ENQUÊTE: Covid, secrets d’État – Acte 5 : la « semaine de la mort » 

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ENQUÊTE. Le 6 mars 2020, Emmanuel Macron, au théâtre, appelle à ne pas modifier nos habitudes de sortie. Le 8, une note secrète évoque 160 000 morts sans mesure efficace.

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Publié le 08/07/2022 à 17h00

Les données épidémiologiques en provenance d’Europe, toutes plus cauchemardesques les unes que les autres, parviennent sur le bureau de Matignon. Le 6 mars, Emmanuel Macron se rend au Théâtre Antoine, propriété de son ami Jean-Marc Dumontet, qui tweete le lendemain : « Le président a précisé que, malgré le coronavirus, la vie continuait et qu’il ne fallait pas (sauf pour les populations fragiles) modifier les habitudes de sortie, en suivant les règles d’hygiène ». Deux jours plus tard, dès le 8 mars, une note confidentielle est lue en Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN) : l’hypothèse pessimiste fait état de 160 000 morts avant la fin de la saisonnalité de l’épidémie. Seul un remède de cheval peut permettre d’endiguer le Covid-19.

Pour donner le change, Emmanuel Macron invite une vingtaine de responsables de la santé, de scientifiques et d’industriels à l’Élysée l’après-midi du 5 mars 2020. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, est à sa droite. Malgré les chiffres et les avis d’experts, l’assemblée ne s’accorde pas sur la solution. Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur, se fait le porte-parole des inquiets face aux foyers dans l’Oise et en Alsace. Didier Raoult vante sa potion magique, l’hydroxychloroquine.« Le pays dort. Il a besoin d’un choc », souffle au chef de l’État Jean-François Delfraissy. Le président du Comité consultatif national d’éthique s’impose naturellement comme l’arbitre de la controverse.

Ce vétéran de la lutte contre le sida s’entend bien avec Anne-Marie Armanteras-de Saxcé, la nouvelle conseillère santé de l’Élysée, nommée le 3 mars, après deux mois de vacance du poste. Dans l’intervalle, les questions sanitaires ont donc été suivies par le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, et son adjointe, Anne de Bayser – qui ne sont pas des spécialistes de la question. Le besoin d’un conseil scientifique au Palais pour combler ce déficit de culture sanitaire se fait sentir. Il n’y a pas vraiment de précédent en France, sauf peut-être sous Jacques Chirac avec son « comité Dormont » sur la maladie de la vache folle. Delfraissy et Armanteras s’attèlent dès lors au casting.

Notre enquête Covid, secrets d’État
Acte 1 : une mystérieuse épidémie chinoise
Acte 2 : quand les masques ne servaient à rien
Acte 3 : la drôle de guerre
Acte 4 : la vague que la France n’a pas voulu voir
Acte 5 : la « semaine de la mort » 

La France compte encore moins de 500 cas et seulement 5 morts. Bien qu’en pleine campagne pour les municipales à Paris, Agnès Buzyn, elle, reste obnubilée par la crise sanitaire et continue d’avertir ses anciens camarades du gouvernement, comme plusieurs d’entre eux nous l’ont confié. La candidate est certaine que les élections ne pourront se maintenir et appelle à isoler sans délai les personnes âgées. Dans les antichambres du pouvoir, c’est désormais un bal incessant de réunions et de visiteurs du soir, de conseillers et de ministres qui s’invectivent, scindés en deux camps : alarmistes et « rassuristes », anticonfinements et « enfermistes ». Pour les sceptiques et non-initiés, la surenchère de propositions liberticides semble délirante, motivée par une peur irrationnelle. Pour ceux qui ont compris ce qu’est le Covid, chaque jour supplémentaire d’atermoiements démultiplie le cataclysme. Ces derniers parlent de « semaine de la mort ».

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Des estimations cauchemardesques

Le 8 mars, deux jours après la sortie d’Emmanuel Macron au Théâtre Antoine, Jérôme Salomon lit, devant le Conseil de défense et de sécurité nationale, qui réunit des ministres médusés, une nouvelle note confidentielle. Celle-ci contient plusieurs modélisations réalisées les heures et jours précédents avec le concours de Simon Cauchemez, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, et d’Arnaud Fontanet. « Sans mesure efficace de contrôle », lit-on, on craint une « rapide propagation de l’épidémie ce printemps » et une « population touchée croissante » : 1 000 cas les quinze prochains jours, 100 000 en un mois, dix millions en trois mois.

