Renaud Girard: «L’Amérique a un problème de leadership»

Par Renaud Girard

Publié  le 17/07/2022

Écouter cet articlei

 00:00/ 04:58

Renaud Girard. Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

CHRONIQUE – Il ne semble pas raisonnable que Joe Biden se représente pour effectuer un deuxième mandat. Dès lors, tout le monde se pose la question du meilleur leader américain pour le remplacer à la tête des États-Unis.

Lors de son arrivée sur le sol israélien le 14 juillet 2022, dans le cadre de sa tournée moyen-orientale, Joe Biden a encore trébuché sur les mots. Faisant référence à l’extermination de 6 millions de Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale, le président américain a parlé de «l’honneur de l’Holocauste», avant de se reprendre pour dire «horreur».

En Amérique, les réseaux sociaux se sont emballés sur cette nouvelle gaffe. À l’instar d’Elon Musk, de nombreux militants républicains ont appelé Joe Biden à démissionner. À leurs yeux, le président, atteint de sénilité, n’est plus en mesure de gouverner correctement la première puissance économique et militaire du monde.

À LIRE AUSSIL’âge de Joe Biden devient un sujet de débat politique

Trébucher sur des mots n’est pas rédhibitoire pour assumer la plus haute fonction d’un État. Il y a sans doute de la fatigue. Cela ne suffit pas à invalider une stratégie. Le président a d’ailleurs réussi son voyage au Moyen-Orient, où il s’agissait de rassurer, en matière de sécurité, les grands alliés de l’Amérique dans la région (Israël, Égypte, Jordanie, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Bahreïn, Koweït, Oman), et de convaincre l’Arabie saoudite d’augmenter sa production de pétrole.

En termes de stratégie internationale, Joe Biden a commis deux erreurs importantes – le retrait chaotique d’Afghanistan ; et la promesse, deux mois avant l’invasion russe, de ne pas envoyer de soldats américains en Ukraine (la base de la stratégie étant de celer ses intentions à son adversaire). Cependant, il a plutôt bien géré l’effet d’aubaine créé par l’agression russe de l’Ukraine, qui a permis à l’Amérique d’accroître spectaculairement sa vassalisation politique, militaire et économique d’une Europe très déstabilisée. Face aux Chinois, le président a également réussi à renforcer les liens de l’Amérique avec le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.Un leader crédible, c’est un homme ou une femme qui serait capable de réunir la nation américaine. Depuis la guerre de Sécession, elle n’a jamais été aussi divisée

Mais il est vrai que Joe Biden paraît physiquement bien fragile pour redonner à la nation américaine le leadership qu’il lui a promis pendant sa campagne électorale. En tout cas, il ne semble pas raisonnable que le président américain, âgé aujourd’hui de 79 ans, se représente pour effectuer un deuxième mandat, qui commencerait en janvier 2025.

Dès lors, tout le monde se pose la question du meilleur leader américain pour remplacer Joe Biden à la tête des États-Unis. Le problème est qu’il n’y a aucun nom qui saute aux yeux. L’Amérique n’avait pas connu un tel déficit de leaders crédibles depuis la Grande Dépression de 1929.

Un leader crédible, c’est un homme ou une femme qui serait capable de réunir la nation américaine. Depuis la guerre de Sécession, elle n’a jamais été aussi divisée. Ses plus hautes institutions ne sont plus sacrées. Une émeute d’extrémistes républicains trumpistes a envahi le Congrès le 6 janvier 2021, pour tenter de l’empêcher de valider l’élection de Joe Biden à la présidence. La majorité des membres du Parti républicain pensent – contre toute évidence – que le scrutin présidentiel de novembre 2020 a été entaché de fraudes.

À LIRE AUSSIVoyage au cœur d’une Amérique déchirée

Sur l’autre bord, des militants démocrates cherchent à s’en prendre physiquement à certains juges de la Cour suprême depuis qu’elle a, dans un arrêt du 24 juin 2022, rendu leur liberté aux cinquante États de l’Union d’autoriser ou d’interdire la pratique de l’avortement sur leurs territoires.

Le Parti démocrate ne parvient pas à générer de grands leaders potentiels parce qu’il est lui-même très divisé. Un fossé culturel le fracture, engendré par le wokisme. Cette idéologie, qui conjugue l’obsession du droit des minorités et l’immigrationnisme, est de plus en plus rejetée par la classe ouvrière, laquelle rallie progressivement le trumpisme.

L’Amérique étant une nation fondamentalement conservatrice, un démocrate ne peut emporter l’élection présidentielle que s’il suit une ligne centriste. La vice-présidente Kamala Harris, qui a beaucoup déçu, n’est certainement pas en mesure d’incarner un centrisme charismatique, comme avaient su le faire Bill Clinton ou Barack Obama.

À LIRE AUSSIFrançois d’Orcival: «Joe Biden n’oublie pas la politique intérieure»

Le Parti républicain est également divisé. Mais là, la fracture est géopolitique et non culturelle. Comme l’a montré le dernier vote au Congrès sur l’Ukraine, la doctrine America First imprègne encore le parti. Nombre de Républicains ne se sentent pas concernés par cette guerre qui, selon eux, oppose deux États slaves également corrompus et oligarchiques. Ils préféreraient que la politique étrangère américaine se concentre sur le défi chinois dans le Pacifique.

Les électeurs sont-ils prêts à faire revenir Trump à la tête de l’Amérique, ou à y mettre le trumpiste Ron DeSantis, actuel gouverneur de Floride? Ce n’est plus considéré comme impossible. Cet affaiblissement potentiel du lien transatlantique est certainement observé avec délectation par ces deux leaders non soumis aux aléas électoraux que sont Vladimir Poutine et son ami Xi Jinping…


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :