Goldnadel: «Quand un journal indulgent avec l’extrême gauche s’en prend à “l’extrême droitisation” des médias»

Par Gilles William Goldnadel. LE FIGARO

11 juillet 2022

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FIGAROVOX/CHRONIQUE – Un article du 8 juillet paru dans Le Monde dénonce «l’infiltration» de l’extrême droite dans les médias. Pour l’avocat, le quotidien semble oublier sa propre indulgence envers l’extrême gauche et les bouleversements idéologiques visibles dans les urnes.

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox.

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Dans un article daté du 8 juillet, deux journalistes duMonde, plus spécialement chargées des médias, évoquent ce qu’elles considèrent comme la normalisation d’intellectuels «réactionnaires» dans l’appareil médiatique audiovisuel. L’article étant sobrement intitulé: «Comment l’extrême – droite a infiltré les médias».

Laissons de côté la question sémantique et interrogeons-nous sur ce que ne questionne pas cet article assez anachronique.

Il est en effet permis de se demander si le Monde est conscient des bouleversements de la couche tectonique idéologique ou plus précisément du discrédit qui affecte une extrême gauche qu’il regarde toujours aussi tendrement.

C’est ce cadre moral nouveau que Le Monde semble avoir du mal à appréhender.Gilles-William Goldnadel

En ce qui concerne le discrédit, les contradictions patentes de comportement dont a fait montre la France Insoumise lors de récents scandales sexuels en sont la dernière représentation la plus baroque et accablante.

J’ai déjà écrit ici, au regard du score décevant réalisé par la Nupes, et, inversement, du score étonnant obtenu par le RN, qu’un barrage invisible autant qu’indicible semblait avoir été érigé contre une extrême gauche inquiétante que le journal précité ne veut toujours pas nommer.

C’est ce cadre moral nouveau que Le Monde semble avoir du mal à appréhender.

De même, ne lui vient pas à l’esprit que ces «réactionnaires» avaient perçu avant lui les ravages de l’islamisme, de l’antisémitisme islamique ou – osons l’écrire- les problèmes d’insécurité issus d’une immigration massive ou illégale. D’où, qui peut savoir, un certain crédit dans l’opinion.

Quant à son éternelle faiblesse pour la gauche extrême, la manière dont Le Monde aura traité la question des terroristes italiens, qu’il s’évertue à appeler «militants» et en faveur desquels il a publié plusieurs tribunes, n’en constitue qu’un des innombrables exemples. C’est ainsi notamment que Le Monde, publiera force billets présentant Battisti comme innocent, avant que celui-ci reconnaisse sa culpabilité. Ajoutant cruellement qu’il n’avait pas eu trop de mal à le faire croire à ses amis . . . On veut bien le croire nous aussi.

Mais retour sur l’article du 8 juillet. Avec amertume, Le Monde constate que le «nationaliste» anti-woke Mathieu Bock-Coté, Eugénie Bastié du Figaro, Charlotte d’Ornellas de Valeurs Actuelles, Elisabeth Lévy du «réactionnaire» Causeur notamment (que les autres me pardonnent) sont aujourd’hui accueillis dans les médias.

On ne se donnera pas le ridicule de plaider sans nécessité la cause des épinglés.

La différence qui existe entre la vision médiatique très à gauche telle que l’article du Monde l’incarne de manière emblématique et une culture plus ouverte, c’est que la première préconise la censure et l’exclusion sans le dire tandis que la seconde, n’aspire qu’au pluralisme des opinions, en le disant.Gilles-William Goldnadel

Je souhaiterais seulement montrer l’impensé asymétrique du journal qui en dit long sur son tropisme à peine dissimulé.

Il n’est, par exemple, jamais venu à l’esprit vétilleux des deux journalistes de s’interroger sur la présence d’un maoïste assumé sur France Culture, qui assume également avec philosophie les millions de morts du totalitarisme communiste. Toujours sur cet audiovisuel de service public – astreint davantage par essence à la neutralité idéologique – nulle curiosité critique sur la porosité existant entre France Inter et l’extrêmement à gauche Libération.

Au fond, à bien y réfléchir, la différence qui existe entre la vision médiatique très à gauche telle que l’article du Monde l’incarne de manière emblématique et une culture plus ouverte, c’est que la première préconise la censure et l’exclusion sans le dire tandis que la seconde, loin de vouloir interdire l’expression des personnalités très à gauche précitées, n’aspire qu’au pluralisme des opinions, en le disant.

Pour montrer, en souriant, qu’il s’agit d’un combat d’exclusion d’arrière-garde, l’auteur de cette chronique va se livrer à la confession.

Alors qu’il y a une décennie ou deux, il n’exclut pas qu’il eût pu ressentir un lâche soulagement d’avoir été oublié dans la charrette des «extrémistes» désignés, il n’exclut pas davantage aujourd’hui d’avoir ressenti comme une très légère piqûre narcissique.

Manière de montrer combien le pouvoir disqualifiant d’un journal trop indulgent avec la gauche extrême a perdu de son mordant.


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