Le nombre de morts estimé est cauchemardesque : 500 à 1 600 morts en un mois, 5 000 à 16 000 en huit semaines, 50 000 à 160 000 morts avant l’été. L’assistance comprend instantanément que les mesures de freinage ne suffiront plus. Il faudra appliquer un remède de cheval, ralentir brutalement le pays, si ce n’est le confiner – et donc mettre tout en pause séance tenante, à commencer par la réforme des retraites et les municipales…

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« C’est pas un virus qui va nous empêcher de vivre »

Lundi 9 mars. 1 412 cas et 25 morts. Édouard Philippe martèle qu’il n’entend pas reporter les élections. « Ce n’est pas la même chose de reporter le semi-marathon que de reporter des élections. Toucher à la liberté de vote, ce n’est pas le même renoncement, ni le même symbole. En plus, on nous le reprocherait », commente, à l’époque, un de ses proches. « C’est pas un virus qui va nous empêcher de vivre », dit souvent, en privé, le Premier ministre, qui cherche un équilibre entre « freiner » l’épidémie et bloquer le pays. L’Élysée est sur la même ligne.

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11 mars. 2 281 cas et 48 morts. Olivier Véran crée le conseil scientifique. L’OMS, un mois et demi après le confinement de Wuhan, déclare la pandémie.

L’État aidera, « quoi qu’il en coûte »

12 mars. 2 876 cas et 61 morts. Le président de la République doit tenir le soir même une allocution solennelle, les rumeurs les plus folles circulent : Macron va s’accorder les pleins pouvoirs et prononcer l’état d’urgence, la population va être placée en «  quarantaine  ». Le chef de l’État persifle devant ses collaborateurs : «  Les irresponsables ne deviennent pas intelligents avec un simple virus  !  » Le conseil scientifique se réunit toute la journée. Simon Cauchemez présente enfin officiellement ses chiffres : 300 000 à 500 000 morts si l’on ne fait rien. Les sages ne recommandent cependant pas l’annulation ou le report des élections. À la télévision, le président, promet l’aide de l’État « quoi qu’il en coûte » et ferme les établissements scolaires. Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation nationale, qui n’a pas été mis dans la boucle, a répété toute la journée que les écoles ne fermeraient pas.

ARCHIVESJean-Michel Blanquer : les écoles sont fermées, mais les cours continuent

Dimanche 15 mars. Premier tour des élections municipales, déroute nationale pour LREM. Agnès Buzyn arrive troisième à Paris avec 17,26 % des voix.

16 mars. 6 636 cas et 148 morts. Emmanuel Macron confine le pays et annonce le report du second tour des élections : « Nous sommes en guerre. » La première vague fera 30 000 victimes.

Une seule mise en examen

Aurait-on pu éviter des morts ? L’épidémiologiste Antoine Flahault, de l’université de Genève, en est certain. Pas tant avec des masques, des lits d’hôpital ou quelque traitement miracle, mais simplement en agissant plus tôt. « Les Danois ont partiellement confiné le 11 mars, alors qu’ils n’avaient eu qu’un seul décès, rappelle-t-il. La France et le Royaume-Uni ont attendu d’en avoir plusieurs centaines pour agir. Je prétends que l’agilité danoise a été source de vies sauvées. » Interrogé par les parlementaires britanniques à ce sujet, il a osé avancer, calculs à l’appui, en appliquant à la population britannique la mortalité danoise, que Boris Johnson aurait pu sauver plus de 100 000 vies en agissant rapidement.

ARCHIVESLe Danemark, premier de la classe en déconfinementDeux commissions d’enquêtes parlementaires, quatre instructions pénales au pôle santé du tribunal judiciaire de Paris, une information judiciaire menée par la commission d’instruction de la Cour de justice de la République et des enquêtes judiciaires ouvertes un peu partout sur le territoire ont déjà permis de réunir des dizaines de milliers de documents pour y répondre.

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Agnès Buzyn, ministre de la Santé du 17 mai 2017 au 16 février 2020, arrive au siège de la Cour de justice de la République, le 10 septembre 2021. © LUCAS BARIOULET / AFP

À ce jour, seule Agnès Buzyn a été mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui. Le 13 février 2020, trois jours avant son départ du gouvernement, elle écrivait à Édouard Philippe, dans un message dont plusieurs sources nous ont confirmé l’existence, craindre de connaître le même sort que les « messagers de la Grèce antique ». Fille du roi de Troie, Priam, Cassandre avait ainsi reçu le don de divination en même temps qu’une malédiction : n’être jamais crue.

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