Sébastien Le Fol – Delon : le samouraï et la connerie

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ÉDITO. La pétition contre la palme d’honneur de l’acteur au Festival de Cannes traduit une psychose : le refus de s’exposer aux opinions divergentes.

Alain Delon dans "Le Samourai", le film de Jean-Pierre Melville.
Alain Delon dans « Le Samourai », le film de Jean-Pierre Melville.© Compagnie Industrielle et Commer / Collection Christophel

Par Sébastien Le Fol. LE POINT

Publié le 18/05/2019

Une pétition de susceptibles américains (pléonasme ?) proteste contre la Palme d’honneur remise à Alain Delon. Ils lui cherchent de l’homophobie, du racisme et de la misogynie dans la tête. Le délégué général du Festival de CannesThierry Frémaux, a heureusement refusé de se plier à cette « police politique ». Sale temps pour les samouraïs.

Plus rien n’arrêtera la meute. Chaque jour, elle désigne un nouveau coupable : Woody Allen, le lundi, Alain Delon, le mardi… « Cette vaste épidémie de la victimisation de soi », selon la formule de l’écrivain Bret Easton Ellis dans son nouveau livre White (Robert Laffont), se propage plus vite que la connerie elle-même. Il s’agit bien d’une psychose.

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Ecran total sur tout le monde

« Ce délire encourage les gens à penser que la vie devrait être une douce utopie, écrit Ellis, conçue et construite pour leurs fragiles et exigeantes sensibilités, les encourage à rester à jamais des enfants dans un conte de fées. » On se protège désormais des opinions divergentes et des mauvaises pensées, comme on préserve notre épiderme des rayons UV. Écran total pour tout le monde. Mais il est conseillé de ne plus s’exposer à rien. Se poser en victime est une drogue, résume Ellis, qui en connaît quelques lignes sur le sujet…

La culture d’aujourd’hui se caractérise, selon lui, par « l’incapacité croissante à accepter le moindre point de vue qui diffère du statu quo moralement supérieur ». Il formule ainsi le lieu commun de notre société : si vous ne pouvez pas vous identifier à quelqu’un ou à quelque chose, ce n’est pas la peine de regarder, de lire ou d’écouter. Cette idée, explique-t-il, est parfois utilisée pour attaquer une personne : « pour être raciste quand le coupable est peut-être simplement, par exemple, un Blanc désintéressé ou paumé ; ou pour être un prédateur sexuel plutôt qu’un crétin, un rustre, un raté, à l’occasion… »

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« Génération chochotte »

White est bien sûr truffé de considérations sur la littérature et le cinéma, mais c’est surtout le portrait à la sanguine de notre époque qui donne toute sa force au livre d’Ellis. L’auteur de American Psycho attaque à l’acide le politiquement correct. Celui de sa génération, et, plus encore, celui de la « génération chochotte », les millennials nés après 1980, incapables d’accepter des vérités simples, parfois brutales, de la vie. Bret Easton Ellis explique comment certains progressistes, n’étant plus capables ou n’ayant plus envie de se mettre « dans la peau de quelqu’un d’autre », ont basculé dans l’autoritarisme moralisateur.

Un matin de novembre 2016, ces « incrédules enfantins » se sont réveillés avec Trump président. Ce Donald qu’ils prenaient pour un Mickey est devenu soudain un « Hitler aux cheveux jaunes et à la peau orange ». Un peu excessif, non ? se demande Ellis. Diable ! Que n’a-t-il pas dit ! Un écrivain ne devrait pas écrire cela. « Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une sorte de totalitarisme qui exècre la liberté de parole et punit les gens s’ils révèlent leurs véritables personnalités. » Alain Delon pourrait lui répondre : nous allons vers un monde qui comptera de moins en moins de samouraïs…

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