent la campagne présidentielle, la nomination (si longue…) d’un gouvernement et enfin le scrutin législatif -, on attendait enfin une colonne vertébrale, un cap, une direction. Une idée de la France, un moyen d’y parvenir. Mais Macron, qu’il prenne le visage et l’accent terroir de Jean Castex ou la voix technocrate d’Élisabeth Borne, reste Macron. Éparpillé, contradictoire, brassant l’idée que tout est dans tout et vice-versa.

On a écouté Élisabeth Borne, après les roulements de tambour, tenter de surmonter tant bien que mal une Assemblée houleuse. Cela avait pourtant bien commencé par une lueur de lucidité sur cette abstention, signe « d’une démocratie malade », sur cette « perte de confiance de la jeunesse » et cette « demande d’action »« Nous ne pouvons pas décevoir », lance Élisabeth Borne. Raté ! C’est parti pour un « en même temps » géant, une forme de voyage dans la gigantesque bulle où évoluent nos macronistes. Borne évoque les angoisses des Français et mentionne tour à tour l’Ukraine, l’épidémie, l’urgence écologique et même… « l’insécurité […] qui brise des vies et des destins ». Le réel affleure parfois, brièvement. Elle revendique ainsi « le courage de dire la vérité aux Français ». Elle veut « redonner un sens au mot compromis ». Cela tombe bien, le vote des Français et la composition de l’Assemblée le lui imposent. Elle cite de Gaulle et Rocard qui, sans majorité à la Chambre, ont malgré tout fait passer de grandes réformes. Sauf que ces deux personnalités savaient où elles allaient. Élisabeth Borne ne sait pas, elle sait seulement comment elle y va : elle veut ouvrir « une nouvelle page, celle des majorités de projets »« Les Français veulent un Parlement et un gouvernement d’action », dit-elle. Mais pour faire quoi ? Mystère. La méthode qui n’en est pas une est claire. Mais le but est absent, quelque part dans les méandres politiciens du cerveau macroniste. Alors, on égraine les mesures comme un infini chapelet : le plafonnement de la hausse des loyers, le chèque alimentation, la lutte contre la fraude, l’équilibre des comptes publics. Elle veut tout, Élisabeth Borne : le retour de la souveraineté et la soumission à l’Europe, l’écologie partout et la relance industrielle, sortir des énergies fossiles et améliorer le pouvoir d’achat, le rétablissement de l’équilibre des comptes que le macronisme a saccagés et la formation d’un million de jeunes « dans les métiers d’avenir dont la moitié dans le numérique ». Tout cela est gentil, très gentil…

Les députés s’en donnent à cœur joie. Lorsqu’elle évoque la revalorisation du travail, on entend un député lancer : « L’eau, ça mouille. » Lorsqu’elle parle d’investir dans le nucléaire, le député LFI François Ruffin hurle sans qu’on distingue ses propos. Les applaudissements et les cris se mêlent à l’annonce de la renationalisation d’EDF. Cela chahute ferme lorsque le Premier ministre explique que « le Covid a fragilisé notre système de soin » et les applaudissements se mêlent aux hurlements de la meute NUPES lorsque Élisabeth Borne dit « sa confiance dans les forces de l’ordre »« Honte à ceux qui attaquent systématiquement nos policiers et nos gendarmes, honte à ceux qui cherchent à dresser les Français contre ceux qui les protègent. » Pour ces mots fermes et bien naturels, les plus charitables pardonneront-ils un peu à Élisabeth Borne ? Ces quelques secondes se prolongent par un mot aux armées devant une partie des députés debout.

Mais voilà, la liste à la Prévert a de quoi décourager les meilleures volontés. Élisabeth Borne n’évite aucun poncif : la « société inclusive » est là, la « cohésion des territoires » aussi, « l’égalité des chances », sans laquelle le politiquement correct ne serait pas ce qu’il est, a droit à son couplet, on n’oublie pas non plus « les violences sexuelles et sexistes » ni l’effrayante « haine en ligne », ni bien sûr la « France fidèle à ses traditions d’asile ». On note scrupuleusement les révolutions qui vont changer la face du pays : oubliez Pôle emploi, il faudra dire désormais France Travail. L’équipe macroniste a repeint la façade. Quant à EDF, l’entreprise a vocation à être nationalisée. Bon. Rien sur l’immigration qui ruine le pays, une soumission absolue à l’Europe… Macron tel qu’en lui-même.

Inspirée, Marine Le Pen n’a aucun mal à mettre des mots, lorsqu’elle monte à la tribune, sur le fatras de cette déclaration de politique générale. « Le pouvoir ne réfléchit plus, il tâtonne, lance-t-elle. Il ne décide plus, il improvise. Il n’agit plus, il titube […] On ne dirige pas un pays dans la disruption obsessionnelle et dans « le même temps » pathologique. La seule certitude qui lui reste, c’est l’illusion de la puissance. » La France repart pour cinq ans de macronisme, le chahut en plus !

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