Emmanuel Macron, complice du lobbying d’Uber en France : un autre scandale d’État à venir ?

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Nicolas Gauthier 11 juillet 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

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Si l’affaire McKinsey a fait long feu, n’ayant par ailleurs en rien gêné la réélection d’Emmanuel Macron, celle d’Uber Files pourrait bien être plus explosive. De quoi s’agit-il ? De 124.000 documents dénichés par nos confrères anglais du Guardian et relayés, depuis ce week-end, par Le Monde (10 juillet), selon lesquels Emmanuel Macron, du temps de son passage à Bercy, aurait été plus que complaisant vis-à-vis du lobbying d’Uber, société de taxis fondée en 2009 par Travis Kalanick.

Certes, le lobbying est chose normale aux USA ; en France, un peu moins. D’où ces grands moyens déployés et révélés par le quotidien vespéral : « Au mois de juillet 2014, quelque 233 noms figurent dans un tableau. Des ministres, des conseillers, des parlementaires, mais aussi des journalistes, des éminents représentants de cercles d’influence ou encore des associations de consommateurs. » Uber, c’est ce système se riant de nos traditionnels chauffeurs de taxi, assujettis à de multiples charges sociales et qui comptent sur la vente de licences chichement accordées pour enfin prendre une retraite bien méritée.

Mais à l’heure où tant de mégapoles mondiales utilisent des esclaves à vélo pour livrer pizzas et sushis à toute heure de la nuit, le serf Uber de VTC (véhicule de transport avec chauffeur) est lui aussi taillable et corvéable à merci. Certains prétendent que c’est plus « pratique » que d’attendre (parfois longtemps) des chauffeurs de taxi généralement ronchons, pas gênés de rouler à pas cher au mépris de la justice sociale la plus élémentaire. Les mêmes, sûrement, qui applaudissent chaque fois qu’on supprime des emplois : aux caisses des supermarchés, aux guérites des péages, aux services administratifs pour mieux les remplacer par de l’informatique, et qui estiment que c’est « plus pratique ». À ce titre, une humanité sans humains sera aussi bientôt encore plus « pratique »…

Travis Kalanick, en 2014 : « Nous sommes au cœur d’une campagne politique et il s’avère que le candidat, c’est Uber. » Thomas Thévenoud, député socialiste de Saône-et-Loire, tente néanmoins de résister à l’offensive et de faire voter une loi protégeant nos taxis. Convoqué par le géant américain, il s’entend dire : « De toute façon, monsieur le député, vous ferez ce que vous voudrez, mais si la loi ne nous convient pas, on attaquera. » (Le Monde). Quelque temps plus tard, il est obligé de quitter la carrière politique pour cause de « phobie administrative » ; en clair, il ne payait pas ses impôts. Ça tombait mal…

L’offensive se poursuit ensuite au Sénat, là où Uber déniche une oreille autrement plus attentive, celle de Vincent Capo-Canellas, élu de Seine Saint-Denis. Pour la multinationale, cet homme serait « son principal et plus actif défenseur ». Autre son de cloche, lorsque interrogé par Le Monde  : « Je n’ai pas souvenir d’avoir discuté avec Uber. » Bien sûr…

En revanche, plus haut dans la hiérarchie étatique, il y a Emmanuel Macron, dans sa citadelle de Bercy. Et Le Monde de révéler : « Mardi 20 janvier 2015, le futur Président reçoit plusieurs dirigeants d’Uber, dont Travis Kalanick. Ils échafaudent alors un plan de bataille commun. […] Puis, il faudra lancer une grande campagne de communication pour Macron et Uber. » Logique. Le futur Président rêve de start-up nation… Sans compter le chantage à l’emploi, « notamment dans les quartiers populaires touchés par le chômage ». Résultat : « Les anciens collègues d’Emmanuel Macron au gouvernement, contactés par Le Monde, sont unanimes. Le ministère de l’Économie a clairement pris le parti d’Uber face aux taxis. »

Toujours selon la même source, Laurent Grandguillaume, député socialiste de Côte-d’Or, se souvient de l’offensive médiatique : « C’était immense. Des tracts, des pages de publicité. […] Vous avez d’un côté les taxis de la G7, une entreprise française de taille intermédiaire, et de l’autre une multinationale. C’est chez Uber qu’était la puissance de feu. »

Maintenant que cette affaire commence à se trouver sous les feux de la rampe, nombre de parlementaires montent au créneau, de LFI au PCF en passant par RN, dont le président Jordan Bardella affirme : « Le parcours d’Emmanuel Macron a une cohérence, un fil rouge : servir des intérêts privés, souvent étrangers, avant les intérêts nationaux. » L’insoumis Alexandre Corbière, quant à lui, vient de demander la création d’une commission d’enquête parlementaire. Le dossier est donc loin d’être clos.

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